Avec Frankenwood, les auteurs du western Marshal Bass nous livrent une comédie noire en parodirama dotée d’un casting de rêve.
Frankenwood : l’angoisse du privé maltais.
Sur les vitres du troisième étage d’un immeuble de Los Angeles, on distingue des inscriptions : MARLOWE et PRIVATE EYE. Dans le bureau, le téléphone sonne. Le dos à la fenêtre, un homme en veston noir, chemise blanche prend son temps. Et lorsqu’il se décide à décrocher le combiné, une voix l’interpelle par un surnom :
« Bogie ».
Hésitant, le privé le reprend :
« Je ne m’appelle pas Bogie. Je m’appelle Sam. Sam… Euh… Marlowe. »

Le grand sommeil.
La voix a à peine le temps d’expliquer qu’il faut choisir : il est soit Sam Spade, soit Philip Marlowe qu’il raccroche. En effet, au bout du couloir, il a reconnu le son des talons et la silhouette qui se dessine à travers le verre opaque de la porte.
« C’est elle ! C’est slim ! »
Et c’est effectivement une femme d’une beauté rayonnante qui pénètre dans le sombre bureau. Mais ce n’est pas celle attendue. Elle, c’est Marilyn.

Et si elle a besoin d’un détective privé, c’est pour découvrir qui a tué son ami George Reeves, le célèbre interprète de Superman. Et au passage, cette enquête pourrait peut-être déterminer qui l’a tuée, elle.
Frankenwood : Diamonds Are a Girl’s Best Friend and they are forever…
À première vue, c’est un bien étrange scénario que nous livre Darko Macan avec Frankenwood. Et si le titre apparaît évidement comme la contraction d’Hollywood et de Frankenstein, le lien qui les relie, lui, est bien plus énigmatique. Aussi l’intrigue met-elle quelques pages à apparaître clairement. Ce qui n’empêche pas le lecteur d’élaborer des hypothèses, porté par l’ambiance de polar noir qui a rendu célèbre le protagoniste qui porte les traits d’Humphrey Bogart. Ainsi, bien que décontenancé, on tourne les pages avec avidité, d’autant plus qu’elles nous réservent des surprises de taille.

Sosie or not sosie ?
Et effectivement, on est immédiatement frappé par le soin apporté par Igor Kordey pour reproduire les visages des plus grandes célébrités de l’âge d’or d’Hollywood. Humphrey Bogart, Marilyn Monroe, George Reeves, Boris Karloff, Oliver Hardy, Stan Laurel, Lauren Bacall, Alfred Hitchcock, Alma Reville, Clark Gable, Jack Nicholson… Ils sont tous là… Et chaque apparition touche au but en provoquant un sourire complice chez un lecteur ravi de découvrir toutes ces légendes dans une même histoire.

Le château de l’angoisse.
Mais dans le même temps, la découverte du « Castle », un établissement dirigé par le sosie de Boris Karloff a de quoi perturber. En effet, l’enquête de notre détective révèle qu’on y pratique un « processus » capable de « requinquer » les célébrités décédées… L’expression est-elle à prendre au pied de la lettre ? Là encore, il faudra attendre un peu pour en savoir plus. Mais une chose est sûre : à Hollywood, les apparences sont souvent trompeuses.
Hollywood ne manque décidément pas de piquant.
On l’aura compris, Frankenwood est une œuvre singulière dont chaque page réserve son lot de surprises. Et sous des airs de polar traditionnel, elle amène finalement à s’interroger avec ironie sur l’industrie du cinéma. On ne s’était jamais posé la question sous cet angle, mais c’est vrai, combien de fois un acteur est-il mort dans ses films ? Ensuite, combien de fois l’a-t-on ressuscité dans un autre film ? Et pourquoi ? Si n’est pour une raison évidente qui est qu’il était encore prisé du public. Dans le même temps, cette fameuse industrie a, selon la même logique, usé des acteurs et des actrices, les conduisant même au suicide dans la vraie vie. À ce titre, la présence de Marilyn Monroe dans l’intrigue s’avère rapidement essentielle.
Frankenwood : À qui profite la résurrection ?
Dans Frankenwood, le ton est léger, mais la réflexion développée est bien sérieuse. Et ce d’autant plus que depuis quelques années, les nouvelles technologies commencent à se mêler de l’affaire. Et le fait est qu’à une époque où l’intelligence artificielle est capable d’intégrer un acteur décédé au casting d’un film, on est en droit de se demander si le jeu en vaut vraiment la chandelle. Chacun sera libre de sa réponse, mais avec Frankenwood, Darko Macan et Igor Kordey nous invitent à y réfléchir.

- Frankenwood
- Scénariste : Darko Macan
- Dessinateur : Igor Kordey
- Coloriste : Anubis
- Éditeur : Dupuis
- Prix: 23 €
- Parution : 03 avril 2026
- ISBN : 9782808505864
Résumé de l’éditeur : Los Angeles, 1963. Un détective privé qui ressemble comme deux gouttes d’eau au légendaire Humphrey Bogart se voit confier par un sosie parfait de Marilyn Monroe l’enquête la plus insolite de sa carrière : enquêter sur la mort mystérieuse d’un certain George Reeves, autrefois l’interprète de Superman à la télévision. La piste du crime le conduit vers un étrange établissement baptisé « The Castle » qui réanime les acteurs défunts à la demande de mystérieux commanditaires. Qui tire les ficelles de cette improbable histoire ? La machine à rêver californienne aurait-elle trouvé le moyen d’exploiter les vedettes longtemps après leur mort ? Un polar décalé, cocasse et caustique qui plonge dans les coulisses de la machine hollywoodienne.
À propos de l'auteur de cet article
Victor Benelbaz
Tombé dans la marmite de la bande dessinée depuis tout petit, Victor est un vrai amateur éclairé. Comics ou récits jeunesse sont les deux genres préférés de ce professeur de français.
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