Alexandre Jacob

Anarchiste et cambrioleur, volant aux riches bourgeois pour donner aux pauvres, Alexandre Jacob voit sa vie déclinée en bande dessinée grâce aux frères Henry, Gaël et Vincent, aux éditions Sarbacane.

ALEXANDRE JACOB : ARSÈNE LUPIN, ROBIN DES BOIS ET PAPILLON

Fin du 19e siècle. Tout le monde accourt au procès de Alexandre Jacob, tout le monde veut entr’apercevoir celui qui vole aux riches pour donner aux pauvres. La presse en fait ses gros titres et lui n’aurait pas rêvé mieux que cette tribune publique pour faire passer son message anarchiste.

Ce moment judiciaire est un bon moyen de connaître l’histoire, le destin hors norme et les motivations de ce bandit de grand chemin.

DES PREMIERS PAS D’UN ANARCHISTE…

Né à Marseille en 1879, Alexandre est le fruit de l’union d’une mère célibataire et d’un père qui quitta la région alsacienne devenue allemande. Ils sont pauvres et habitent dans un appartement sans eau ni électricité du quartier de La belle de mai. Enfant unique, il obtient son certificat d’études et s’engage comme mousse sur un paquebot. Cette envie de grands espaces et de la mer, il la doit à son père, ancien cuisinier maritime et ses lectures des romans de Jules Verne.

Ce service militaire, il l’arrête lorsqu’il décide de déserter. Il devient alors pirate quelques temps mais prend de la distance avec toute cette violence (la mort d’un équipage) qui le révulse. Il revient alors à Marseille en 1897, s’essaie à l’océanographie puis devient apprenti typographe. Il fréquente alors les milieux anarchistes et lors d’une soirée dans un troquet, il croise la route de Rose, qui partagera sa vie.

… AUX COMBATS POUR LE PEUPLE

Alexandre se forme, lit beaucoup d’essais d’anarchistes, notamment Elisée Reclus, Pierre Kropotkine ou Errico Malatesta. Il se forge ainsi sa propre opinion. Il commence, dans la clandestinité, des actions coup de poing et devient alors un militant actif.

Mais, il est condamné à six mois de prison après une affaire d’explosifs. Après sa peine, il a beaucoup de mal à se réinsérer, se faisant renvoyer par ses patrons, contraints par la police. C’est à cette période qu’il devient cambrioleur.

LES TRAVAILLEURS DE LA NUIT : PROCES ET BAGNE

En 1899, il est arrêté à Toulon, accusé du recel d’une montre du Mont de Piété. Par une ruse, il s’enfuit et est de nouveau arrêté. Il simule la folie pour ne pas accomplir ses 5 années d’emprisonnement. Il s’évade, allant de Sète à Montpellier.

Et en 1903, après le fameux procès, il est envoyé au Bagne de Cayenne (il échappe à la guillotine parce qu’il n’est pas reconnu coupable de meurtre). Il tentera de s’évader 18 fois…

LE JOURNAL D’UN ANARCHISTE-CAMBRIOLEUR

Ce bel album scénarisé par Vincent Henry, revient ainsi sur le destin hors du commun de cet anarchiste-cambrioleur, qui n’utilisera jamais la violence, partisan de l’illégalisme pacifiste. Sa signature semble le panache; il laisse souvent des mots sur le lieu de ses forfaits signés Attila et volera en France, en Espagne ou en Italie. Doté d’un grand humour, il s’amuse souvent avec la police; ce qui ressort d’ailleurs de l’album. Solidement documenté, le récit de l’auteur de Loulou ne veut pas grandir (avec Stéphanie Bellat, La Boîte à Bulles) est construit comme une belle fable d’aventure, parfois sombre mais toujours teintée de bonne humeur et de joie. Ses lectures historiques lui permettent de mettre en lumière un personnage fantasque, rocambolesque, révolté mais très attachant. Les conditions de vie et d’enfermement à Cayenne et ses tentatives d’évasion ressemblent aussi à l’existence d’Henri Charrière dit Papillon (voir notre chronique de Sansevrino est Papillon). D’ailleurs Maurice Leblanc – même s’il ne l’a jamais avoué – a pris modèle pour créer Arsène Lupin; cette sorte de Robin des Bois du 20e siècle.

L’ambiance de révoltes, d’après guerre contre la Prusse et de la charnière entre les deux siècles sont admirablement mis en image par Gaël Henry. Comme son frère, il a apporté du soin à la reconstitution des décors et des costumes. Son trait en noir et blanc, avec de belles teintes de gris, est d’une grande élégance, dans un style proche de celui de Christophe Blain.

Un dossier de 6 pages est adossé à l’album. Intitulé Que sait-on d’Alexandre Marius Jacob ?, il est signé Jean-Michel Delpech et revient sur l’existence de l’anarchiste.

Article posté le mardi 19 janvier 2016 par Damien Canteau

  • Alexandre jacob, journal d’un anarchiste cambrioleur
  • Scénariste : Vincent Henry
  • Dessinateur : Gaël Henry
  • Editeur : Sarbacane
  • Prix : 22.50€
  • Sortie : 06 janvier 2016

Résumé de l’éditeur : Alexandre Marius Jacob (né en 1879) est un homme à la destinée extraordinaire ! Il aura sillonné les mers du globe, embrassé la cause anarchiste, constitué une « équipe de travailleurs de la nuit » créditée de près 500 cambriolages dans les demeures bourgeoises et les églises (pour donner aux pauvres), transformé son pro- cès en tribune politique et survécu au bagne de Cayenne où il passa 22 ans…

Bref, un personnage « hors norme » qui tient tout à la fois d’Arsène Lupin, de Robin des bois et de Papillon.

 

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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