Comment le roi a perdu la tête

Un château en décrépitude, une mère à l’article de la mort, trois filles superficielles et une maîtresse fou-du-roi, voilà le quotidien d’un souverain, héros de Comment le roi a perdu sa tête, un très beau roman graphique de Ville Ranta. Décalé, surréaliste et drôle !

Un château qui prend l’eau

Tout faire ! Il doit tout faire dans son château ! Le roi se mue en bricoleur en grimpant sur le toit de sa bâtisse afin d’y colmater les brèches. Il pleut dans toutes les pièces et personne ne semble vouloir réparer les fuites. Qu’à cela ne tienne, il le fera lui même !

Et si son château qui prend l’eau était une métaphore de son propre règne : un règne qui prend l’eau ? Il faut dire que les dragons sont taquins avec lui, que ses trois filles adolescentes préfèrent regarder leur téléphone portable et que sa femme ne lui faire plus guère d’effet. En somme, il s’ennuie de toute cette vacuité.

Bouffonne du roi et amante

Reste sa maîtresse; une femme qui se déguise en bouffonne pour son plus grand plaisir. Elle le couvre de câlins, il passe les nuits avec elle, ce qui panse ses plaies.

Malgré la chaleur de cette femme, le roi est toujours obsédé par les trous dans la toiture. Il la quitte au milieu de la nuit pour aller dormir dans la cuisine, un endroit calme et au sec. Il est alors réveillé par une lumière qui lui parle…

Comment le roi a perdu la tête : récit surréaliste et fou

Décidément Ville Ranta a le chic pour nous surprendre et nous désarçonner ! Après L’exilé de Kalevala (en sélection officielle à Angoulême en 2011) et le merveilleux Sept saisons, l’auteur finlandais est de retour avec Comment le roi a perdu la tête, un album de folie.

Ce récit complètement décalé se situe dans une veine surréaliste qui fait du bien. S’il semble foutraque et décousu, Comment le roi a perdu la tête est beaucoup plus structuré que l’on ne croit. Ville Ranta s’inscrit dans les pas des Monthy Python et de leur Sacré Graal. L’extravagance et l’absurdité sont à chaque coin de page. Cette jolie divagation se retrouve avant tout dans des personnages complètement loufoques : un reine-mère qui vit ses derniers instants et qui sent mauvais par manque d’hygiène, une femme délaissée, des filles superficielles et une amante qui semble être la plus sensée de l’histoire. Le souverain se pose de multiples questions sur sa vie et sur le monde – devenu fou – qui l’entoure.

Ajouter à cela, une quête improbable où le roi part conquérir un autre château avec un pasteur protestant porté sur le sexe, et l’on obtient un roman graphique réussi. Les dialogues sont savoureux et les portraits des personnages sont savamment étudiés. Sans oublier quelques pics contre la religion protestante et puritaine (comme ses albums précédents). Quant au dessin, il est très beau. Les planches à l’aquarelle de Ville Ranta sont d’une grande luminosité et son trait vif permettent une grande aisance dans les mouvements, ce qui rend la lecture de l’album très fluide.

Comment le roi a perdu la tête : précipitez-vous sur ce nouvel album de Ville Ranta. Folie à chaque page !

Article posté le samedi 10 août 2019 par Damien Canteau

Comment le roi a perdu la tête de Ville Ranta (Editions çà et là)
  • Comment le roi a perdu la tête
  • Auteur : Ville Ranta
  • Editeur : çà et là
  • Parution : 21 août 2019
  • Prix : 20€
  • ISBN : 9782369902737

Résumé de l’éditeur : Avec Comment le roi a perdu sa tête, Ville Ranta, chef de file de la scène indé finlandaise, nous trimbale dans un récit complètement foutraque et surréaliste, qui n’est pas sans rappeler le cultissime Monty Python Sacré Graal. Le roi de Ville Ranta tente lui, plus humblement, de s’occuper tant bien que mal de ses trois filles adolescentes, de sa mère subclaquante, de son château qui tombe en ruine et de son amante bouffonne mais pas folle. Tout ça, sans oublier de libérer des princesses prisonnières de dragons et de chercher des réponses métaphysiques à ses nombreux problèmes existentiels.

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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