Basé sur les enquêtes de terrain du journaliste Frédéric Loore, l’album Passeur(s) décrypte à travers un récit attachant le phénomène du trafic d’êtres humains.

Un point de vue original
Ce sont celles et ceux qu’on ne veut pas voir et qui pourtant meurent sous nos yeux. Naufragés en Méditerranée ou échoués l’été sur nos plages, parfois sauvés en pleine mer sur leurs canots de fortune, ils et elles ont fui leur pays. Ce sont les migrants. Ceux que les passeurs appellent cyniquement « les touristes ».
Qui sont ces passeurs ? Pour qui travaillent-ils? Pour leur propre compte? Dans le seul but de s’enrichir, sur le dos de la misère? C’est leur quotidien et leur point de vue qu’ont choisi de décrire un trio d’auteurs composé de deux journalistes, Frédéric Loore et Damien Perez ainsi qu’un dessinateur, Fernando Baldó.

Avec Passeur(s), publié dans la collection « Grand Public » chez Dupuis en février 2026 , ils nous font pénétrer dans le quotidien glauque de l’un d’entre eux, Awar. Celui-ci est chargé de convoyer des migrants de la Syrie vers l’Angleterre. Et donc de leur faire traverser, dans des conditions souvent inhumaines, une bonne partie de la vieille Europe…
Un passé troublé
Awar aime l’argent et les belles baskets. Voilà pour la vitrine. Mais il semble porter en lui une blessure ancienne. Par le passé, il a été un autre homme, plus « humain » qu’aujourd’hui. Mais sous les ordres de son patron, Soran, il ne peut montrer ses faiblesses. Même quand Esrin, une jeune migrante fuyant l’enfer syrien, lui rappelle son passé de combattant. Alors il fait comme il peut, Awar, entre violence assumée envers plus faibles que lui et besoin de rédemption…

Faux gilets pour faux espoirs
Dans ce récit explorant différents points de vue, les auteurs s’attachent à montrer tous les dangers auxquels sont exposés les migrants, dès lors qu’ils payent le prix de leur fuite. Mais bien souvent, leur rêve d’une vie meilleure n’est que chimère. Dans des ateliers clandestins, les migrants en plus du prix de leur » voyage » doivent travailler gratuitement. Les « migrants terrestres » y fabriquent des gilets de sauvetage que leurs passeurs revendent aux « migrants maritimes ». Mais ces gilets, pas chers à fabriquer, sont faux…

Enquêtes de terrains
Basé sur les enquêtes de terrain du journaliste Frédéric Loore, Passeur(s) est soutenu par la Fondation Samilia, basée en Belgique, qui lutte contre le trafic d’êtres humains à travers le monde. Pour mieux comprendre les mécanismes opérant à travers ce fléau, un livret de neuf pages en fin d’album invite le lecteur à se familiariser avec les notions de traite et de trafic d’êtres humains.
Accompagné par le dessin semi-réaliste de Fernando Baldó, en noir sur fond bleu-gris ou sépia, parfois rehaussé au lavis, ce nouveau récit vient compléter de manière originale le catalogue des bandes dessinées consacrées aux migrants.

On se prend presque de sympathie pour Awar, cet homme fatigué dont on ne sait s’il est finalement plus victime que bourreau. Passeur(s) est un récit fort bien mené, qui mêle violence, solidarité, quête de survie, espoirs déçus et rêves brisés.
- Passeur(s)
- Scénario : Frédéric Loore/ Damien perez
- Dessin : Fernando Baldó
- Editeur : Dupuis
- Prix : 25 €
- Parution : 20 Février 2026
- ISBN : 9782808506892
Résumé de l’éditeur. Awar le taiseux porte des baskets de luxe grâce à son lucratif job de passeur. Mais il porte aussi un douloureux passé, que va réveiller Esrin, une jeune migrante kurde fuyant les combats syriens.
Laisser renaître son humanité ou pas ? Awar va devoir choisir… Un thriller ultraréaliste, explorant les migrations du point de vue d’un passeur et basé sur le travail du journaliste Frédéric Loore.
À propos de l'auteur de cet article
Jean-Michel Gouin
Passionné par l'écrit, notamment l'histoire, la littérature policière et la bande dessinée, Jean-Michel Gouin a été journaliste radio et presse écrite pendant une trentaine d'années à Poitiers.
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