Angola Janga : royaume africain au coeur du Brésil

Angola Janga est à la fois un rêve et une bataille permanente. Au XVIIe siècle, les Hollandais puis les Portugais règnent sur le Brésil et gèrent leurs plantations de canne à sucre grâce aux esclaves venus d’Afrique. Seul espoir pour ces exilés de force : rejoindre Angola Janga, la « petite Angola ».

Le pays aux 5 millions d’esclaves

Sur 12 millions de personnes déportées d’Afrique, selon les chiffres officiels, le Brésil a reçu plus de 5 millions d’esclaves. Le pays se débat encore aujourd’hui avec la reconnaissance de cette partie de son histoire, dont les conséquences se font toujours sentir dans la société. Et si les Brésiliens sont bien au fait de l’importance qu’a eue Angola Janga dans la formation de leur nation, c’est un épisode méconnu des européens.

Mais retournons au XVIIe siècle. Capturés en nombre dans la région angolaise, les esclaves son appelés les « pièces » par les maîtres blancs. Ils travaillent à en mourir dans les plantations de canne à sucre du Brésil. Risquant à chaque minute la colère du maître, le fouet du contremaître, l’accident avec le moulin à sucre, mais aussi le viol pour les femmes et les fillettes, la main d’œuvre noire souffre. Pour Soares, l’humiliation de trop a lieu lorsque l’affranchissement qui lui avait été promis est remis en cause. Sa colère éclate alors et il n’a d’autre choix que de fuir pour rejoindre Angola Janga, aussi appelée Palmares.

De la fuite À la rébellion

Palmares est la promesse d’un avenir meilleur, une enclave africaine au cœur de la jungle, farouchement protégée par ses habitants autant que par une nature dangereuse et impénétrable. Durant un siècle, ce véritable royaume indépendant abritera jusqu’à 30 000 personnes se battant pour leur liberté. Un refuge pour les esclaves en fuite, contre lequel les colons mènent une guerre sans merci.

Une guerre dont Soares sera partie prenante après sa fuite, aux côtés d’Andala, de Zona, et de Zumbi. Malgré une longévité record, Angola Janga finira par succomber aux attaques portugaises en 1695. On vous laisse découvrir comment.

Chaque chapitre s’ouvre sur un extrait de document d’époque. Mais les documents historiques sont tous signés de la main des colons, or c’est le point de vue des esclaves que l’auteur Brésilien Marcelo D’Salete a choisi d’adopter. Il a dû pour cela faire une place à la fiction, afin de combler les trous, mais aussi de rendre son récit captivant et compréhensible aux néophytes. Pas d’inquiétude donc si vous n’êtes pas un féru d’Histoire avec un grand H, Angola Janga est avant tout un roman graphique passionnant sur la résistance à l’esclavage.

Angola Janga : onze ans de préparation

Marcelo D’Salete a préparé son œuvre pendant plus d’une dizaine d’années. Recherches dans les documents historiques, conversations et voyages sur place ont étoffé son impressionnant roman graphique. L’excellent Cumbe, déjà publié par les éditions çà et là en 2016 et sélectionné cette année pour les Eisner Awards, était le premier fruit de ces recherches. Mais Angola Janga en est le résultat abouti : 400 pages de plongée dans un moment décisif de l’histoire du Brésil.

C’est une lecture qui nécessite de prendre son temps. Le dialogue est rare et l’attention doit être éveillée pour naviguer dans le dessin dense de Marcelo D’Salete. Mais le jeu en vaut la chandelle : l’incroyable résistance de ses hommes et de ses femmes force le respect, y compris parfois celui des colons eux-mêmes, et l’on en ressort grandi et plus conscient de ces batailles qui ont pesé sur l’avenir de tout un pays. Un grand merci aux éditions çà et là de publier des auteurs brésiliens talentueux, que nous ne connaîtrions pas sans eux.

Marcelo D’Salete sera de passage en France à l’occasion du Festival de films documentaires Brésil en mouvement, à Paris, du 20 au 23 septembre 2018, pendant lequel une exposition d’originaux d’Angola Janga sera proposée. Nous ne connaissons pas encore les détails précis de lieu et de date.

Et si vous souhaitez en savoir plus sur l’histoire de l’esclavage, Arte propose en libre-accès jusqu’au 29 juin 2018 les quatres épisodes de son documentaire Les routes de l’esclavage. Les épisodes deux et trois évoquent les évènements liés à Angola Janga.

Article posté le vendredi 18 mai 2018 par Elisabeth Eon

Angola Janga - Marcelo D'Salete - çà et là - Couverture
  • Angola Janga
  • Auteur : Marcelo D’Salete
  • Editeur : çà et là
  • Parution : 19 avril 2018
  • Prix : 24€
  • ISBN : 9782369902515

Résumé de l’éditeur : Angola Janga, la « petite Angola », fut le plus grand des quilombos brésiliens, ces villages fondés par des esclaves marrons. Plus connu sous le nom de Palmares, ce lieu de refuge, créé à la fin du XVIe siècle dans l’Etat du Pernambouc, fut pendant près de cent ans un véritable royaume africain indépendant en plein Brésil et rassembla jusqu’à 30 000 habitantes et habitants. Palmares a longtemps résisté aux attaques des Hollandais puis à celles des forces de la Couronne portugaise. Cible de la haine des colons, ce quilombo fut aussi un symbole de liberté pour les esclaves, jusqu’à sa chute à la fin du XVIIe siècle. Son chef le plus connu, Zumbi, est devenu une véritable légende et a inspiré la création du Jour de la conscience noire. Pendant onze ans, Marcelo D’Salete a mené des recherches afin de pouvoir raconter cette rébellion. Le résultat est un grand roman historique, le récit d’un moment décisif de l’histoire du Brésil et une épopée qui dévoile l’incroyable résistance de ces hommes et de ces femmes en révolte.

 

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Elisabeth Eon

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