Blast

Manu Larcenet est arrivé au bout de son œuvre magistrale Blast, et nous ne pouvons que le féliciter tellement le quatrième et dernier tome Pourvu que les bouddhistes se trompent est aussi bon que les trois premiers.

Polza Mancini, homme en surpoids, porte beaucoup de souffrances en lui. Le décès de son père déclenche en lui une crise identitaire. Mi-ange, mi-démon, il est capable d’une infinie tendresse comme d’une immense violence. Echappé d’un hôpital psychiatrique, il est cuisiné par deux policiers. Il est accusé d’une série de meurtres. Mais voilà, s’il raconte beaucoup de choses précises, il ne se souvient de rien : par omission ou par véritable oubli ?

Sa vie se résume à la recherche du Blast, sorte de nirvana : ce court instant de perfection, flash improbable, qui survient parfois, lorsque, oubliant ses cent cinquante kilos, il parvient à voler.

Un immense roman graphique

Immense roman graphique, le récit de Manu Larcenet est surpuissant, ne laissant pas le lecteur de marbre. Coup de poing, l’histoire est à la fois élégante et très sombre, mêlant les sentiments amoureux et les affaires de meurtres. Teinté d’un bel humour noir, son scénario est solide, émouvant et fait réfléchir ; il fleurte avec le genre policier. Cette œuvre forte trouve une fin intrigante, passionnante et bouleversante, à la fois humaniste et très âpre. Sans réels temps morts, le lecteur navigue entre les souvenirs de Polza et les moments d’interrogatoire des policiers. Un voyage très éprouvant à cause de la mise en abîme de ses personnages au lourd passé.

Le trait en noir et blanc de l’auteur de la sublime série Le combat ordinaire, est d’une grande précision, alternant parfois les dessins d’enfants, les collages et quelques touches de couleurs pour illuminer des planches très équilibrées. Les décors naturels, avec une belle faune, sont magnifiques. Tantôt muettes, tantôt bavardes, elles permettent à Larcenet, ici excellent conteur, de livrer un album où ses propres questions existentielles sont mises à nue.

Blast : Un grand moment de lecture et une fin en apothéose, qui ne laisse personne indifférent. On lit avec une grande délectation ce drame très sombre où les personnages tombent dans un tourbillon qui les entraînent vers une abîme sans fond. Sublime, Comixtrip, vous recommande vivement de (re)lire Blast.

Article posté le vendredi 07 mars 2014 par Damien Canteau

Blast, tome 4: l'intrigue

L’homme reprend son récit, là où il l’avait laissé : en hiver, dans la maison de campagne isolée de Roland et Carole. D’un côté, le père, un homme schizophrène, condamné à plusieurs reprises pour des atteintes sexuelles sur des femmes. Bourré de médicaments, il passe ses journées à dessiner d’une façon enfantine ces corps de femmes qu’il a pu toucher, humilier ou violer. En cure de rémission, il se terre chez lui ; le tribunal l’interdisant d’approcher les femmes du village. De l’autre, sa fille Carole, une femme énergique et de caractère, qui s’abandonne pour une nuit à Polza. Entre attirance et dégoût pour l’homme obèse, elle ne sait plus trop où elle en est.

La vie de ce trio improbable va être bouleversée par l’arrêt de la prise de médicaments de l’ancien violeur. Polza devenant, par obligation, sa nounou. Veillant sur lui, il le retrouve de plus en plus souvent, la nuit, regardant par les fenêtres les femmes qui se déshabillent. Lorsque Carole apprend les nouvelles pulsions de son père, elle enrage. Elle sait que tout recommence, mais comment y mettre fin ? Au fur et à mesure que les heures s’égrènent, Polza raconte aux deux policiers d’une manière précise tous les éléments dont il se souvient, mais aussi ses égarements, ses doutes vis-à-vis de Carole, dont il est fou amoureux et qu’il ne veut pas laisser seule avec son père, qui entre de nouveau dans une profonde déchéance. Dans le même temps, la police est de plus en plus présente ; elle est en quête de retrouver le patient échappé de l’hôpital psychiatrique.

  • Blast, tome 4 : Pourvu que les bouddhistes se trompent
  • Auteur : Manu Larcenet
  • Editeur: Dargaud
  • Prix: 22,90€
  • Sortie:  7 mars 2014

Résumé de l’éditeur : « Je mens… Je suis en feu, je suis gris, lourd, crasseux, mais je suis en feu. » Un homme seul dort dans les bois. Masse inouïe de plus de 150 kilos, il est parti un beau matin, laissant sa vie d’avant, à la recherche du blast, ce court instant de perfection, flash improbable, qui survient parfois, lorsque, oubliant sa graisse, il parvient à voler. Après un premier tome prix des libraires 2010, Manu Larcenet signe un immense roman graphique, noir et âpre, d’un humanisme bouleversant.« Je mens… Je suis en feu, je suis gris, lourd, crasseux, mais je suis en feu. » Un homme seul dort dans les bois. Masse inouïe de plus de 150 kilos, il est parti un beau matin, laissant sa vie d’avant, à la recherche du blast, ce court instant de perfection, flash improbable, qui survient parfois, lorsque, oubliant sa graisse, il parvient à voler.

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À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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