Southern bastards

Earl a quitté Craw County depuis la mort de son père, il y a 40 ans. Obligé de vider la maison de son oncle défunt, il y revient pour deux jours mais sonn séjour va se prolonger après une bagarres dans le restaurant du coin. A ce moment-là, c’est l’engrenage, la violence s’impose et Earl décide de faire la justice. Jason Aaron, associé à Jason Latour, raconte cette descente aux enfers dans Southern bastards, publié par Urban Comics.

LE PASSE TROUBLE DE EARL

Ce qui aurait pu ressembler à une simple petite histoire d’héritage-succession familiale prend une tournure sanglante à partir de la vingt-cinquième page, tel un bon roman de Stephen King. Alors que Earl, vieil homme mystérieux n’avait plus remis les pieds dans sa ville natale de Craw County, il va prolonger son séjour par soif de justice. Son passé douloureux avec Bertrand, son père shérif qui le battait, ressurgit lorsqu’il se recueille sur sa tombe ou lorsqu’il pénètre dans la maison de son oncle. Une partie scénaristique où la tension narrative décuple au fil des pages et happe le lecteur facilement.

Il faut dire que son paternel était un dur à cuire, faisant régner l’ordre dans la petite ville. Ancien joueur de foot américain comme par la suite son fils, il fit les beaux jours de l’équipe locale des Rebs. Le lecteur découvre au fur et à mesure, avec parcimonie, quelques éléments de l’enfance d’Earl et les relations qu’il entretenait avec ce père si dur avec lui.

UNE VIOLENCE EXACERBÉE

Le récit quasi authentique de Jason Aaron ne verse jamais dans le sordide ni le sanglant mais plutôt dans une violence larvée, exacerbée par l’inaction du nouveau shérif et la mainmise d’Euless Boss, le coach de l’équipe, cinq fois championne du comté. Accompagné d’hommes de main pas très intelligents, son fils Esaw fait la pluie et le beau temps sur la petite cité, entre pots de vin, intimidations et bagarres.

UN HÉROS AMBIVALENT

Alors que le lecteur pourrait croire que Earl est une sorte de chevalier blanc, prêt à défendre la veuve et l’orphelin, l’histoire de l’auteur de Scalped est moins moins manichéenne qu’elle pourrait le laisser croire ; le vieil homme ayant des failles et n’arrivant pas à maîtriser ses pulsions de violence. Jason Aaron en fait un héros, très loin des standards de comics américains. Pour alléger le récit, le scénariste met en place des personnages secondaires attachants tel que Tad, l’adolescent attardé.

CRAW COUNTY : UNE VILLE SALE ET CRASSEUSE

La ville de Craw County est aussi un personnage à part entière. Jason Aaron rêvait depuis quelques années de raconter une histoire se situant dans son Alabama natale, après les excellents albums (X-men ou Wolverine). En créant une ville du fin fond de nulle part, il installe une ambiance crasseuse; une cité repliée sur elle-même, sentant la consanguinité, gangrenée par quelques habitants crétins et mal dans leur peau.

UN TRAIT ANGULEUX MAGNIFIQUE

En ce qui concerne la partie graphique, le trait vif et anguleux de Jason Latour participe à l’atmosphère de violence décuplée et par l’ambiance autarcique du village. Ce confinement conjugué aux bagarres imposent un rythme paradoxal ; à savoir lent et parfois hyper rapide. Les scènes du passé sont traitées en bichromie rouge et noire, ce qui renforce la dramaturgie et l’intensité de l’histoire.

Les éditions Urban comics proposent un prix de lancement à 10€ et le deuxième volume arrive très vite (en juin) : une très bonne nouvelle.

Article posté le dimanche 05 avril 2015 par Damien Canteau

Southern Bastards fait partie des 15 meilleures BD publiées en 2015 pour Comixtrip, le site spécialisé en bande dessinée
  • Southern bastards, volume 1 : Ici repose un homme
  • Scénariste : Jason Aaron
  • Dessinateur : Jason Latour
  • Editeur : Urban Comics, collection Indies
  • Prix : 10€
  • Sortie : 20 mars 2015

Résumé de l’éditeur : De retour à Craw County, Earl Tubb n’a qu’une chose en tête : vider la maison du vieil oncle Buhl et repartir au plus vite de cette petite ville d’Alabama qu’il a quittée voilà 40 ans. Il suffira d’une altercation avec quelques locaux au diner du coin pour transformer ce séjour en descente aux enfers. Un enfer taillé sur mesure par Euless Boss, coach de l’équipe de football local et ennemi juré de feu le shérif Tubb, paternel d’Earl.

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

En savoir