Anesthésie générale

Leucémie : voilà encore de nos jours un mot qui fait peur. Cette sale maladie aux traitements médicaux lourds vient s’immiscer dans la vie du petit garçon de Michel Vandam, scénariste de bandes dessinées. Ce moment délicat, il le raconte dans le bouleversant Anesthésie Générale, mis en image par Delphine Hermans aux éditions Warum.

MALADIE ET BOULE A ZÉRO

Pap’s, comme l’appelle son fils, est auteur de bandes dessinées. Il vit dans un petit pavillon coquet de banlieue avec sa femme, Max surnommé Le Brouillon, l’aîné de ses enfants et Léo surnommé Minimoi, le second de la fratrie.

Avant d’aller voir le Dr Philippot, l’homme décide de se raser la tête : la boule à zéro comme les enfants. Pourquoi ? Pour fait preuve de solidarité avec Le Brouillon à qui l’on vient de diagnostiquer une leucémie. C’est le début d’une longue route entrecoupée de séance de chimio à l’hôpital, les tuyaux dans le corps, les visites, les nuits en chambre aseptisée, les coups de fil aux amis et à la famille ou les moments de déprime.

Restent les collègues de l’atelier de création pour aller boire un verre ou fumer de l’herbe qui fait rire. Et ça, ça fait un bien fou.

« MES MECS, MON LION »

Toujours aussi prompts à s’amuser et se chamailler – comme beaucoup de frères – Le Brouillon et Minimoi continuent de se tirer les cheveux ou se rouler par terre. Plus faible physiquement, l’aîné dit toujours avec malice à son frangin : « Toi, tu verras quand j’aurai fini mes chimios et la cortisone ».

Pour ne pas arranger la situation, la mère des enfants décide de quitter le foyer familial. C’est le début de l’alternance : quinze jours à la maison, quinze jours dans un appartement pour le père. Mangeant des boîtes de conserve de raviolis comme lorsqu’il était étudiant sans le sou, l’auteur éprouve beaucoup de difficultés, se morfond. Pourtant lorsqu’il est avec ses deux enfants – « mes mecs » comme il les appelle – il essaie de continuer à vivre normalement, de rire.

ANESTHÉSIE GÉNÉRALE : UNE TRÈS BELLE COMÉDIE DRAMATIQUE

Oui, disons-le tout net, cet album est bouleversant et poignant et peut faire monter les larmes au bord des yeux du lecteur – la maladie d’un enfant, ça touche, c’est évident – mais il est d’un optimisme de « compétition » ! Les emmerdes qui se cumulent (en plus du départ de la mère), c’est n’est jamais simple à gérer, mais il le prend du bon côté.

Pourtant, l’auteur nous raconte que pour apprivoiser cette nouvelle vie, il continue de vivre et de rire. Anesthésie générale est un bonheur absolu de ce côté là : les jeux, les chamailleries, la fumette, les bières, les blagues d’une grande noirceur de sa part ou de ses amis, le vomi à table, les questions au restaurant pour savoir si tout est bon et nettoyé, ce petit papy qui ne sait plus où est sa chambre à l’hôpital, les infirmières, le lit superposé et toute la naïveté-innocence des enfants dans leurs dialogues et leurs comportements qui sont amusants.

L’AMOUR DOIT TENIR LA BARRE

A l’instar de Benoît Desprez dans Chauve(s) qui se tond les cheveux pour réconforter sa compagne atteinte d’un cancer (La boîte à bulles) ou Alice Baguet dans L’année du crabe qui tournait sa maladie en dérision (Vraoum), tout est bon dans cet album qui célèbre la vie comme on aimerait le voir plus souvent dans des publications.

Michel Vandam (auteur de Bitume avec Michel Constant chez Casterman) est accompagné aux dessins par Delphine Hermans. Sa partie graphique est à la hauteur du propos de ce récit. En choisissant les encres d’une grande légèreté, elle apaise l’histoire parfois sombre mais apporte de la chaleur dans les moments plus positifs. L’auteure de Avant d’oublier et Les amandes vertes (avec sa soeur Anaële, les deux chez Warum-Vraoum) prend intelligemment le parti  d’utiliser des couleurs originales pour les personnages, ainsi le père est très rouge, la mère est verte, Minimoi est violet et Le Brouillon est bleu, voire de plus en plus fade et effacé au fur et à mesure qu’il faiblit physiquement.

Il n’y a pas de recette miracle lorsque l’on est confronté à ce genre de sale maladie, chacun fait avec ses moyens, les conseils des proches, ses angoisses, ses envies morbides… Michel Vandam a choisi de continuer à vivre normalement, pour ses enfants. Et si c’était cela la morale de l’histoire : être le plus naturel possible face aux obstacles de la vie ?

Anesthésie générale : une petite pépite graphique et scénaristique. Une très belle leçon d’amour, entre peurs et rires ! La force du témoignage et la légèreté de la vie !

Article posté le jeudi 14 avril 2016 par Damien Canteau

Formidable autobiographie, Anesthésie Générale de Michel Vandam et Delphine Hermans parle de la leucémie et de la maladie, cet album est décrypté par Comixtrip le site BD de référence
  • Anesthésie générale
  • Scénariste : Michel Vandam
  • Dessinatrice : Delphine Hermans
  • Editeur : Vraoum
  • Prix : 20€
  • Parution : 13 avril 2016

Résumé de l’éditeur : C’est l’autobiographie d’un mec dont le gamin chope une maladie avec un nom qui fait peur, et que sa femme quitte. On aurait pu commencer mieux! C’est l’histoire d’un père dont les fils tirent la gueule quand une nouvelle meuf débarque dans son lit, et qui fait la tronche quand ses enfants lui annoncent que leur mère l’a remplacé. C’est un papa qui se met la boule à zéro avant que son aîné paume sa tignasse alors qu’il n’a rien demandé, c’est son ex qui s’y met aussi quand elle décide de le larguer. C’est un récit qui montre que la vie, c’est parfois une tartine de merde mais, par contre, quand c’est bon, putain, que c’est bon ! Une histoire de maladie montrant un papa et ses deux petits gars qui se défoulent en hurlant dans la voiture « les histoires d’amour finissent mal », mais qui se serrent les coudes pour apprivoiser leur nouvelle vie.

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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