Bikini Atoll

Les Éditions Glénat lancent en 2014 la collection « Flesh & Bones » et choisissent le duo Christophe Bec/Bernard Khattou pour l’inaugurer. Ainsi naît Sunlightun huis-clos étouffant qui donne les prémices d’une association réussie. Trois titres sont venus récemment s’ajouter à ce nouvel univers. Et c’est sur Bikini Atoll que nous allons nous attarder. Confectionné par le binôme cité plus haut, ce one shot suscite un intérêt particulier puisque les auteurs s’aventurent sur un chemin déjà emprunté avec un spécifique cahier des charges. Bikini Atoll doit donc, à la fin de sa lecture, confirmer la belle complémentarité entrevue dans Sunlight.

UN SITE TOURISTIQUE PEU FRÉQUENTÉ

Après une rapide introduction explicative sur le lieu historique où se déroule l’aventure, nous comprenons rapidement que l’atoll de Bikini est censé être dépeuplé de toute vie humaine depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Les américains ayant fait de cette île corallienne un terrain d’essais pour de multiples expériences nucléaires. Les retombées radioactives, conséquences des diverses explosions de bombes meurtrières (avec la première apparition de la Bombe H), n’empêchent en rien pour l’atoll de devenir aujourd’hui un site touristique ! Non sans avoir préalablement signé une décharge déclinant toutes responsabilités en cas de cancer contracté…

Reconnu et inscrit par l’UNESCO en tant que « symbole de l’entrée dans l’âge nucléaire » (!), l’atoll de Bikini devient un parfait terrain de jeu pour C. Bec qui ne va pas se priver pour y imaginer ce pur slasher qu’est Bikini Atoll.

DES AVENTURIERS EN QUÊTE DE SENSATIONS…

Et pour que la sauce (sanguine) prenne, il va incorporer tous les ingrédients adéquats. Le décor étant tout trouvé, la trame résultera d’un groupe de touristes, accompagné d’un guide expérimenté, parcourant sur un voilier l’océan Pacifique. Une escale de quelques jours doit permettre à ces huit adultes de s’imprégner de cette île abandonnée. Leur imagination pourra être nourrie via les informations données par leur accompagnateur combinées avec l’existence d’épaves militaires échouées ou autres bunkers abandonnés.

Pendant une bonne première moitié de l’album, une grande importance est accordée pour tous les protagonistes. De façon à ce que naturellement, on s’attache à chacun d’entre eux. Ainsi se distinguent deux couples dont le seul point commun se limite à la belle plastique de chacune des deux filles (idéal pour les vêtir occasionnellement d’un simple bikini, clin d’œil à ce fameux maillot de bain deux pièces dont l’appellation s’inspire de ces bombes an-atomiques célèbres sur l’atoll). Pour le reste tout les oppose. Un autre duo formé d’une mère avec son fils handicapé n’est pas là par hasard tout comme Ben qui assouvit sa passion de se documenter sur des îles aux événements mystérieux. Il n’y a guère que Filo dont on ne sait pas grand chose,  probablement un résident issu d’une île voisine venu épauler Malaval dans l’organisation de l’expédition.

… ET QUI SERONT SERVIS

Peu à peu, on constate que les uns et les autres ont une bonne raison de participer à ce périple dont le seul danger jusqu’alors, rendant l’atmosphère tout juste anxiogène, se trouve dans les fonds marins. Mis à part un poisson pêché immonde à regarder et une grosse silhouette noire entraperçue parmi une horde de requins c’est bien à la surface parmi les états d’âmes de chacun que l’ambiance électrique plane.

Jusqu’à l’arrivée à terre sur cette célèbre île. Quelques éléments suspects ne tirent pas pour autant la sonnette d’alarme sur ce qui doit être un lieu totalement déserté. Et puis tout s’accélère. Maintenant que les personnages nous sont bien familiers, les scènes violentes, les boyaux qui sortent de tous les côtés, les cervelles défoncées peuvent prendre le relais.

DU GORE BIEN FAIT

La 1re de couverture de Bikini Atoll est extrêmement astucieuse et déroutante sur l’idée initiale qu’on peut avoir du contenu de l’album. Elle est, qui plus est, joliment illustrée et s’il est besoin de le préciser, l’unique dessin colorisé. On pourra ensuite profiter à sa juste valeur, et donc en noir & blanc en passant par des nuances de gris, du talent du dessinateur. On constatera même une progression comparée aux illustrations issues de Sunlight. Principalement concernant les traits de visage bien plus détaillés donnant ainsi des expressions faciales plus significatives. Les nombreux décors (jungle, voilier, bunker, épave, etc…) mais surtout les angles choisis pour décrypter les épouvantables crimes, sont diablement efficaces. Bernard Khattou crédibilise brillamment l’intrigue de Christophe Bec.

Le talent scénaristique de ce dernier n’est plus à prouver lorsqu’on jette un œil à ses précédentes réalisations (Pandemonium, Sanctuaire, Sarah…). Et il le démontre encore avec cette captivante bande-dessinée et ce malgré l’aberrance inéluctable établie par la présence d’un monstre venu d’ailleurs. Il ne serait pas étonnant de voir ces deux auteurs collaborer une nouvelle fois dans ce même registre.

Dans tous les cas, sans dénigrer les autres publications de cette nouvelle collection, Bikini Atoll se démarque par sa constante montée en puissance jusqu’à un final cohérent. La sauce a bien pris, prête à déguster !

Article posté le lundi 11 avril 2016 par Mikey Martin

Comixtrip présente la BD Bikini Atoll (couverture)
  • Bikini Atoll
  • Auteur : Christophe Bec
  • Dessinateur : Bernard Khattou
  • Editeur : Glénat
  • Prix : 14,95 €
  • Parution : mars 2016

Résumé de l’éditeurUn groupe de touristes part pour un séjour dépaysant au c ur du Pacifique sur l’atoll de Bikini, qui a donné son nom au fameux maillot deux-pièces. Théâtre d’un essai atomique au sortir de la Seconde Guerre mondiale et abandonné depuis, le lieu offre son lot de sensations fortes ! Au programme : soleil, plages de sable fin, cocotiers, mais aussi épaves de navires militaires, bunkers désaffectés et hordes de requins carnivores… Une mine de trésors cachés que leur guide, Malaval, promet de leur faire découvrir en détail. Sauf qu’il ne leur a peut-être pas tout dit… Car les lieux semblent moins inhabités qu’il le prétend. Et nos vacanciers sont loin d’imaginer quelles horreurs se cachent derrière ce cadre idyllique… Christophe Bec et Bernard Khattou nous livrent un slasher surprenant et exotique où les bimbos en bikinis se font dévorer par des monstres marins et autres mutants dégénérés. Tremblez et vivez l’expérience Bikini Atoll : sea, sex… & gore !

À propos de l'auteur de cet article

Mikey Martin

Mikey Martin

Originaire de Charente-Maritime, il débarque sur Poitiers il y a 17 ans et s'installe avec sa compagne juste en face d'une librairie spécialisée en bande dessinée. Une aubaine pour s'y remettre. Sa passion sans cesse grandissante pour le Neuvième Art se doit d'être partagée par de petites chroniques.

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