Deux ans après sa bande-dessinée Ultime Echo, Anne Masse arrive au Label 619 pour une belle histoire sous fond de fin du monde. Ses personnages Vlada et Pouic se font héros malgré eux d’un road-trip, à travers une France sans une âme qui vit.

De retour !
Après quelques pages d’incipit silencieux, la protagoniste s’annonce enfin. « Me revoilà pour votre plus grand plaisir », s’élance Vlada, que l’on vient de suivre au travers d’un paysage désertique. Cependant, elle se rend rapidement compte que son groupe de survivants est mort durant son absence. Le ton est posé, Asphalte Sauvage n’est pas une belle histoire, malgré la profonde tendresse du récit.
Un bon mot

Le silence se réinstalle après, pour ne réapparaître qu’avec l’apparition du second protagoniste : Pouic. C’est d’ailleurs le premier mot qui s’échappe de l’inconnu qui fait soudainement face à Vlada. L’autrice insinue subtilement l’importance de la parole, de l’échange, grâce à la relation naissante entre Vlada et Pouic. Cette dernière met notamment quelques bulles à récupérer les rudiments du langage.
L’Enfer, c’est pas l’autre
Anne Masse n’a ainsi pas la prétention de réinventer quoi que ce soit, et c’est tant mieux ! Un paysage généralement vide pour un récit basé sur une relation grandissante au fil des pages. L’autrice arrive à rapidement nous faire nous attacher à Pouic et Vlada, avec leurs deux caractères bien différents. L’une parle beaucoup, l’autre préfère lire en silence. L’une enterre, l’autre mange. L’une a toujours vécue en communauté, l’autre n’a que vécu avec un seul homme quand il n’était pas seul. Asphalte Sauvage, c’est aussi l’occasion de parler de l’importance de l’Autre, dans son entièreté. De la richesse, et encore plus de l’importance, des différences de chaque être. Une chose que la France, dans laquelle le récit se situe comme les différents sigles SNCF le signalent, a peut-être un peu trop tendance à oublier ces derniers temps.
Anne Masse se sert habilement du genre post-apocalyptique pour dresser le portrait d’êtres seuls, qui apprennent petit à petit à connaitre l’autre et à l’apprécier. En venant mêler le registre du tranche de vie dans un cadre de monde perdu, l’autrice crée une œuvre qui se lit d’une traite tant l’on s’attache à la tendresse que l’on a pour l’étrange couple de ses personnages. Elle propose une fin qui, grâce à sa narration, n’en est alors que plus touchante.
Cadres

Ces panneaux SNCF, donc, sont aussi symbole d’une force de l’autrice, celle de faire parler ses cadres et décors. Le décor nous place dans le contexte tout autant, si ce n’est plus, que les échanges entre les personnages. Grâce à un découpage maîtrisé, entre pleines pages régulières et corps dépassant des cases, le lecteur est toujours désireux de tourner la page. Les cases, elles, se conjuguent avec l’instabilité de ce monde parti à la dérive, en étant comme légèrement gribouillés.
Il serait, enfin, compliqué de passer à côté de la chaude couleur jaune. Celle-ci domine le noir et blanc unique de la bande-dessinée. Utilisé avec parcimonie, la teinte unique de Anne Masse lui permet, ici et là, de venir, notamment, réchauffer un monde bien froid. Que celle-ci soit employé pour retranscrire un faisceau lumineux ou appuyer l’importance d’un objet ou moment, le jaune de l’autrice est toujours bienvenue.
- Asphalte Sauvage
- Autrice : Anne Masse
- Éditeur : Label 619
- Nombre de pages : 240
- Prix : 13,90€
- Date de publication : 15 avril 2026
- ISBN : 9782810211272
Résumé de l’éditeur : Dans un monde ravagé par une lointaine apocalypse, deux jeunes gens que tout oppose se trouvent réunis par le hasard. Vlada vient de perdre sa tribu dans un terrible accident. Peinant à faire son deuil mais décidée à trouver un nouveau groupe, elle se met en route. Pouic, nomade et solitaire en quête de savoirs compte sur sa connaissance de la région pour l’aider à trouver de nouveaux livres. Dépassant leurs différences, ils vont nouer une belle amitié et tenter de s’approprier ce monde dévasté.
À propos de l'auteur de cet article
Hippolyte Girier
Il est né en même temps que le Printemps, il ne jure que par le Hawkeye de Matt Fraction et le Grand Vide de Léa Murawiec. Il croit dur comme fer à la prise de pouvoir artistique de Zoé Thorogood, autant qu'il renie l'existence de roman graphique. Bref, cet article vous est offert avec plaisir, mais surtout par Hippolyte Girier.
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