Un printemps de livres illustrés

En cette période printanière, Comixtrip met en lumière 6 ouvrages jeunesse dans un printemps de livres illustrés. Des chiens, un chat, un lynx, des dinosaures et un vieil agriculteur…

Un abri pour la nuit, de Thibaut Rassat (Biscoto)

Un gros chien blanc sort d’un joli pavillon. Il observe dans le jardin un tout petit explorateur. “Savez-vous où se trouve la très grande forêt”, demande-t-il à l’animal. “Peux-tu m’y conduire ?”, poursuit-il. Alors le chien le fait grimper sur son dos et commence à courir…

A travers cette aventure construite comme une quête d’identité, Thibaut Rassat aborde le temps qui passe. Ce très joli album illustré dévoile ainsi une métaphore de la vie. Celle qui débute dans l’enfance et se poursuit à l’âge adulte. Celle de l’aide des plus âgés – ici le gros chien blanc – pour les plus jeunes – ici le tout petit explorateur. En filant à toute allure, le temps s’accélère, comme une longue ellipse qui raccourcit le temps. Ainsi le chien comme l’explorateur vieillissent. Et ce dernier devient alors un jeune adolescent.

Dans ce petit livre à l’italienne, le travail graphique de l’auteur de Mauvaise herbe (La pastèque, 2020) prend tout son sens. Les grandes illustrations sur double-page filent alors comme les 4 saisons.

En route pour Washington, de Davide Cali et Alex W. Inker (Sarbacane)

Nebraska, 1933. En pleine canicule, la sécheresse s’abat sur les récoltes de Ray Patterson comme celles de ses voisins. Mais est-ce que le président Franklin D. Roosevelt est au courant du désastre ? Pour en avoir le cœur net, le vieil homme décide de rallier son petit village à Washington. Mais sans cheval ni voiture, ce n’est pas simple pour effectuer 1.200 km ! Il invente alors la chèvre-mobile, en engin qui fonctionne avec des chèvres !

Après Un travail comme un autre et Colorado Train, Alex W. Inker poursuit son périple à travers l’Amérique avec En route pour Washington. Pour cela, l’auteur de Panama Al Brown a décidé d’adapter le roman de Davide Cali.

Cette histoire d’un vieil homme anti-héros qui part dans un long périple pour interpeller le président des États-Unis est une jolie ode à la persévérance. Un récit qui passionna les Américain.e.s tout au long des 57 jours, par la radio et par la presse écrite, comme le décrit le romancier. Pour ce livre, Alex W. Inker déploie son talent dans des illustrations pleine page ou sur double-page, avec un dessin travaillé à la mine de plomb.

Panpi et Gorri, spécialistes de l’aventure, de Marie Novion (Maison Georges)

Panpi et Gorri sont deux jeunes chiens-cousins. Ils passent tout leur temps ensemble à explorer les alentours de chez papi-mamie. Entre les vesses-de-loup (champignons qui pètent), une île perdue déserte, une mixture potion magique ou des fantômes dans la maison, tout est un terrain de jeu.

Dans ces petites histoires prépubliées dans le magazine Georges, Marie Novion dévoile de très jolies saynètes où le pouvoir de l’imaginaire est décuplé. Panpi et Gorri s’amusent au jour le jour avec tout ce qui les entoure chez leurs grands-parents. Rien ne leur résiste. Un petit rien qui peut se transformer en quelque chose d’extraordinaire comme dans les jeux d’enfants. Ces deux esprits joueurs s’amusent et amusent les jeunes lecteurs. C’est drôle par les situations cocasses, les dialogues savoureux et le dessin de l’autrice. Un dessin coloré plein de malice où les visages des personnages sont très expressifs.

Le monde sauvage, le lynx boréal, de Sylvain Bauduret (La Gouttière)

Un lynx boréal est tapi dans les fourrés d’une forêt. Il observe de loin un cerf. Il aimerait en faire son repas mais il fait trop de bruit et sa proie s’échappe. Alors, il poursuit son chemin en traversant des routes. Il croise alors la route d’une jeune lynx…

Après Le renard roux, Sylvain Bauduret poursuit son exploration des animaux de la forêt avec le lynx boréal dans sa collection Le monde sauvage. A travers 32 pages, il met en scène un récit sans texte pour les jeunes lecteurices dès 4 ans. Cette histoire fictive raconte le quotidien d’un jeune lynx, fait de mille dangers. Notamment celui des routes tracées par l’homme. Leurs traversées sont souvent mortelles pour ce grand félin d’Europe comme l’auteur le mentionne dans les 4 pages du dossier accolé aux dos de l’intrigue.

Avec un dessin très lisible et un découpage fluide, Sylvain Bauduret imagine une histoire dont les enfants primo ou non-lecteurs peuvent facilement s’emparer. Les récits animaliers font toujours autant d’effet sur les plus petits et celui-ci, par ses grandes qualités, se glisse dans ce genre si prisé.

Agathe et Crocus, dinos des champs, d’Olivier Pog et Lili la baleine (Glénat Jeunesse)

Kadija et Thomas viennent de s’installer dans une petite ferme au milieu de nulle part. Le couple est parent de Solal, un petit garçon qui s’ennuie. Son temps, il le passe souvent chez ses voisins, Nénette et René, deux personnes âgées.

Alors que René tente de trouver une nouvelle source avec sa baguette de sourcier, le trio découvre deux énormes oeufs. Les poules les couvent et… un jour, deux dinosaures en sortent. Solal décide de les appeler Crocus et Agathe.

Après La ballade magique de Baumerire, la collection Préambul(l)es accueille Agathe et Crocus. Dans une ambiance printanière, Olivier Pog (Pas d’lézard) imagine un récit entre livré illustré et bande dessinée. Une histoire fantastique où deux dinosaures venus du fin fond des âges débarquent dans une ferme de nos jours. Tout est léger et doux dans l’intrigue du scénariste. On aime la relation intergénérationnelle entre Solal, René et Nénette. On apprécie les joies de vivre à la campagne et les situations cocasses engendrées par les nouveaux venus dinosaures. La douceur et la chaleur sont également portées par le dessin de Lili la baleine. De grandes illustrations sur des doubles-pages rehaussées par de grands aplats. On appréciera le violet qui parsème les pages. Violet rappelant les crocus.

Le défi des 100 j’aime, d’Audrey Malo et Julie Champagne (Les 400 coups)

Coconut12 a 123 abonnés. Elle accepte le défi lancé par son grand frère : obtenir 100 j’aime sous sa vidéo en direct en 20 minutes ! Pour cela, la jeune fille est aidée malgré elle par Boris, son chat facétieux. Les pitreries du matou font grimper les likes…

Le duo d’autrices montréalaises – Julie Champagne et Audrey Malo – s’emparent d’un phénomène sociétal important : les réseaux sociaux. Alors qu’il y a quelques années, ces canaux étaient utilisés par les adultes, de plus en plus, de nos jours, ils le sont aussi par les plus jeunes.

Ce défi numérique est basé sur une rivalité entre une sœur et son frère. Rivalité somme toute gentille. Si l’on dénonce cette course folle aux likes et autres abonnements, cela se déroule avec humour. Ici, les facéties de Boris apportent tout le sel à l’histoire. Le dessin numérique d’Audrey Malo est avenant notamment par les visages des personnages très expressifs et les grands aplats de couleurs.

Article posté le dimanche 10 mai 2026 par Damien Canteau

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une trentaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée) et co-responsable du prix Jeunesse de cette structure. Il est le rédacteur en chef du site Comixtrip. Damien modère des rencontres avec des autrices et auteurs BD et donne des cours dans le Master BD et participe au projet Prism-BD.

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