Le Cabaret Voltaire

Avec Le cabaret Voltaire, le dessinateur Kent et le scénariste José-Louis Bocquet évoquent la genèse du mouvement Dada, un courant artistique révolutionnaire né en Suisse au coeur de la première guerre mondiale.

Le cabaret Voltaire de Kent et José-Luis Bocquet (éditions Delcourt)

Sous la mitraille

C’est dans une Europe à feu et à sang que germe dans les têtes de quelques jeunes artistes révoltés l’idée d’un mouvement dont on parle encore aujourd’hui. Dada, le mouvement dada, né au cœur de la première guerre mondiale, va s’épanouir du côté de Zurich, dans un lieu baptisé Le cabaret Voltaire.

En l’espace de quelques mois, poètes, chanteurs, peintres et musiciens vont y clamer joyeusement leur révolte contre ce « vieux monde » corseté dont ils vont bouleverser les codes.

C’est cette histoire, encore assez mal connue, que le scénariste José-Louis Bocquet a choisi de raconter avec son complice Kent aux crayons. Publié chez Delcourt dans la collection Encrages, Le cabaret Voltaire nous plonge dans l’effervescence créatrice de ces années.

Le cabaret Voltaire de Kent et José-Luis Bocquet (éditions Delcourt)

Une aventure de quatre mois

Ils avaient pour nom Tristan Tzara ( sans doute le plus connu d’entre tous), Hugo Ball, Hans Arp, Sophie Taueber ou encore Emmy Hennings. Farouchement opposés à la guerre qui embrase alors le vieux continent, c’est dans ce pays neutre, la Suisse, qu’ils vont fonder ce cabaret mythique où ils vont pouvoir laisser libre cours à leurs imaginaires. L’aventure durera un peu plus de cent jours, avant, le temps d’un printemps…

Le cabaret Voltaire de Kent et José-Luis Bocquet (éditions Delcourt)

 » Ça ne veut rien dire… »

Dans ce récit complet ultra-documenté (en fin d’album, de riches notices biographiques permettent au lecteur de se repérer dans cette galerie de personnages ) José-Louis Bocquet, familier des biopics de femmes célèbres, a su restituer les préoccupations de ces artistes hors normes.

Animés par une volonté de choquer le bourgeois de leur époque, un monsieur en haut de forme s’écriera : « Soirée dada… Dada, ça ne veut rien dire », ils clament l’insoumission des esprits et la révolte des sens dans tous les champs artistiques. Furtive comète dans le ciel de la création, Dada sera foutraque et foisonnant, mais diablement novateur.

Le cabaret Voltaire de Kent et José-Luis Bocquet (éditions Delcourt)

Des prolongements jusqu’à nos jours

Le cabaret n’aura vécu que de Février à juin 1916. Une existence éphémère mais suffisante pour marquer à jamais l’art au vingtième siècle. Et même jusqu’à aujourd’hui. Car du mouvement Dada naîtra par exemple le surréalisme. Un peu plus tard dans le siècle, les situationnistes s’en inspireront pour leurs happenings, les zazous en étaient les héritiers… Jusqu’au mouvement punk qui voulut lui aussi jeter par dessus-bord les conventions d’un monde sans joie…

Pour rendre cette atmosphère à la fois joyeuse et pleine de colère, Kent a opté pour des visages stylisés, des décors parfois déstructurés, façon puzzle, le tout baignant dans une prédominance de bleus, rehaussés par des touches de jaunes, rouges et verts.

Ici, l’alliage Kent-Bocquet semble fonctionner à merveille. C’est donc avec grand intérêt qu’on lira cette histoire pleine de bruit et de fureur, hommage tout à la fois respectueux et léger à ce temps fort de la création artistique.

Article posté le dimanche 14 juin 2026 par Jean-Michel Gouin

Le cabaret Voltaire de Kent et José-Luis Bocquet (éditions Delcourt)
  • Le cabaret Voltaire
  • Scénario : José-Louis Bocquet
  • Dessin : Kent
  • Editeur : Delcourt
  • Prix : 26, 99 €
  • Parution : mai 2026
  • Nombre de pages : 224
  • ISBN : 9782413085355

Résumé de l’éditeur. En cent et quelques jours, en 1916 à Zurich, une troupe d’artistes investit le Cabaret Voltaire et brûle tous les codes du vieux monde. José-Louis Bocquet & Kent offrent le récit totalement inédit de la genèse du mouvement Dada et des révolutions artistiques contemporaines.

Année 1916, au cœur d’une Europe en flammes, un groupe de jeunes artistes clament l’insoumission et la révolte des sens. Chaque soir Dada brûle tous les codes du vieux monde en un feu d’artifice artistique – chant, poésie, musique, peinture –. Depuis ce printemps 1916, dada aura irrigué toutes les formes de rébellion du XXe siècle, des surréalistes aux situationnistes, jusqu’aux punks. Dada est désormais un fait historique. L’aventure du cabaret Voltaire en est la genèse.

À propos de l'auteur de cet article

Jean-Michel Gouin

Passionné par l'écrit, notamment l'histoire, la littérature policière et la bande dessinée, Jean-Michel Gouin a été journaliste radio et presse écrite pendant une trentaine d'années à Poitiers.

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