En 2024, DC Comics décide de créer une nouvelle gamme, l’ « Absolute Universe » au sein de laquelle la marque donne à lire une vision moderne des débuts de ses principaux héros. Absolute Batman, Absolute Wonder Woman et Absolute Superman voient le jour. Un même univers, une même constante, que donnent ces grands héros quand on leur enlève une de leur dimensions fondatrices. Voici donc Absolute Superman tome 1 de Jason Aaron et Rafa Sandoval, publié en France par Urban Comics.
Absolute Superman tome 1 : Le Social Justice Warrior qu’il a toujours été
Imaginez une Terre sur laquelle une entreprise, Lazarus Corp, pourrait en toute impunité exploiter les travailleurs pour son plus grand bénéfice. Il faudrait sans aucun doute une force extra-terrestre pour venir en aide à ces hommes et ces femmes privés de liberté. Une utopie ? Alors qui est cet homme qui se dresse face à Lazarus Corp, sur toute la planète ? Viendrait-il d’une lointaine planète détruite par la rapacité de ses habitants ? Pourrait-il éviter à la Terre le destin de cette mystérieuse planète Krypton ?
Urban Comics proposant les trois séries Absolute Batman tome 1, Absolute Superman tome 1 et Absolute Wonder Woman tome 1 le même mois, retrouvez sur Comixtrip les critiques de chacun de ces albums pour vous faire une idée de la (bonne) qualité de la proposition éditoriale.
Une vision résolument politique
Pour qui lit de la bande dessinée américaine indépendante, il est évident que Jason Aaron est un scénariste extrêmement politique. Sa série Scalped, polar vénère en réserve indienne, en était une bonne démonstration. Mais même chez les Big Two, cet engagement a pu s’illustrer sans difficulté. The Mighty Thor, alias Jane Austen, était une série sacrément féministe. Cet engagement, Aaron le met au service d’un personnage créé à l’origine comme très politique : Superman.
Superman est né woke
Revenons aux années 30. Jerry Siegel et Joe Shuster, les créateurs de Superman, sont des fils d’immigrés juifs européens. Ils vont infuser leur création super-héroïques de cette position de prolétaires qu’ils sont et dont ils sont originaires. A ses débuts, Superman lutte contre les patrons voyous. On apprend rapidement qu’il est un réfugié interplanétaire. Un de ces immigrés que les trumpistes et l’extrême-droite française ont plaisir à conspuer à longueur de journée.
Évidemment, au fil du temps et avec le succès, le personnage sera récupéré et ses aventures se feront moins gauchistes, plus en conformité avec l’American Way of Life et les valeurs des Etats-Unis. Mais son ADN était tout autre.
Absolute Superman tome 1 : prolétaires de toutes les planètes levez-vous
Le monde Absolute est pensé comme un monde sombre. Scott Snyder, qui supervise sa création, l’a voulu comme sous influence philosophique de Darkseid : un monde où l’espoir est l’ennemi.
La corporation Lazarus Corp incarne donc l’ordre mondial. L’entreprise et ses « Peacekeepers », agents de sécurités surarmés, peuvent exploiter les travailleurs sur toute la surface du globe. Salaires réduits, conditions de travail dangereuses et absence de liberté d’expression. Le paradis du capitalisme, en somme. C’est sur ce monde que Kal-El a atterrit.
Ce n’est évidemment pas le monde d’où il vient. Comme dans l’univers principal (DC Prime, en VF), Krypton est une planète qui a explosé. Ici, il est clairement exprimé que c’est la voracité du complexe scientifico-industriel local qui est la cause du problème. C’est d’ailleurs la famille El qui se lève contre cette situation. Sauf qu’ici, les El ne sont pas issus de cette caste supérieure. Ils sont membres de la caste des prolétaires, dans une organisation sociale extrêmement hiérarchisée. Sur Krypton, Jor-El et Lara-El se battent déjà pour les faibles et pour sauver leurs semblables. Ils le font, aux côtés de leur jeune fils Kal-El qui les connait fort bien, a vécu avec eux et arrive donc sur Terre fort de principes idéologiques pas du tout inculqués par Pa et Ma Kent dans le Kansas.
Deux processus de destruction parallèles
Jason Aaron développe donc deux intrigues en même temps. Il nous donne à voir la vie de la famille El sur Krypton, autant que celle du Kal-El jeune adulte, pourchassé par un des agents de Lazarus, Loïs Lane. Même si nous ne sommes pas sur notre planète, que l’intrigue prend place dans un univers parallèle et négatif, il est évident que Jason Aaron nous parle de nous et des directions que prennent nos sociétés et notre planète, entre dictatures d’extrême-droite et réchauffement climatique quasi irréversible.
La situation de Krypton est plus expliquée, assez logiquement. Les événements passés sont terminés, le scénariste peut synthétiser et présenter aux lecteurs ce vers quoi la Terre se dirige si personne n’intervient. Et sur Krypton, il montre que le système de castes, la domination d’une partie de la société sur le reste, n’a pas permis de sauver la planète. Kal-el souhaite donc incarner l’élément perturbateur capable de fédérer les humains contre leurs penchants destructeurs.
A ce stade, Aaron garde suffisamment le suspens sur le contexte terrien pour qu’il ne soit pas possible d’identifier dans quel sens politique il avance. Seront-ce les individus ou leurs actions collectives qui sauveront la planète ? Réponse encore à venir.
Absolute Superman tome 1 reste un comic-book de super-héros
Après tant de lignes à parler politique, vous vous dites peut-être qu’Absolute Superman est un comic-book intello. Clairement, ce n’est pas le cas. C’est toute l’intelligence de Jason Aaron que de réussir à nous parler politique au milieu de nombreuses scènes d’actions. La séquence Krypton reste un film catastrophe. La séquence terrienne, un film d’action.
Les Peacekeepers se font sacrément mettre à l’amende par Kal-el, dont on découvre une interprétation originale du costume et des pouvoirs. En toile de fond, on comprend rapidement qu’un sujet Brainiac se pose. Et il n’y a pas besoin d’avoir lu beaucoup d’épisodes de Superman pour savoir que le génie tyrannique cosmique va poser un problème au fils de Krypton. On apprécie aussi le rôle plus physique de Loïs Lane, toujours enquêtrice, mais ici au service de l’antagoniste et non plus de la vérité.
Rafa Sandoval : un dessinateur qui éclate les rétines !
Si Absolute Superman tome 1 est un pur comic-book de super-héros, c’est aussi par le choix fait pour la mise en scène. Rafa Sandoval travaille un style photo-réaliste dans un découpage extrêmement cinématographique. Son travail est renforcé par la performance harmonieuse de Ulises Arreola aux couleurs. Leur association offre beaucoup de chaleur, beaucoup d’empathie. On croit en ces deux mondes, on se projette dedans en tant que lecteur. On est immergé autant que dans une séance de cinéma. Et comme il n’y a aucune limite budgétaire dans les décors, Sandoval se déchaîne pour donner corps aux idées de son scénariste. L’action et la puissance du dessin montent crescendo jusqu’à une respiration finale salvatrice.
Absolute Superman tome 1 ou le fun intelligent
Oui, Absolute Superman tome 1 (Urban Comics) fait dans le bourrin, dans le blockbuster. On sent Jason Aaron, Rafa Sandoval et Ulises Arreola s’amuser à cela. Mais ces premiers épisodes sont aussi profonds et prometteurs. Le plus politique des trois titres fait réfléchir autant qu’il divertit. Reste à tenir cette qualité sur un deuxième tome et la barre est placée haute.
- Absolute Superman tome 1 – Les poussières de Krypton
- Scénariste : Jason Aaron
- Dessinateur : Rafa Sandoval
- Coloriste : Ulises Arreola
- Traducteur : Laurent Queyssi
- Éditeur USA : DC Comics
- Éditeur France : Urban Comics
- Nombre de pages :
- Prix : 18€
- Date de publication : 30/05/2025
- ISBN : 9791026823391
Résumé éditeur : Que serait devenu Superman s’il avait été élevé sur Krypton ? S’il avait dû fuir sa famille pour échapper au destin tragique de sa civilisation ? S’il n’avait pas reçu le code moral de la famille humaine des Kent ? C’est ce que propose de découvrir ce récit mettant en scène l’histoire épique et tragique du dernier fils de Krypton dans un univers plus sombre et réaliste !
