Des crimes aussi horribles qu’inexplicables sont commis dans un village le long de la côte galloise. C’est Deryn Du, un album aux frontières de la poésie et du fantastique proposé chez Dupuis par le talentueux Guillaume Sorel.

Un étrange cadavre
Un énorme cétacé au corps parsemé d’entailles vient de s’échouer sur la plage de ce village de la côte galloise. Autour du cadavre, habitants et policemen s’interrogent. Qui a bien pu commettre cet acte étrange et cruel ? Un homme ? Un autre animal ? Une créature ?
Ainsi commence Deryn Du (« Oiseau noir » en gallois), la nouvelle production de Guillaume Sorel que publient les éditions Dupuis dans la collection Aire Libre.
Hommage à la littérature et au cinéma fantastique, réflexion sur les mécanismes de la peur et irruption du surnaturel dans le quotidien, ce bel objet de 136 pages est tout cela à la fois.

Une drôle de jeune fille
Retour au village. Après l’échouage de la baleine, d’autres faits étranges vont se succéder au sein de cette communauté isolée du reste du monde. En une quinzaine de jours, on retrouvera un couple assassiné dans son lit, comme piétiné par des chevaux, un charpentier empoisonné par mille araignées, un homme broyé par un kraken. Le tout sous le regard perçant d’un corbeau qui plane au-dessus des maisons.
« Sorcellerie! crie-t-on, « ce village est devenu le berceau de l’enfer! ». Qui peut bien provoquer ces événements étranges ? Le surnaturel vient-il de « pointer le bout de son nez ? » comme le laisse entendre Gwilym, jeune intellectuel amateur de littérature fantastique, l’un des principaux personnages de ce récit. Car c’est lui qui va rencontrer une mystérieuse petite fille aux yeux de porcelaine. Que veut-elle ? Que lui veut-elle ?

Poésie morbide
A chaque rencontre avec cette créature aux allures de poupée, Gwilym va en apprendre un petit peu plus sur ses motivations. Dans un étrange récitatif fait de poèmes morbides au langage codé, on, comprend qu’elle veut se venger des villageois qui auraient refusé de porter secours à ses parents morts dans un incendie…
Un dessin magistral
Plus que l’intrigue, qui semble parfois jouer avec les nerfs de ses lecteurs (On ne sait trop à quel mystère se vouer) c’est la formidable palette de l’auteur qui emporte l’adhésion. Avec un dessin en couleur directe, des clairs-obscurs virtuoses et des cadrages très variés, cet album a un véritable souffle.
Les atmosphères et les ambiances inquiétantes sont restituées grâce à une gestion image-texte intéressante. La place est laissée à l’image dès que cela le nécessite. Ainsi, la mer démontée, un ciel bas ou des paysages fantomatiques balayés par le vents sont autant de personnages qui donnent à ce récit une forte identité visuelle.

Hommage littéraire et cinématographique
Guillaume Sorel, qui fréquente depuis trente ans les étagères de la littérature fantastique, ne cache pas ici ses influences. Comme son personnage Gwilyn, il rend ici hommage à l’écrivain Arthur Machen, l’une des grandes figures de l’art fantastique anglo-saxon, mais aussi à un autre maître de la littérature d’épouvante, l’américain Lovecraft ou encore Edgar Allan Poe.
Côté cinéma enfin, c’est vers les films du réalisateur italien Mario Bava que le dessinateur a porté son regard. Ce film, vu il y a plus de vingt ans, l’a dit-il conforté dans son envie de dessiner une histoire mélangeant peur et onirisme.
Un joli carnet de croquis vient clore l’album. Amateurs du genre, précipitez-vous!
- Deryn Du
- Scénario et dessin : Guillaume Sorel
- Éditeur : Dupuis
- Prix : 25 €
- Parution : Octobre 2025
- Nombre de pages : 136
- ISBN : 9791034767557
Résumé de l’album. Le long de la côte galloise, un village est soudain la proie d’une série de crimes effrayants et inexplicables. Une jeune fille, alternant douceur et furie, semble à la manœuvre. Une captivante réflexion sur les techniques de la peur en BD…
À propos de l'auteur de cet article
Jean-Michel Gouin
Passionné par l'écrit, notamment l'histoire, la littérature policière et la bande dessinée, Jean-Michel Gouin a été journaliste radio et presse écrite pendant une trentaine d'années à Poitiers.
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