Saigneurs

En Transylvanie, la société a bien évolué. Les vampires cohabitent avec les humains. Mais l’entente n’est pas de tout repos. Morsures non consenties, abus au travail, relations toxiques et compliquées, les choses sont loin d’être idéales. Saigneurs de Lou Lubie nous dépeint cette société déséquilibrée à travers le regard de trois colocataires et amis chez Delcourt.

Saigneurs Lubie Delcourt

Allégorie d’une société patriarcale

Ils sont trois. Anghel a été mordu dans la rue, sans son consentement, et se transforme en goule. Maggy devient militante pour les droits humains. Iulia, elle, est amoureuse d’une vampire… Tous les trois sont colocataires et ouvrent petit à petit les yeux sur cette société profondément inégalitaire.

Saigneurs Lubie Delcourt

Sur le papier, Saigneurs pourrait paraître anodin. L’album dépeint une société où vampires et humains cohabitent, avec ses difficultés, ses moments de calme et de joie. En réalité, le propos de Saigneurs est beaucoup plus profond. Il s’agit d’une gigantesque allégorie, une métaphore de la société patriarcale. Les problématiques de cette ville n’ont rien d’imaginaire ou de fantastique. Abus au travail, relations toxiques… Les violences sexistes et sexuelles sont ici matérialisées par la morsure et l’absence de consentement.

Saigneurs Lubie Delcourt

Lou Lubie nous plonge dans une société vampirique qui n’a rien à envier à la nôtre. Habituée des bandes dessinées documentaires, elle nous embarque ici dans un savant mélange de fiction et de réalité, jouant avec les codes pour mieux faire comprendre que tout n’est pas qu’une histoire. Les situations dépeintes sont diablement réelles, que ce soit au travail ou ailleurs. La mise en lumière de l’absence de consentement, de recul des droits des femmes, est d’autant plus forte ici. Le fait d’avoir fait glisser son propos vers une métaphore lui donne encore plus de poids, nous questionne sur ce que l’on pensait normal ou non. Si ces situations nous révoltent, gardons ce sentiment quand ce ne sont pas des vampires qui sont impliqués !

Un titre nécessaire et ludique

L’impact de ce titre réside dans le glissement de son sujet. En proposant d’explorer les VSS à travers une métaphore, il est parfois plus aisé d’en voir les problématiques. Les comportements masculinistes autour des notions de consentements, les dynamiques d’oppression, sont alors mis en lumière différemment. Les “c’est plus compliqué que ça” prennent une autre tournure, plus violents, renforcés par l’image du vampire, ici revenue à son essence originelle.

Saigneurs Lubie Delcourt

Saigneurs fait partie de ces titres à la portée beaucoup plus large que son propos. Ludique, pédagogique, cet album est à mettre entre toutes les mains. Surtout celles de ceux qui continuent à nier le recul des droits des femmes actuels, ou les problématiques réelles de notre société patriarcale et oppressive. C’est malheureusement bien connu : il est plus facile de comprendre les problèmes via une métaphore qu’en se mettant face à face avec eux. A cela s’ajoute une post-face regroupant ressources et chiffres, explicitant le parallèle entre les morsures et les VSS.

Saigneurs Lubie Delcourt

Saigneurs propose une double lecture captivante et impactante. Le dessin de Lou Lubie met bien en lumière les dynamiques oppressives de cette société où vampires et humains peinent à réellement cohabiter. Son scénario explore la métaphore filée de la morsure et de l’absence du consentement, nous mettant face à la réalité crue et sanglante des VSS. Saigneurs est à retrouver aux éditions Delcourt.

Article posté le dimanche 14 juin 2026 par Bénédicte Coudière

Saigneurs Lubie Delcourt
  • Saigneurs
  • Autrice : Lou Lubie
  • Dessinatrice : Lou Lubie
  • Editeur : Delcourt
  • Prix : 22,50 €
  • Parution : 5 mars 2026
  • Nombre de pages : 160 pages
  • ISBN :  9782413091806

Résumé de l’éditeur : En Transylvanie, pays de vampires, trois colocs humains luttent entre morsures, militantisme et secrets amoureux. Le nouveau roman graphique de Lou Lubie. Dans une société dominée par les vampires, Anghel, un jeune humain, est mordu dans la rue. Tandis qu’il lutte contre sa transformation en goule, sa coloc Maggy devient militante pour les droits des humains. Impossible alors pour Iulia, leur troisième amie, d’avouer qu’elle est amoureuse d’une vampire !

À propos de l'auteur de cet article

Bénédicte Coudière

Journaliste spécialisée en bande dessinée mais aussi en jeux vidéo depuis près de 15 ans, conférencière, autrice et plein d'autre chose encore ! Membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée), elle est passionnée d'art et de narration, d'exploration de papier et de pleins d'autres choses encore.

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