Je suis une légende

Sergio Hernández et Toni Caballero s’attaquent au monument de Richard Matheson : Je suis une légende. Entre respect affiché et volonté d’apporter une touche de modernisme, les deux artistes espagnols tracent leur propre route.

Je suis une légende : le dernier survivant.

Je suis une légende de Sergio Hernández et Toni Caballero (Actusf)

Un mystérieux virus a ravagé l’humanité. En seulement trois ans, les êtres humains ont succombé et sont devenus des vampires. Désormais seul survivant, Robert Neuville lutte pour découvrir un remède à ce mal. Barricadé la nuit, il erre sans fin dès que le jour se lève, à la recherche d’une lueur d’espoir. Mais rongé par la solitude, il sait que la moindre erreur lui sera fatale.

Je suis une légende de Sergio Hernández et Toni Caballero (Actusf)

S’attaquer à une œuvre devenue culte.

Écrite en 1954, l’œuvre de Richard Matheson est devenue au fil des ans un classique de la science-fiction post-apocalyptique, bien aidée, il est vrai, par ses adaptation cinématographiques. Et parmi elles, c’est la dernière, dans laquelle Will Smith joue le rôle-titre, qui vient immédiatement à l’esprit. Et même si le film n’est pas dénué de qualités, il faut reconnaître que l’esprit du roman y est plus ou moins absent. En effet, le film de Francis Lawrence met en avant un Will Smith super-héroïque qui, par son sacrifice devint le sauveur de l’humanité. Le sens de l’œuvre de Matheson était beaucoup plus subtil et profond, et pourtant, pour beaucoup, Je suis une légende a été découvert dans les salles obscures en 2007. C’est d’ailleurs le cas de deux jeunes espagnols : Sergio Hernández et Toni Caballero.

Je suis une légende, ou l’art de l’adaptation.

Âgés seulement de 13 et 16 ans, les jeunes hommes sont immédiatement enthousiasmés par le charisme du héros, sa lutte contre les forces du mal et son gentil chien. Mais en même temps, ils prennent conscience du potentiel non exploité de l’histoire. Et de manière très judicieuse, ils se tournent vers le roman de Matheson. Et c’est de cette volonté de découvrir l’œuvre originelle et de la comparer à ses évolutions qu’est né leur goût pour les adaptations. Dix-sept ans plus tard, paraissait Soy Leyenda chez Planeta Cómic.

Respecter l’œuvre originale…

Au scénario, Sergio Hernandez fait le choix de coller le plus possible au roman. Ainsi, il prend soin de retranscrire toute la solitude du héros en introduisant peu de phylactères. Et pour contrebalancer cela, de nombreux cartouches orangés aux contours irréguliers permettent d’entendre la voix intérieure torturée de Neuville.

Je suis une légende de Sergio Hernández et Toni Caballero (Actusf)

Dans le même ordre d’idées, les monstres cessent d’être des zombies albinos et redeviennent des vampires sanguinaires. Bien entendu, l’adaptation impose quelques changements minimes. Mais le lecteur de l’œuvre de Matheson ne sera pas dépaysé de ce point de vue-là. En revanche, visuellement, l’œuvre écrite dans les années 50 connaît une véritable révolution.

… tout en apportant sa touche.

Je suis une légende de Sergio Hernández et Toni Caballero (Actusf)Spécialiste du manga européen, Toni Caballero intègre les codes de son genre de prédilection. Et en premier lieu, cela influe sur la représentation du protagoniste qui apparaît sous des traits juvéniles. Mais surtout, c’est dans la conception des planches qu’on en voit l’influence. Ainsi, le cadrage adopté est extrêmement dynamique. Et le lecteur se retrouve guidé dans sa découverte des pages par un jeu de floutage de certains plans. Mais bien loin d’une simple transposition, le dessinateur utilise ces codes modernes pour transcender l’aventure. Et le fait est que les scènes nocturnes, parfois sans le moindre texte, permettent de ressentir la détresse de la proie des vampires. À l’inverse, la palette de couleurs pétillantes, voire fluorescentes des scènes diurnes, marque parfaitement le contraste, transformant immédiatement Neuville en prédateur redoutable. Le résultat est aussi déconcertant que fascinant. Et sans qu’on s’en rende compte, on se laisse emporter par ce parti-pris électro-pop que les plus jeunes lecteurs ne relèveront même pas.

Je suis une légende de Sergio Hernández et Toni Caballero (Actusf)

Cette nouvelle adaptation du roman de Richard Matheson réalise le grand écart. À la fois un retour aux sources en ce qui concerne le scénario, elle est aussi le lieu d’audaces graphiques modernes. Indéniablement, cela attirera l’œil, voire perturbera les non-initiés. Mais en réalité, c’est la preuve que l’œuvre de Matheson appartient désormais au folklore culturel intergénérationnel et qu’elle a atteint le statut de légende.

Article posté le mercredi 16 septembre 2026 par Victor Benelbaz

Je suis une légende de Sergio Hernández et Toni Caballero (Actusf)
  • Je suis une légende
  • Scénariste : Sergio Hernandez
  • Dessinateur : Toni Caballero
  • Éditeur : Actusf
  • Prix : 21,90 €
  • Parution : 10 septembre 2026
  • ISBN : 9782376867425

Résumé de l’éditeur : Un classique de la terreur, maintenant en format graphique ! Robert Neville est le seul survivant d’un virus qui a isolé la planète et convertit l’humanité en vampires. Son existence dépressive et crépusculaire se réduit à combattre ces êtres sanguinaires et essayer de survivre, avec les morts et avec son passé. Neville leur tient tête depuis trois ans. Il vit dans une maison barricadée, fortifiée contre les attaques nocturnes, ne sort que pendant la journée pour partir à la recherche de produits de première nécessité, puis se retire chez lui à la tombée de la nuit pour survivre. Neville rêve souvent de la mort de sa femme et de sa fille. Il se réveille ainsi, chaque matin, dans un climat d’horreur, étouffé par la solitude et les remords. Sergio Hernandez et Toni Caballero, réinventent le classique de la terreur de Richard Matherson avec un style pop plein de couleurs et d’éclectisme.

À propos de l'auteur de cet article

Victor Benelbaz

Tombé dans la marmite de la bande dessinée depuis tout petit, Victor est un vrai amateur éclairé. Comics ou récits jeunesse sont les deux genres préférés de ce professeur de français.

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