Franck Bondoux et 9eArt+ lancent les hostilités juridiques autour du FIBD

Franck Bondoux 29 janvier 2026 par Comixtrip.frUn open space vidé de tout, quelques chaises dépareillées, un horizon bouché au 41e étage de la Tour Montparnasse. C’est dans ce cadre évocateur que l’entreprise 9eArt+, organisatrice du Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême (FIBDA) avait invité les journalistes à une conférence de presse. De mémoire de collègue, jamais aucune conférence de presse de Franck Bondoux n’avait permis des questions de journalistes. Pour sa grande dernière, le patron a subi pendant plus d’une heure les questions d’une assemblée peu encline à partager ses conclusions sur la crise traversée par le festival angoumoisin.

Franck Bondoux et le FIBD annoncent les premières actions en Justice

Quel était l’objet de cette invitation ? Premièrement, offrir une scène d’expression à Franck Bondoux hors communiqué de presse, pour donner son point de vue sur l’année 2025 et le FIBD. Deuxièmement, annoncer le dépôt en cette fin de semaine d’une assignation en référé contre l’ADBDA, l’association chargée de porter le futur festival BD d’Angoulême, afin de bloquer toute action de préparation d’un événement pour 2027 dont 9eArt+ a la charge contractuellement.

On pourrait rajouter les objectifs non-annoncés. Parasiter la communication du Grand Off en son jour de lancement, par exemple. En espérant faire parler des menaces plutôt que de l’événement en cours. Mettre la pression aux pouvoirs publics aussi, sans nul doute, tant ils furent au cœur des attentions du patron.

Mais donc, que retenir de cette déclaration et des réponses qui nous ont été faites ?

Retour sur l’exposé de Franck Bondoux

D’abord, que l’association du FIBD a créé le festival et que 9eArt+ en a fait un événement de référence mondiale. Des affirmations à tempérer.

L’association a été créée après deux éditions du festival (sa création a été publiée au journal officiel le 15 octobre 1975), quand les fondateurs, liés à la mairie, ont préféré passer sous une structure indépendante. Et l’événement était déjà un succès international avant 9eArt+, a tel point qu’il attira dès 1982, un Osamu Tezuka venu en plein anonymat dans la foule angoumoisine.

« L’objectif de ma société, ça a été de redresser la situation budgétaire du festival. Puis d’en faire l’événement de référence mondiale liée au champ de la BD. Programmation, prix, relations professionnelles, diversité des genres de la BD, nous avons tout travaillé. Angoulême n’étant pas une ville touristique, ça a compliqué la tâche. Cette tâche a été réussie et unanimement reconnue comme telle. La dimension d’intérêt général a grandi au fil des années.

Et je n’entends rien sur les liens entre la réussite de l’événement et 9eArt+. »

En effet, reconnaissons le développement du festival depuis l’arrivée de Franck Bondoux dans l’écosystème angoumoisin. Les expositions étaient excellentes, variées et elles ont réellement attiré des publics différents, notamment les expositions mangas de 2025.

Les raisons de la colère, selon Franck Bondoux

Mais alors, puisque l’événement est une telle réussite, a quoi est dû l’activisme de 2025 à l’encontre de l’association du FIBDA et de son prestataire ?

Selon Franck Bondoux « C’est un enjeu de gouvernance. Une volonté de prendre la main sur l’événement. 9eArt+ a été soumis à toutes sortes de pressions, dans le champ de la BD, dans le champ des pouvoirs publics.

Elles ne datent pas de ma présence, mon prédécesseur avait déjà été sous la pression du SNE.

En 2008, la création de l’établissement public de la Cité Internationale de la Bande Dessinée et de l’Image, exprimait déjà la forte envie de passer le festival sous la responsabilité de cet établissement. Il y a toujours une volonté d’intégrer le festival sous commandement de la cité. On voit cela dans le cahier des charges de l’ADBDA. »

Picasso et la BD (Cité de la BD et de l'image Angoulême / Musée Picasso Paris / crédit Photo : Damien Canteau - Comixtrip)

Les autrices et auteurs, décidément pas au cœur du sujet

Et Franck Bondoux de pointer un savonnage de planche de la part des éditeurs du SNE au cours de l’année 2025. La pétition d’appel au boycott, puis le boycott effectif par les auteurs ? Manifestement, cela n’a eu aucune importance. D’ailleurs, Franck Bondoux n’a pas souhaité parler aux auteurs et autrices, trop occupé par des réunions impossibles avec les pouvoirs publics et le SNE. Les auteurs et autrices continueront d’apprécier le désintérêt à leur égard. Il aura fallu plusieurs relances de Comixtrip.fr pour obtenir quelques mots à leur sujet.

Fausto Fasulo, directeur artistique Asie présent dans la salle « pour écouter » , confiait que c’est en septembre que lui et sa collègue directrice artistique (absente ce jour), contactent les organisations représentatives d’artistes pour relancer la discussion. En vain, confia-t-il. Personne n’ayant souhaité répondre selon lui, en on ou en off, à leur demande.

Défaut d’action des pouvoirs publics

Se disant victime d’une lourde campagne de presse, Franck Bondoux pointait l’absence de contacts avec les pouvoirs publics dans cette période et surtout leur incapacité à intervenir en tant que médiateurs du conflit. Un point à mettre sans nul doute à son crédit tant la mairie d’Angoulême, le département et la région, se sont abstenus de prendre au sérieux les menaces faites sur le festival et à assurer leur pouvoir de contrôle sur un festival qu’ils financent à plus de 40%. Comme dira Franck Bondoux sur un autre sujet en fin d’échanges, «si des malversations ont eu lieu au sein de 9eArt+, ce qui serait à prouver, alors les pouvoirs publics sont complices depuis 20 ans. »  

Franck Bondoux serait-il responsable de quelque chose ?

Des responsabilités personnelles sur cette situation ? Interrogé à ce sujet par un confrère, Franck Bondoux commence par distribuer les mauvais points. L’autocritique a commencé à poindre après de longues minutes. Franck Bondoux et son équipe ont voulu toucher un public plus large, plus jeune, en dehors de la BD, pour accroître son audience, et ils n’ont pas été capables de l’expliquer à l’industrie. 

Quant aux accusations développées dans la presse, elles ne reposent sur rien selon lui. Selon Fausto Fasulo, le turn over des directeurs artistiques est soit une question de choix personnels, soit une inadaptation des personnes aux enjeux du poste. Chaque concerné appréciera à sa convenance.

Des motifs juridiques pas infondés pour 9eArt+

Tout ceci posé, Franck Bondoux a exprimé la nécessité de protéger les droits de son entreprise et de l’association. Pour ce faire, une assignation en référé va être adressée au tribunal d’Angoulême à l’encontre de l’ADABD. La structure entend organiser un événement consacré à la BD, à Angoulême, dans la période habituelle du festival, selon un cahier des charges copié sur le périmètre de l’événement développé par 9eArt+.

« Parasitisme et concurrence déloyale », tels sont les motifs présentés par un des deux avocats de la société présents dans la salle. Un référé pas déposé à ce jour, sans qu’il n’ait été expliqué pourquoi. Et qui a pour but d’astreindre l’ADABD à des amendes pour chaque acte réalisé par leur concurrent afin d’organiser un nouveau festival.

« Changer le nom de l’événement suffirait à venir masquer cette réalité ? Il n’y a pas d’ambiguïté.
Nous devons donc agir, l’association et 9eArt+. Voilà deux mois que nous tendons la main sans aucun retour des pouvoirs publics. Malgré le travail intensif depuis 20 ans qui, pour moi, représente plus de 60 heures par semaine. Nous avons la nécessité de nous défendre face à la casse sociale due à l’annulation du festival. Nous restons ouverts à des discussions que nous espérons. Mais nous ne pouvons plus accepter d’être traités de cette manière. »

Un seul objectif, la bonne transmission de l’événement : à chacun d’y croire

Franck Bondoux insiste. Tout ce qu’il souhaite c’est pouvoir assurer une transmission du festival, dans le respect du travail des équipes de 9eArt+ : process, philosophie, matériel…

Interrogé par nos soins, Franck Bondoux se dit ouvert à l’idée qu’un festival 2027 puisse se tenir sans 9eArt+.

Et le sujet est là. L’angle d’attaque, à ce stade, c’est l’édition 2027. Effectivement, 9eArt+ est légalement chargé de l’organisation du FIBD 2027. Les pouvoirs publics empêchent cela, les éditeurs aussi (et un peu les auteurs, mais leur poids reste marginal dans l’argumentation). Alors l’entreprise et l’association défendent leur pré carré, quand bien même le monde de la BD ne veut plus d’eux. C’est en effet leur droit.

M. Bondoux et ses avocats n’ont pas précisé quelles actions judiciaires seraient menées ensuite. Mais il ne fait pas de doute qu’une fois le référé jugé, pour trancher sur le fond et la forme une question urgente, viendra ensuite le temps de trancher sur les responsabilités de chacun dans la non-tenue de l’édition 2026 et éventuellement de 2027. Cela pourrait bien coûter cher aux pouvoirs publics. Mais l’entreprise reste silencieuse sur ce sujet.

L’éléphant absent de la pièce

Post Facebook FIBD Angoulême action juridiques 29 janvier 2026Il y a un protagoniste qui ne s’est pas exprimé et qui était absent de la Tour Montparnasse : l’Association du FIBD Angoulême elle-même. Interrogé à ce sujet, M. Bondoux a expliqué qu’ “il n’a pas été possible matériellement d’organiser cette venue. » L’association a en effet communiqué sur sa page Facebook en soutien des propos de son prestataire. Mais il est surprenant qu’une conférence de presse organisée sans urgence, n’ait pas permis la venue de Mme Delphine Groux à Paris, ou un membre de son bureau récemment renouvelé.

Nous l’aurions en effet interrogée sur ses propres responsabilités.

L’empathie, c’est à double sens

Il est évident que l’annulation d’un événement comme le FIBD a eu de lourdes conséquences et que le Droit doit être respecté.

Fausto Fasulo pointait depuis la salle que plus de 50 prestataires différents ont œuvré pour l’édition 2026 sans pouvoir être payés à l’heure actuelle. Franck Bondoux avait pointé auparavant l’impact sur les prestataires et l’emploi à Angoulême. Johanna Bondoux, fille de Franck et directrice du développement de l’entreprise, pointait, elle, les yeux pleins de larmes, le poids du harcèlement extérieur vécu par les équipes et elle-même depuis plus d’un an. Tout cela est vrai, regrettable et les personnes doivent être traitées différemment. 

Quand on s’enferme en son palais, on doit craindre les révolutions

Mais il est manifeste que M. Franck Bondoux n’a pas cru que les auteurs et autrices pourraient boycotter le plus grand événement BD du monde et entraîner avec eux leurs éditeurs et les pouvoirs publics. Tout était évitable.

L’association et l’entreprise pouvaient agir depuis des années pour sortir de l’entre-soi et ont leurs responsabilités dans la fin de l’aventure FIBD. Mais manifestement, ils ne tomberont pas seuls.

En attendant, les Fêtes Interconnectées de la bande Dessinée vous attendent tout le week-end à Angoulême et partout en France. Le FIBD se meurt, pas la Bande Dessinée. 

Article posté le jeudi 29 janvier 2026 par Yaneck Chareyre

À propos de l'auteur de cet article

Yaneck Chareyre

Journaliste , critique et essayiste BD depuis 2006.

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