Coline est sculptrice. Alors qu’elle assiste à l’exposition de Sigrid, son ex, Rémi, une de ses connaissances, brise une statue. Accusée à sa place, Coline va devoir prouver qu’elle est saine d’esprit. La sculptrice, de Quentin Vijoux aux éditions de l’Agrume, est une exploration du monde de l’art et de l’intime.

De l’art et de la sculpture
La pluie diluvienne provoque la montée des eaux. Bientôt, il faudra évacuer. Mais avant ça, Coline se rend à l’exposition de Sigrid, son ex. Entre deux petits fours, Coline retrouve Rémi, un camarade d’école. Mais rapidement, tout vire au drame : Rémi brise une statue, un bras humain semble s’en extraire… Coline est la seule accusée. Elle va devoir prouver sa santé mentale en trouvant deux signatures. Mais la montée des eaux et l’échéance de l’évacuation bouleversent ses plans. A moins que ce soit elle, la quête de sa santé mentale, ou le monde qui part à vaux l’eau (littéralement)…

La sculptrice est un titre étonnant à bien des égards. Exploration du monde de l’art, de la relation à l’autre, de l’intime, du concept même de santé mentale… Quentin Vijoux nous livre une enquête initiatique salutaire. D’une ville piégée par les flots aux recoins d’un atelier d’artiste, il explore l’absurde. Coline en émerge telle une exploratrice, questionnant les concepts d’art et de normalité.
Piégée dans le marbre
Par bien des égards, Quentin Vijoux inscrit sa sculptrice dans l’histoire de l’art. Les corps moulés dans le marbre ne sont pas sans évoquer les scandales (et autres légendes urbaines) autour de l’art de Rodin. En effet, celui-ci avait été accusé en 1877 d’avoir moulé sa sculpture L’Âge d’airain sur une véritable figure vivante (voire même d’avoir utilisé un cadavre pour créer autour).
Mais au-delà de cela, c’est aussi la question symbolique des souvenirs qui se pose. Coline évoque que chaque sculpture est un souvenir, une part d’elle et de son couple. La mémoire se grave alors dans le marbre, se transfigure en sculpture parfois abstraite, parfois plus figurative. Tout le propos symbolique autour de notre rapport à l’autre et aux souvenirs est d’autant plus intéressant quand ils sont mis en relation avec la sculpture.

Mais le marbre, c’est aussi le côté immuable. Celui d’une administration tortueuse et absurde, d’un système de santé complexe pour rien, d’un monde de l’art qui stagne et ne veut pas évoluer… Tout prend l’eau : littéralement puisque la ville est en passe d’être inondée. Cette montée des eaux ajoute une échéance concrète aux interrogations plus abstraites.
Abstraction
On reproche à Coline d’être trop dans l’abstraction. Mais qu’est-ce que le concret ? Est-ce la mort de l’imaginaire ? La normalité portée en gloire ? Des individus figés dans le marbre, dans le passé, dans leurs souvenirs ? La sculptrice interroge autant qu’elle montre. Les planches de Quentin Vijoux s’affranchissent des cases, proposant une autre forme de contrainte, celle de la sculpture et du marbre.
Doit-on se laisser couler ? Partir en embarquant l’immuable monde avec nous ? La sculptrice fait partie de ces titres qui nous laissent dans la réflexion, dont la conclusion sera propre à chacun. La fin ouverte nous invite à réfléchir seul ou ensemble et à questionner ce qui nous entoure.

Un très bel album de Quentin Vijoux aux éditions l’Agrume.
- La sculptrice
- Auteur : Quentin Vijoux
- Dessinateur : Quentin Vijoux
- Coloriste : Quentin Vijoux
- Editeur : L’agrume
- Prix : 22 €
- Parution : 13 mai 2026
- Nombre de pages : 144 pages
- ISBN : 9782487071254
Résumé de l’éditeur : Qui est fou ? Cette jeune artiste qui fait une découverte macabre ? ou le monde autour d’elle qui va bientôt être englouti dans une gigantesque inondation ? Il pleut continuellement et Coline, jeune artiste désoeuvrée, se rend pleine d’amertume à une exposition de la talentueuse Sigrid Citadelle : elle reproche à cette ancienne camarade de l’École de Sculpture, avec qui elle a eu une relation intime, de l’avoir quittée pour le grand sculpteur Simon Toraxeschine -; qui était son mentor et qu’elle lui avait elle-même présenté. Lorsqu’une statue se brise, Coline comprend que toutes les sculptures de Sigrid sont en réalité réalisées à partir de vrais corps humains, toujours prisonniers de la matière, mais personne ne la prend au sérieux. Alors qu’un barrage géant menace de se rompre et d’inonder toute la ville, Coline tente de prouver qu’elle n’a pas rêvé et qu’elle n’est pas folle, tandis que tout le monde cherche plutôt à fuir l’imminente catastrophe…
À propos de l'auteur de cet article
Bénédicte Coudière
Journaliste spécialisée en bande dessinée mais aussi en jeux vidéo depuis près de 15 ans, conférencière, autrice et plein d'autre chose encore ! Membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée), elle est passionnée d'art et de narration, d'exploration de papier et de pleins d'autres choses encore.
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