Alors que le Frankenstein de Guillermo Del Toro a reçu un bon accueil critique et commercial sur Netflix, David Sala a décidé de se pencher à son tour sur le chef d’œuvre de Marie Shelley. A l’instar de Georges Bess qui l’a précédé dans l’exercice, l’auteur du Poids des héros livre un album de près de 220 pages au graphisme imparable. L’une des adaptations littéraires de 2026 ?
Fort d’études de médecine prestigieuses, le Dr Victor Frankenstein est insatiable, approfondissant jour après jour ses connaissances. Jusqu’à se pencher sur « l’un des plus insondables mystères : le principe de vie », faisant fi de toute forme de déontologie. Conduit par un narcissisme et l’orgueil du scientifique pour qui la fin justifie les moyens, le chirurgien entreprend l’impensable : donner naissance à un être humain de ses propres mains.

Le cimetière lui offrira la matière première nécessaire. Ici une jambe, ici un crâne, petit à petit le projet fou de Frankenstein prend forme. Jusqu’à ce que le corps étendu sur la table d’opération prenne vie sous ses yeux. Constatant l’étendue de l’horreur que lui suscite la vision de cette créature, Victor décide de prendre la fuite, laissant derrière lui un être vivant désemparé et livré à lui-même…

It’s alive ! ALIVE !
Dans la première adaptation cinématographique de Frankenstein en 1931 signé James Whale, Boris Karloff incarnait déjà une créature devenue iconique dans l’imaginaire collectif.

Près d’un siècle plus tard, David Sala s’est donc frotté à l’exercice de l’adaptation en case et phylactères pour un résultat époustouflant. Imprimant pour longtemps dans notre rétine l’image de ce monstre aux yeux des hommes, l’auteur a donné naissance à un arlequin fait de chair, de sang et d’une farandole de couleurs, le rendant à son tour tout aussi emblématiques que ces prédécesseurs, tout type de support confondu.
L’empathie en bandoulière
En effet, comment ne pas être en empathie avec cet être vivant plus humain que (presque) tous les homo sapiens dont il croise la route ? Ostracisé, exclu, mis au ban de la société et bouc émissaire idéal, ce maudit parmi les maudits découvre avec amertume le monde des hommes, cherchant malgré tout leur sympathie ou à défaut leur présence. Un schéma qui demeure aujourd’hui dramatiquement d’actualité dès lors que l’on se penche sur l’acceptation de la différence ou le dépassement de la peur de l’autre.

Et toujours autant de maitrise
Comme il avait fait auparavant en adaptant le Joueur d’échecs de Stafen Zweig, l’auteur joue encore et toujours avec son médium. Contrastant constamment son livre par des oppositions chromatiques, David Sala a truffé son livre de références picturales. A Klimt bien sûr mais le travail sur les cieux tantôt éclatants tantôt sombres et orageux pourra faire penser aux peintres romantiques tel William Turner ou Caspar David Friedrich.

Économe en textes, le langage émotionnel de l’artiste passe donc en priorité par le dessin dont l’esthétisme n’est aujourd’hui plus à démontrer, renforcé par un sens du cadrage tout aussi efficace.
A l’heure où les adaptations littéraires en bande dessinées vont bon train, il est un auteur pour qui magnifier un texte n’est pas un vain mot. Et je vous le donne mille, cet auteur s’appelle David Sala. Quelle claque !
- Frankenstein
- Auteur : David Sala
- Dessinateur : David Sala
- Editeur : Casterman
- Prix : 28 €
- Parution : 15 avril 2026
- Nombre de pages : 220 pages
- EAN : 9782203292710
Résumé de l’éditeur : Une réinterprétation graphique magistrale et contemporaine de l’œuvre de Mary Shelley.
En adaptant magistralement l’œuvre de Mary Shelley, David Sala ne se contente pas de lui donner une sublime interprétation graphique. S’il a choisi ce roman parmi tout ce que compte de chefs-d’œuvre la littérature, c’est qu’il y trouve une résonance particulière avec des thématiques qui lui sont chères : l’acceptation de la différence, la peur de l’inconnu, les violences faites aux minorités, la vindicte populaire… autant de sujets déjà abordés dans ses précédents albums, qu’il met ici en exergue pour faire de ce Frankenstein son album sans doute le plus personnel. Oubliez l’idée d’un récit romantique à la langue ampoulée du XIXᵉ, Frankenstein est une œuvre terriblement moderne, qui fait directement écho aux grands défis actuels de nos sociétés. À lire et faire lire impérativement !
