Captain America tome 1 – Nos guerres secrètes

L’univers Marvel n’a jamais pris fin. Depuis son lancement dans les années 60, les personnages sont censés avoir vécu leurs aventures sans discontinuité. Mais parfois, il faut remettre les pendules à l’heure. C’est un des objectifs de Captain America tome 1 – Nos guerres secrètes, de Chip Zdarsky et Valerio Schiti, publié chez Panini Comics : ramener Captain America dans notre temps présent.

CAPTAIN_AMERICA_T01-NOS_GUERRES_SECRETESCaptain America tome 1 – Nos guerres secrètes : On efface tout et on recommence ?

Début des années 2000. Steve Rogers vient de se réveiller de son hibernation dans la glace. Il découvre l’existence de super-héros, mais spontanément, tout le ramène vers l’armée américaine. Une armée impliquée dans un coup d’État en Latvérie, un pays d’Europe centrale. Steve rencontre pour l’occasion son successeur en tant que super-soldat, toujours actif au sein des Howling Commandos. Une mission qui redéfinira le rôle de Captain America dans ce 21e siècle.

Le concept du « retcon »

Avant de parler de l’album en lui-même, quelques mots d’éditorial. Cette histoire a la particularité de redéfinir le statu quo de Captain America.

Marvel et DC proposent chacun un univers partagé, mais ils ne le traitent pas de la même façon. DC le relance régulièrement à zéro (sous l’appellation « reboot »), replaçant les débuts de ses personnages dans l’ère contemporaine. Marvel préfère ne rien changer massivement, mais proposer de petites mises à jour ponctuelles.

Captain America a toujours combattu pendant la Seconde Guerre mondiale. Mais désormais, il a été retrouvé au début du 21e siècle. Ce qui place les débuts d’Iron Man et des autres Avengers au même moment.

Que sont devenues les aventures précédentes, en lien avec la société américaine ? Marvel passe un voile pudique sur le sujet. On accepte le changement d’époque et c’est tout.

Mais il y a des auteurs qui sont tout de même à l’œuvre. Et pour le coup, Chip Zdarsky et Valerio Schiti ont réellement quelque chose à raconter.

Captain America tome 1 – Nos guerres secrètes : État et Nation sont deux choses différentesCAPTAIN_AMERICA_T01-NOS_GUERRES_SECRETES page 9

Captain America, un héros patriotique ? Oui, évidemment. Mais c’est quoi le patriotisme ? Est-ce l’amour de la Patrie ou l’amour de l’État ? On peut ne pas souscrire à une vision patriotique, mais il faut la traiter tout de même avec nuance, ce que fait Chip Zdarsky dans cette série.

L’État, ici, c’est l’armée. Celle qui a créé le super-soldat, qui continue d’en utiliser au 21e siècle. L’armée, elle, répond aux ordres du gouvernement, pas à des considérations morales. C’est là-dessus que s’appuie le scénariste. Son objectif, c’est de rappeler que Steve Rogers doit être un modèle moral, lui, un idéal de la bannière étoilée.

Dans cette histoire, l’armée et le gouvernement américain montent des opérations de déstabilisation de régimes, qui amènent un autocrate au pouvoir à la place. Toute ressemblance avec des faits passés ou écho avec des situations présentes… ne seraient pas hors de propos.

Finalement, c’est un récit à charge contre la politique interventionniste américaine, qui est brossé par Chip Zdarsky. Fatalis est le pire dictateur de l’univers Marvel ? Désormais, son ascension est liée à la politique états-unienne. On a vu comic-book plus patriotique…

PTSD mon amour…  

Et donc, un changement éditorial important, une critique de l’interventionnisme des USA, cela ne vous suffisait pas ? Il y a encore une couche. Il y a le capitaine Colton, ce Captain America secondaire créé par Zdarsky. Lui, vient montrer toute l’unicité de Steve Rogers. Colton est un Captain qui faiblit, qui s’use face à la guerre. Il souffre de syndrome post-traumatique. Et son destin n’en est que plus tragique. Les aventures militaires américaines ? Zdarsky montre qu’elles ont un coût humain par-delà les décisions gouvernementales, jusque chez les États-uniens eux-mêmes.

CAPTAIN_AMERICA_T01-NOS_GUERRES_SECRETES page 34Un solide dessin pour Captain America tome 1 – Nos guerres secrètes

Il y avait beaucoup à dire sur le contenu scénaristique. Parler du dessin sera plus rapide. Parce que Valerio Schiti est exactement ce que l’on attend d’un bon dessinateur de comic-book de super-héros mainstream.

Dans le découpage comme dans le trait, il offre du grand spectacle. C’est dynamique, c’est précis, c’est constant. Et il n’a pas besoin de remplaçant pour soutenir le rythme. C’est SON identité graphique qui nourrit le récit de Chip Zdarsky. 

Il est secondé à la couleur, tout de même, pour un gain de temps. Frank Martin offre un travail nuancé, intelligent, qui développe des ambiances entraînantes. Autrement dit, un partenaire idéal.

Recommencez à lire Captain America

Vous avez envie de lire du Captain America moderne, engagé, et qui pourrait vous emporter dans une lecture de longue haleine au vu des développements de la série ? Captain America tome 1 – Nos guerres secrètes est le comic-book qu’il vous faut. Chip Zdarsky et Valerio Schiti ont répondu présent pour offrir du vrai bon comic-book de super-héros mainstream.

Article posté le samedi 02 mai 2026 par Yaneck Chareyre

CAPTAIN_AMERICA_T01-NOS_GUERRES_SECRETES
  • Captain America tome 1 – Nos guerres secrètes
  • Scénariste : Chip Zdarsky
  • Dessinateur : Valerio Schiti
  • Coloriste : Frank Martin
  • Traducteur : Laurence Belingard
  • Éditeur USA : Marvel Comics
  • Éditeur France : Panini Comics
  • Date de publication France : 1er avril 2026
  • Nombre de pages : 120
  • Prix : 18€
  • ISBN : 9791039143684

 Résumé de l’éditeur :  Lorsqu’il a été retrouvé dans la glace, puis ramené à la vie, Steve Rogers a découvert un monde bien différent de celui qu’il avait connu. Et il est devenu encore plus étrange depuis que Victor Von Fatalis en a pris le contrôle. Pour Captain America, l’heure est peut-être venue de tracer une nouvelle voie. Mais comment renverser un tyran que même l’union de tous les héros ne parvient pas à abattre ?

À propos de l'auteur de cet article

Yaneck Chareyre

Journaliste , critique et essayiste BD depuis 2006.

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