Comment se rendre chez son libraire et passer à côté de Cauchon… ou l’homme qui tua Jeanne d’Arc ? Ce nouvel album signé Xavier Dorison et Louis-David Delahaye au scénario et Joël Parnotte au dessin est repérable au premier coup d’œil et peut, pour le moins, intriguer. Tout d’abord en raison de son grand format. Ensuite en raison de sa couverture sombre, de sa texture granuleuse et des inscriptions qui y figurent, imprimées en doré.
Un impressionnant travail graphique qui peut ainsi donner envie de découvrir Cauchon… Ou l’homme qui tua Jeanne d’Arc publié chez Dargaud. Parce que si l’une est passée à la postérité, l’autre a été oublié du commun des mortels.

Le personnage de Jeanne d’Arc
S’il est bien un personnage féminin emblématique de l’histoire de France, c’est Jeanne d’Arc. La Pucelle d’Orléans occupe une place prépondérante dans les livres d’Histoire dans lesquels nous avons tous étudié. De plus, nombreuses et variées sont les biographies sur ce personnage né vers 1412 à Domrémy.

L’industrie cinématographique d’Hollywood se l’est également appropriée. Que ce soit par exemple sous les traits d’Ingrid Bergman dans les années 50 ou de Milla Jovovich en 1999. Effectivement cette jeune femme ne peut laisser indifférent en raison de ce qu’elle a accompli. La bande dessinée n’est pas en reste, Jeanne d’Arc est également une valeur sûre pour le 9e art. Mais qu’en est-il de celui qui fut à l’origine de son procès, l’évêque Pierre Cauchon ?
Le contexte historique de l’album
Il est important de situer rapidement le contexte historique et politique de l’époque. Nous sommes pendant la Guerre de Cent ans. Cette dernière dura plus de cent années puisque s’étant déroulée entre 1337 et 1453.
À cette période de notre Histoire, se trouvent d’un côté les Anglais, qui avec les Bourguignons, occupent la partie Nord de ce qui n’est pas encore notre France actuelle, pour le compte d’Henri VI, Roi d’Angleterre.
Face aux Anglais, figurent les Armagnacs qui soutiennent la légitimité du Roi Charles VII. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’une jeune bergère lorraine originaire de Domrémy a quitté sa famille. Elle comptait se rallier à celui qu’elle va faire couronner Roi de France, en la cathédrale de Reims en juillet 1429.
En mai 1430 Jeanne d’Arc, malgré ses faits d’armes, est faite prisonnière à Compiègne par Jean de Luxembourg et les Bourguignons.

Jeanne d’Arc faite prisonnière
C’est à ce moment-là que débute Cauchon… Ou l’homme qui tua Jeanne d’Arc, avec l’annonce faite à l’évêque Cauchon de la capture de Jeanne d’Arc. Le prélat, aussitôt informé, se rend chez le comte de Warwick, représentant du roi d’Angleterre. Il lui propose de racheter la prisonnière à son geôlier, ceci afin de la juger. En effet, l’évêque pense que si Jeanne d’Arc est tuée, elle deviendra une martyre. Alors que si elle est jugée hérétique devant un tribunal, ce dont il est certain, elle n’aura plus aucune légitimité. Charles VII perdra lui aussi sa légitimité de Roi de France, redevenant ainsi Charles le batard.

Pierre Cauchon va aller en personne chercher Jeanne d’Arc à Compiègne pour la faire juger à Rouen par ses soins, lors de ce qu’il pense être le procès du siècle. Pour cela, ce ne sont pas moins de 70 personnalités qualifiées qui l’assisteront pour faire comparaître Jeanne la pucelle. Mais ce procès va-t-il vraiment se dérouler comme l’évêque Cauchon se l’était imaginé ?
Le procès d’une hérétique ?
Comme le titre l’indique, cet album, même s’il relate le procès de Jeanne d’Arc, met surtout en lumière Pierre Cauchon, dont on ignore à peu près tout. Très rapidement, on découvre, grâce au personnage de Louise, qui est sa sœur et abbesse, que les finances de l’évêque de Beauvais sont au plus bas en raison de la guerre. Ce procès, très attendu, pourrait lui permettre redorer son blason, et par là même améliorer son train de vie en héritant de l’archevêché de Rouen.
Pour marquer l’importance de l’ecclésiastique dans ce récit, les auteurs ont choisi de ne faire apparaître visuellement Jeanne d’Arc qu’à la 45e planche. Avant cela, elle n’est qu’évoquée ou bien sa présence est masquée par des artifices. Mais une fois qu’elle apparaît, et ce malgré sa frêle stature, la jeune femme occupe alors l’espace à la fois par sa luminosité, mais surtout grâce à ses réparties verbales.

C’est ainsi que l’on découvre que la bergère sans éducation va se montrer d’une force telle qu’elle sera capable de s’opposer à ce jury composé d’hommes. Ces riches, lettrés et influents vont avoir fort à faire pour démonter sa défense, qu’elle assure seule, et ainsi la déclarer coupable d’hérésie. Quant à l’évêque Cauchon, il semblerait que la tâche qu’il pensait accomplir sans encombre le poussera dans ses retranchements. L’amenant ainsi à reconsidérer autrement celle qui est sa captive.
Un travail impressionnant
Comment ressortir de cette lecture autrement qu’en étant soufflé par la profondeur du récit de Xavier Dorison et de Louis David Delahaye. Les auteurs en choisissant tout d’abord de mettre en avant l’imposant évêque Cauchon, nous font croire que le duel, entre deux personnages que tout oppose, sera inégal. Comment ne pas imaginer que la frêle jeune femme ploiera face à son accusateur et sa curie ! Mais les forces que chacun possède, celle de l’Église pour lui et celle de Dieu et de la vérité pour elle, vont mettre à égalité ces deux personnages.
Joël Parnotte, qui a déjà à son actif de dessinateur la magnifique série Le Maître d’armes, souligne ce récit d’opposition avec son magnifique travail graphique réalisé à l’aquarelle et en traditionnel. Son dessin, d’un réalisme incroyable, est sublimé par une colorisation très froide, parfaitement adaptée à la froidure de cette période et à son obscurantisme.

Pour appuyer historiquement leur travail, les auteurs ont reçu l’appui de David Glomot, Docteur en Histoire médiévale, afin d’assurer une caution scientifique à plein temps sur l’album et de réaliser le dossier historique explicatif figurant en fin d’album.
L’objet livre est quant à lui extrêmement bien réalisé grâce au travail de Sophie Uliana, coloriste des séries Okko et Le serpent et la lance, sur le graphisme, les pages de gardes et la couverture.

Un ouvrage marquant pour 2026
Cauchon… Ou l’homme qui tua Jeanne d’Arc est un très bel et très intéressant album publié chez Dargaud. Il permet de revisiter l’Histoire en assistant au procès de Jeanne d’Arc, tel qu’on ne pouvait se l’imaginer. Une façon passionnante de rééquilibrer le poids des événements.
Une bande dessinée qui marquera, à coup sûr, l’année 2026 de son empreinte.
- Cauchon… Ou l’homme qui tua Jeanne d’Arc
- Scénaristes : Xavier Dorison et Louis-David Delahayes
- Dessinateur et coloriste : Joël Parnotte
- Graphiste : Sophie Ulianna
- Éditeur : Dargaud
- Prix : 35,00 €
- Sortie : 24 avril 2026
- ISBN: 9782505120018
Résumé de l’éditeur : 1431. La France et l’Angleterre se livrent une guerre sans merci. Le puissant évêque Pierre Cauchon, au service des Anglais, intrigue pour diriger le procès de Jeanne d’Arc. Mais, alors que le procès s’ouvre, la jeune femme qui prétend être l’envoyée de Dieu fait preuve d’une incroyable combativité. Le procès tourne alors à l’affrontement entre deux personnalités hors du commun et que tout oppose. D’un côté, un homme d’Église au sommet du pouvoir, manipulateur et disposant de moyens illimités pour mener l’accusation ; de l’autre, une femme indépendante et déterminée, abandonnée par son camp et n’ayant que son idéalisme comme arme. Contre toute attente, la ténacité de Jeanne, son intelligence et sa force de caractère renversent les certitudes du juge-évêque et font ressurgir chez lui des valeurs qu’il avait profondément enfouies. Alors que le terrifiant comte de Warwick fait pression sur Cauchon pour qu’il mette fin au procès et brûle « la putain », l’évêque, rongé par le doute, décide au contraire de la sauver… Il faudra attendre la cinquantième page pour voir enfin le visage de Jeanne d’Arc : Xavier Dorison a un vrai talent pour jouer avec les genres et surprendre en faisant un pas de côté. Il le met en oeuvre ici dans la bande dessinée historique, aux côtés de Louis-David Delahaye, qui cosigne le scénario. Tous deux auraient pu se concentrer sur Jeanne, bien sûr, mais comment résister à un personnage aussi romanesque que Pierre Cauchon ? Joël Parnotte, compère de Xavier Dorison dans Le Maître d’armes et Aristophania, a repris ses pinceaux pour ce nouvel opus et créé des images particulièrement fortes, tant par ses cadrages et son travail de reconstitution que par ses ambiances folles en couleurs directes.
À propos de l'auteur de cet article
Claire Karius
Passionnée d'Histoire, j'affectionne tout particulièrement les albums qui abordent cette thématique. Mais pas seulement ! Je partage ma passion de la bande dessinée dans l'émission Bulles Zégomm sur Radio Tou'Caen et sur ma page Instagram @fillefan2bd.
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