Sœur Helen Prejean pouvait-elle imaginer qu’elle arpenterait le couloir de la mort d’une prison ? Comment cette nonne a pu, un jour, s’intéresser à ceux qui se trouvent enfermés en attendant que la date de leur exécution soit enfin décidée ?
C’est ce que la scénariste Rose Vines et la dessinatrice Catherine Anyango Grünewald vous proposent de découvrir dans leur album Dead Man Walking sorti le 26 août chez Bayard Graphic. Un terrifiant voyage dans un monde où la peine de mort est devenu un combat et qui voit s’opposer les pro abolition et les anti abolition.

Une invitation à correspondre
Sœur Helen Prejean réside en Louisiane à la Nouvelle Orleans dans le quartier de St Thomas, un lieu défavorisé où habitent presque exclusivement des familles noires. Seules elle et quelques sœurs de sa congrégation vivent aux côtés de ces laissés pour compte de la société américaine.
Alors quand Chava Colon, un habitant du quartier qui travaille à la prison d’Angola, lui propose d’écrire à un condamné à mort, le défi ne lui semble pas trop lourd à relever. Cette correspondance à distance ne devrait pas trop l’engager.

Un condamné à découvrir
Elmo Patrick Sonnier a été condamné à mort. Son frère Eddie et lui ont assassiné David LeBlanc et Loretta Bourque, des lycéens âgés de 16 et 18 ans, cette dernière ayant été violée sous les yeux de son petit ami . Ces informations, sœur Helen Prejean les découvre dans le dossier concernant celui qu’elle pense être, au premier abord, un homme de couleur. En effet, les couloirs de la mort sont principalement peuplés d’hommes noirs.
Vont s’ensuivre entre ces deux personnes que tout oppose des échanges de lettres. La nonne est surprise, imaginant Pat ressembler plus à Charles Manson qu’à l’homme posé et respectueux qu’il laisse transparaître à travers ses courriers.

Un prisonnier à visiter
À force d’échanges de lettres, sœur Helen ressent la solitude dans laquelle est plongé Pat, pourtant prisonnier exemplaire depuis plusieurs années. Ce dernier ne se plaint pourtant pas de ses conditions de détention. C’est alors qu’elle lui propose de venir lui rendre visite au pénitencier d’État de Louisiane. Le condamné accepte cette offre et fait la demande auprès des autorités de la prison pour que celle qui est devenue sa conseillère spirituelle soit acceptée, en tant que telle, à venir le visiter. La rencontre ne pourra bien évidemment avoir lieu qu’après les vérifications d’usage auprès du chapelain catholique de l’établissement pénitentiaire.

Un documentaire sur la peine de mort
Cet album ne raconte pas seulement le parcours qu’accomplira Sœur Helen auprès de Pat Sonnier jusqu’à son exécution, mais il dresse surtout un état des lieux de la peine de mort aux États-Unis. La scénariste Rose Vines, qui a travaillé aux côtés de sœur Helen, s’est servi de du livre éponyme publié en 1993 de cette dernière qui relatait son parcours auprès de condamnés à mort. De nombreux documents d’époque complètent l’action de la visiteuse de prison, en mettant en lumière l’application de la peine de mort en fonction du milieu social des condamnés. C’est ainsi que l’on se rend compte qu’en fonction de la couleur de peau et de la richesse, les chances d’être condamnés à mort varient de façon exponentielle.

Une histoire légale à réformer ?
Avec son entrée régulière dans les couloirs de la mort, auprès de Pat Sonnier, puis d’autres condamnés, sœur Helen Prejean va, en compagnie de militants pro abolition de la peine de mort, faire de cette bataille celle de sa vie.
L’histoire de cette sanction mortelle, toujours en vigueur aujourd’hui dans ce pays occidental, est parfaitement bien expliquée dans son aspect juridique grâce aux arrêts de différentes cours qui ont été rendus au fil des années. Les États américains, seuls juges de leurs lois et de leurs sanctions pénales, appliquent actuellement, ou pas, la peine de mort dans leurs prisons. Seule la Cour Suprême peut influer sur leurs jugements. Mais la ligne de conduite de cette haute cour varie en fonction des juges qui y ont été nommés par le Président des États-Unis.
De nombreux mouvements s’opposent actuellement dans le pays quant à la question de l’abolition ou pas de la peine de mort. L’entrée des prisons et les tribunaux sont d’ailleurs les lieux où s’affrontent leurs arguments et leurs démonstrations.

Une iconographie riche et variée
Pour illustrer cet album, à la fois biographie et documentaire, la dessinatrice suédo-kenyane Catherine Anyango Grünewald a fait la part belle à la conséquente documentation dont elle disposait, issue de l’université de Chicago. C’est ainsi que dans ce roman graphique s’entrecroisent la narration chronologique évoquant le parcours de sœur Helen Prejean en prison et la mise à disposition d’articles de journaux, d’extraits de livres, d’images et de schémas pour appuyer le récit avec une documentation plus scientifique.
Le noir et blanc occupe la majeur partie des illustrations, parfois agrémentées de touches de couleurs comme pour bien mettre en évidence, une personnage, un lieu ou un objet.

Le combat contre la peine de mort de sœur Helen Prejean s’est parallèlement accompagné d’un combat en faveur de ceux qui subissent une telle déflagration dans leur vie : les proches des victimes, mais également les proches des condamnés à mort. Le plus souvent abandonnés par le système juridique et judiciaire, c’est le relai associatif qui les soutient.

Dead Man Walking est un plaidoyer contre la peine de mort, mais c’est également le chemin de vie et de foi d’une femme, d’une nonne qui a dédié son existence à ceux qui avaient mortellement dévié dans la leur.
- Dead Man Walking
- Scénariste : Rose Vines
- Dessinatrice : Catherine Anyango Grünewald
- Adapté de : Sœur Helen Prejean
- Traducteur : Basile Bréguerie
- Éditeur : Bayard Graphic
- Prix : 25€
- Parution : 26 août 2026
- Nombre de pages : 304 pages
- ISBN : 9782227503403
Résumé de l’éditeur : « L’histoire désormais légendaire de Dead Man Walking a été entendue et vue par des millions de personnes. Ce roman graphique est un moyen pour d’autres – et espérons-le la nouvelle génération – d’être témoins du traitement inhumain réservé aux détenus dans nos prisons. En le lisant, je me suis posé une fois de plus la question que tant de gens évitent : s’il est mal de tuer, pourquoi permettons-nous à l’État de tuer en notre nom ? » John Grisham Ayant grandi dans une famille catholique de classe moyenne dans le sud ségrégationniste des États-Unis, soeur Helen Prejean avait résisté à l’idée que la foi religieuse puisse être mise au service de la justice sociale jusqu’à ce que les changements dans l’Église catholique des années 1960 et 1970 la conduisent au coeur des quartiers défavorisés de la Nouvelle-Orléans. Là, on lui a demandé d’écrire une lettre à Patrick Sonnier, un homme condamné à mourir sur la chaise électrique en Louisiane pour le meurtre de deux adolescents. Lorsque Sonnier lui a répondu, la vie de Prejean a changé irrévocablement de cours. Elle a fait la connaissance d’un homme qui était aussi terrifié qu’il avait été terrifiant, ainsi que des familles des victimes et des hommes chargés de mettre Sonnier à mort. Depuis plus de quarante ans, Prejean travaille aux côtés des condamnés et des familles des victimes pour abolir la peine de mort, une sentence souvent déterminée par la race, le statut économique et la géographie. Cette adaptation graphique offre un moyen accessible d’aborder l’une des questions morales et émotionnelles les plus complexes auxquelles le monde est confronté. Rose Vines entremêle habilement les développements récents avec le récit original (La dernière Marche, en France), amplifiant ainsi sa pertinence pour les lecteurs d’aujourd’hui.
À propos de l'auteur de cet article
Claire Karius
Passionnée d'Histoire, j'affectionne tout particulièrement les albums qui abordent cette thématique. Mais pas seulement !
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