Miles Davis était un trompettiste de génie, il était le son du jazz. Et lorsqu’il perdit l’usage de sa main droite, il crut que sa vie était terminée. Mais l’esprit artistique ne quitte jamais les êtres d’exception. Dave Chisholm nous raconte l’histoire de Miles Davis et sa quête du son, parue aux éditions Glénat.
Miles Davis : 1982, l’année où tout finit. L’année où tout commence.
« Va chier »…
Tels sont les mots que répéta en boucle Miles Davis lorsqu’un médecin lui annonça les conséquences de son infarctus.
« Quatre séances par semaine, pour évaluer votre progression. Durant cette période d’au moins six mois, vous ne devrez ni faire l’amour, ni consommer d’alcool, de drogue ou de tabac, ni… jouer de la trompette. »
Plongé dans cette petite mort, la légende du jazz apprit néanmoins qu’il existait un moyen de peut-être accélérer les choses : dessiner.

Alors, en lieu et place de la trompette qui avait fait de lui le son du jazz, Miles Davis se saisit maladroitement d’un crayon. Et il commença à griffonner des traits irréguliers sur une feuille blanche. Il ne le savait pas encore, mais chaque trait constituait un chemin qui le guiderait au commencement de sa quête du son.
Une biographie en bande dessinée.
Qu’on soit ou pas amateur de jazz, tout le monde connaît le nom de Miles Davis. Et même, sans en avoir conscience, tout le monde a déjà entendu une de ses mélodies.
En revanche, on sait peu qu’à la fin de sa vie, contraint par la maladie, il dut délaisser la musique pour dessiner.
Pour Dave Chisholm, lui-même trompettiste et docteur en musicologie, bien loin d’un crépuscule, ce fut un nouveau départ. En effet, ce fut pour le musicien l’occasion de donner un sens à sa célèbre phrase :
« Je vois des couleurs et des choses quand je joue. »

L’enjeu artistique apparaissait immédiatement. En revanche, pour le biographe, une difficulté majeure faisait son apparition : comment représenter, en bande dessinée, un génie et sa musique ?
Mile Davis : LA source d’inspiration.
Pour ce qui est de la vie de Miles Davis, les rencontres fabuleuses qu’il fit fournissaient une matière inépuisable. En effet, on a presque le tournis lorsqu’on recouvre les grands noms qui l’accompagnèrent. Dizzy Gillespie, Charlie Parker, Juliette Gréco, John Coltrane, Herbie Hancock, Keith Jarrett, John McLaughlin, Prince, Jimi Hendrix… La liste pourrait se poursuivre encore et encore.

Et pour ce qui est du côté dramatique, il y avait là encore de quoi puiser des idées à l’infini : l’alcool, la drogue, les femmes, la ségrégation… La vie du virtuose a tout du drame romantique. Et la musique alors ?…
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent…
Suggérée très justement par les édition Glénat, la solution à ce problème porte le nom de synesthésie. Vanté en son temps par Charles Baudelaire, ce concept consiste à percevoir une correspondance entre les sens. Dans le cas présent, il s’agit du l’ouïe et de la vue. Or manifestement, la poésie de Miles Davis, au sens propre du terme, reposait sur cette synesthésie.

Et c’est donc très logiquement que Dave Chisholm a littéralement donné corps à la musique dans sa magnifique œuvre. Tantôt brumeuse et éthérée, elle peut devenir cinglante comme un éclair, ou géométrique teintée de bleu, de vert, de jaune ou de rose.

Le résultat est saisissant. Mais surtout, il accompagne à merveille la narration de la vie de Miles Davis. Et le temps de la lecture, il nous donne à voir ce que, jusque-là, on n’avait qu’entendu.
- Mile Davis et la quête du son
- Scénariste : Dave Chisholm
- Dessinateur : Dave Chisholm
- Traducteur : Philippe Touboul
- Éditeur : Glénat
- Prix : 29,95 €
- Parution : 30 avril 2025
- ISBN : 9782344065914
Résumé de l’éditeur : « Je vois des couleurs et des choses quand je joue ». Victime d’un infarctus en 1982, Miles Davis perd l’usage de sa main droite. Le trompettiste ne peut plus jouer. Mais alors que le silence se fait, une nouvelle ère s’ouvre : en remplaçant la musique par la peinture, l’artiste remplira des centaines de cahiers de croquis en jetant un regard sur sa vie passée… Figure mythique du jazz au XXe siècle, Miles Davis aura révolutionné la musique par la création de pièces devenues mythiques : de Kind of Blue à la bande originale du film Ascenseur pour l’échafaud, en passant par sa période psychédélique incarnée par le sulfureux Bitches Brew. Derrière cette impressionnante carrière se dessine le destin turbulent d’un artiste qui crée et innove sans cesse, mais également celui d’un homme au comportement parfois erratique, traversé de drames personnels et habité par la quête de ce « son » mystique qu’il a entendu enfant. Dans un jeu de miroir entre art visuel et sonorité, ce roman graphique synesthésique retrace les nombreuses vies d’une légende de la musique. Dave Chisholm, titulaire d’un doctorat en trompette jazz, nous offre un biopic époustouflant et sans concession – première véritable biographie en BD de l’artiste – avec un style graphique qui reflète les changements musicaux constants de Miles Davis. Outre la quête obsessionnelle d’un génie pour un son ultime et mystérieux, on découvre une narration fidèle et documentée, d’après les propos de Miles lui-même… Un album documenté, exigeant et innovant, à la hauteur de la légende, préfacé par le fils de la star.
À propos de l'auteur de cet article
Victor Benelbaz
Tombé dans la marmite de la bande dessinée depuis tout petit, Victor est un vrai amateur éclairé. Comics ou récits jeunesse sont les deux genres préférés de ce professeur de français.
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