L’inversion de la courbe des sentiments

Vaudeville et chronique douce-amère, L’inversion de la courbe des sentiments est une belle comédie dramatique de Jean-Philippe Peyraud aux éditions Futuropolis.

ROBINSON CONNAIT LA CRISE

Patron d’un magasin de DVD à Paris – à l’heure où tout le monde télécharge – Robinson connait plusieurs crises dans son existence : la crise de son entreprise qui va mal, au bord de la faillite et celle de son couple. Peu doué en amour, sa femme le quitte pour un autre homme et déménage. Il la trompait déjà depuis de nombreuses années avec Amandine, une belle femme gironde.

De son côté, son père a été mis à la porte du domicile familial et débarque sans crier gare chez lui. C’est aussi le début des engueulades avec son paternel. Et chez sa sœur ce n’est pas mieux : Gaspard, le fils aîné, a disparu avec la voiture de la famille et encore plus étrange, la voisine de Robinson a elle aussi disparu.

A LA RECHERCHE DE SON PÈRE

Mano, le salarié de Robinson ne sait pas comment expliquer à son ami qu’il veut quitter l’aventure du vidéoclub. Poussé par Samia, sa copine, il ne veut en aucun cas faire de peine à son patron.

De son côté Amandine ne sait plus où elle en est, ne croit pas en l’amour et se complait dans son rôle de maîtresse. Elle a même peur du cancer et songe à l’ablation des seins comme Angelina Jolie pour prévenir cette sale maladie qui a emporté sa mère et sa grand-mère. Pourtant la joie revient dans sa vie avec l’arrivée d’Amandine, de retour du Pérou où elle a laissé Johannes, son amoureux infidèle. Elle est à la recherche de son père, le patron d’un magasin de DVD…

L’INVERSION DE LA COURBE DES SENTIMENTS : VAUDEVILLE ACIDULÉ

Fantaisie acidulée et piquante, L’inversion de la courbe des sentiments est construite comme un vaudeville dessiné. Comme le défini Jean-Philippe Peyraud, l’album est une « bédénovela » inspiré des nouvellistes américains. Le récit est un subtil  mélange des existences de personnages complexes, torturés et qui ne sont pas manichéens. Ils se parlent, se croisent et leur faits et gestes influent sur l’existence de l’autre.

Pour ne pas perdre le lecteur dans ce maelström de personnages et de folie, il a apporté un soin particulier à son écriture, pointue et réglée au millimètre comme un belle pièce de boulevard. Tout est méticuleusement réfléchi et les histoires s’imbriquent parfaitement jusqu’à l’ultime case. Dit comme cela, le lecteur aurait pu décrocher de l’histoire mais il se passe tellement de rebondissements et de surprises qu’il est tenu en haleine jusqu’au bout.

Malgré les difficultés et les drames dans toutes ses vies dessinées, l’auteur de la série Le désespoir du singe (avec Alfred, Delcourt), Première chaleurs (Casterman) ou Il pleut (Glénat) glisse de l’humour dans son histoire qui permet de beaux espaces de respiration. Moderne, son récit est aussi porté par des dialogues vifs et ciselés.

JEAN-CHRITOPHE PEYRAUD ET LA FINESSE DU DESSIN

Ayant débuté sa carrière au même moment que Dupuy & Berberian ou Christopher, son formidable trait ligne-claire est dans la même veine que des plus anciens comme Chaland, Avril, Torres ou Petit-Roulet, même si pour L’inversion de la courbe des sentiments celui-ci est moins prononcé que dans ses précédents ouvrages.

Expressif, son dessin aérien lui permet de construire des personnages où leurs émotions sont exaltées et touchent le lecteur. Son découpage et sa mise en scène à l’intérieur des cases sont précis et formidables. Les planches sont sublimes et apportent de la fluidité à ce très bon vaudeville.

Article posté le lundi 27 juin 2016 par Damien Canteau

  • L’inversion de la courbe des sentiments
  • Auteur : Jean-Philippe Peyraud
  • Éditeur : Futuropolis
  • Prix : 26€
  • Parution : 16 juin 2016

Résumé de l’éditeur : L’action se situe à Paris, de nos jours. Ça ne va pas trop fort pour Robinson. Son vidéoclub n’attire plus qu’une clientèle restreinte, sa petite amie déménage en province pour aller vivre avec un autre type. La nuit qu’il vient de passer avec Amandine se conclut sur une note ridicule. Son père débarque à Paris car il vient à nouveau de se fâcher avec sa mère, et en plus, sa soeur en province s’inquiète de la disparition de Gaspard, son fils de 17 ans. Il aurait pour maîtresse une femme plus âgée que lui. Or il se trouve que justement, sa voisine a également disparu. Amandine, de son côté, retrouve son amie Charlène, de retour du Pérou où elle a laissé son amoureux. Elle est à la recherche de son père biologique, un patron de vidéoclub. Si son amie s’inquiète de cette rencontre, elle l’est surtout à cause de ses résultats d’examens. Elle craint une ablation du sein.

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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