Bangalore

L’auteur Simon Lamouret s’est installé à Bangalore, une ville indienne qui n’a pas spécialement de charme. Il dépeint cette cité dans un magnifique album aux éditions Warum. Dépaysant !

SIMON LAMOURET S’INSTALLE A BANGALORE

Né à Toulouse en 1987, Simon Lamouret dessine depuis sa tendre enfance. Il effectue des études de graphisme à l’Ecole Estienne, aux Beaux Arts d’Angoulême et aux Arts Décoratifs de Strasbourg.

C’est en 2013 que l’aventure indienne débute pour le jeune auteur. Alors qu’il séjourne à Calcutta, il est sollicité pour enseigner le dessin dans une école de Design de Bangalore, où il vit encore. Située dans l’Etat du Karnataka dans le Sud du pays, elle compte actuellement 9 millions d’habitants. Bâtie en 1537, elle sera administrée pendant 50 ans par les Britanniques au XIXe siècle. Considérée comme la Sillicone Valley indienne actuellement, elle regroupe de nombreuses entreprises du secteur de la nouvelle technologie.

Malgré cette richesse, tous ses habitants n’en bénéficient pas, comme pourra le montrer Simon Lamouret dans son album.

LE GIGANTISME DE L’ARCHITECTURE ET LA PETITESSE DES HABITANTS

Ce qui frappe lorsque le lecteur ouvre Bangalore, c’est l’impressionnante partie graphique. Les pages de Simon Lamouret sont sublimes ! Le gigantisme de l’architecture de la mégalopole tranche avec la petitesse des habitants, noyés dans un tourbillon de masses impressionnantes de pierre. Entre les immeubles modernes, les temples et les sans-abris, Bangalore est un étrange agrégat de couches très différentes. Les magnifiques doubles pages qui ponctuent les petits chapitres bénéficient du grand format de l’édition.

A la mine de plomb et au crayon de papier, l’auteur réalise ces pages fouillées, précises et qui fourmillent de détails. Il multiplie les personnages dans un méli-mélo formidable. La force de leurs mouvements fait parfois tourner la tête aux lecteurs qui ne sait pas par où commencer. Il faut prendre le temps de regarder chacune de ces grandes illustrations. L’architecture droite, parfois austère, faite de traverses, de toits rectilignes et de béton s’emmêle aux courbes de ces anonymes, des animaux, des engins motorisés et des rares végétaux.

PETITES SCÈNES DE LA VIE QUOTIDIENNE

Loin des carnets de voyage, des autobiographies dans des pays étrangers ou même des BD-reportages, Simon Lamouret dévoile des petites scènes de la vie quotidienne étonnantes et souvent très drôles. A l’aide d’un découpage en gaufrier (jusqu’à 16 vignettes par page !), il invite le lecteur à découvrir Bangalore, cette cité méconnue des Français.

Des jours de paye (jour de fête pour les bangalorais) au mariage arrangé, en passant par les castes toujours dans la culture malgré les interdictions de la Constitution, les Hijira (transgenres, hommes en saari), les bakchichs, les femmes qui travaillent rarement, les rues désertes la nuit, les sans-abris ou les pauvres mais aussi le Puja (rite religieux qui consiste à casser une noix de coco), tout plait dans cet album. Un petit runing-gag avec Soussou et sa guérite ponctue fréquemment l’album et c’est drôle.

Pour aider le lecteur à comprendre Bangalore, l’auteur qui travaille parfois pour la presse indienne propose un dossier de 4 pages adossé à l’album.

Article posté le lundi 24 avril 2017 par Damien Canteau

Bangalore de Simon Lamouret (Warum) décrypté par Comixtrip le site BD de référence
  • Bangalore
  • Auteur : Simon Lamouret
  • Editeur : Warum
  • Prix : 22€
  • Parution : 12 avril 2017

Résumé de l’éditeur : Bangalore c’est assez moche, ça n’a pas le charme désuet de Calcutta ni la folie épicée de Bombay ou la grandeur historique de New Delhi. Il n’y a quasiment que des ingénieurs, des étudiants ingénieurs et des gens qui font des métiers comme appuyer sur le bouton de l’ascenseur ou vérifier d’un oeil hagard que le ticket de caisse correspond à ce qu’il y a dans le sac de course à la sortie des supermarchés. Dans les rues de Bangalore, on trouve presque tout : des fruits et des légumes, du thé et des cigarettes, des cireurs de chaussures et parfois même des coiffeurs. La télévision se regarde au travers des vitrines des restaurants et le linge sale s’y lave en famille. Certains y dorment, d’autres y fument, boivent ou pissent contre les murs. Des serviteurs y promènent des chiens obèses et les jupes des filles raccourcissent, tandis que le corps des mères s’épaissit. Enfin, à Bangalore, on trouve aussi un dessinateur français, qui traîne dans les rues et tente de dessiner ce qui le séduit dans cette babylone moderne.

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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