Edgar P. Jacobs – Un pacte avec Blake et Mortimer

En septembre 2021, Blake et Mortimer fêteront leurs 75 ans. Une excellente occasion de découvrir Edgar P. Jacobs – Un pacte avec Blake et Mortimer, une biographie de l’auteur belge écrite par Benoît Mouchard et François Rivière, éditée une première fois en 2003. Plongée dans l’univers de ce grand artiste entre opéra, dessin et Hergé. Passionnant !

Un opéra de papier

En 2003, Benoît Mouchart et François Rivière publiaient La Damnation d’Edgar P. Jacobs aux éditions Seuil-Archimbaud, la biographie la plus complète de l’auteur de Blake et Mortimer. Pour commémorer les 75 ans de la création du célèbre duo de détectives, Les impressions nouvelles rééditent une version revue et augmentée ce livre sous un nouveau titre : Un pacte avec Blake et Mortimer.

Il faut souligner que les articles et autres biographies d’Edgar P. Jacobs sont nombreux mais le livre de Mouchart et Rivière reste une référence parce qu’il est le plus complet, repose sur des témoignages inédits et documents rares mis à leur disposition.

Quant à l’auteur lui-même, il raconta sa vie dans Un opéra de papier, autobiographie parue chez Gallimard en 1981, soit six ans avant sa mort. Dans ces mémoires, Jacobs faisait montre d’une certaine retenue, comme souvent dans ce genre d’exercice de style.

Benoît Mouchart et François Rivière se sont basés, entre autre – il suffit de se pencher sur les six pages de sources pour s’en convaincre – sur Un opéra de papier mais pas seulement pour composer Un pacte avec Blake et Mortimer, un ouvrage riche menant les lecteurs de Bruxelles et les premiers pas de Jacobs jusqu’à ses derniers travaux en bande dessinée.

Edgar P. Jacobs, un auteur de bande dessinée qui se rêvait chanteur d’opéra

Né le 30 mars 1904 à Bruxelles, Edgar Félix Pierre Jacobs grandit dans la capitale belge dans une famille bourgeoise. Son père est sergent dans l’armée. L’éducation est stricte mais le jeune garçon se prend de passion pour le dessin assez jeune.

Ma sa vie est bouleversée lorsqu’il assiste à la représentation de Faust, l’opéra de Gounod alors qu’il n’a que 12 ans. Avec le dessin, il découvre le monde de l’art lyrique et en tombe éperdument amoureux.

Edgar P. Jacobs : Le baryton du dessin

Entre quelques travaux d’illustration dans la presse et la publicité, Edgar P. Jacobs apparaît dans quelques productions d’opéra comme figurant.

En 1922, il prend part à la revue de Mistinguett, entre opérette et chansons légères. Mais il souhaite vraiment percer dans l’opéra. C’est ainsi qu’il s’inscrit au Conservatoire royal de Bruxelles après son service militaire.

Mais c’est Lille et son opéra qui lui offrent ses premiers rôles de baryton dans Faust ou Aïda à partir de 1929. Après avoir rencontré Ninie – chanteuse d’opérette – sa première épouse, il pense que sa carrière de chanteur lyrique est sur la bonne route mais c’était sans compter sur la guerre.

Gagner sa vie

C’est à Mons que Jacobs tire sa révérence en 1940. Les planches de dessin se substituent aux planches des théâtres. En effet, il faut bien gagner sa vie et l’opéra ne lui offre plus de rôles en cela. Comme un aveu d’échec, il retourne aux travaux d’illustration, comme s’il était « mercenaire ». C’en est presque honteux pour lui.

« Si j’avais pu, j’aurais jamais quitté le théâtre. C’est contraint et forcé que je suis revenu au dessin, en le considérant un peu comme un travail alimentaire. Il fallait bien gagner sa croûte. »

Depuis de nombreuses années, il peut aussi compter sur son fidèle ami Jacques Van Melkebeke, journaliste et scénariste, qui l’accompagne dans ses premiers pas dans le monde du 9e art.

Van Melkebeke : à l’ombre de la ligne claire

Comme l’a montré Benoît Mouchart dans A l’ombre de la ligne claire (Les impressions nouvelles, 2014), Van Melkebeke est à la fois un ami, un homme sulfureux car proche de l’occupant pendant la Seconde guerre mondiale, mais également scénariste caché de Jacobs ou Hergé.

Avec l’auteur de Blake et Mortimer, ils se connaissent depuis leurs plus jeunes années. Ensemble, ils ont découvert la vie, se sont serrés les coudes pendant les temps de disette, se sont parfois fâchés mais ne se sont jamais quittés.

C’est ainsi que Jacques aida Edgar sur l’histoire du Rayon U, le premier album de Jacobs en 1942. Dans cette même période, Hergé veut confier à Jacobs la refonte de ses anciennes histoires. Comme le soulignent Rivière et Mouchart, les deux hommes sont proches en terme de conception de dessin, ont le même humour et sont complémentaires. L’un est soucieux des détails des décors – Jacobs – tandis que le second aime la mise en scène et les mouvements – Georges Remi. A partir de l’année suivante, Edgar travaille à mi-temps pour le créateur de Tintin. Il devient alors coloriste et décoriste pour lui.

Tintin et les débuts de Blake et Mortimer

Jacobs et Van Melbeke aident ainsi Hergé sur l’album Le temple du soleil. Le premier apporte l’idée du train qui tombe d’un pont et le second l’enlèvement de Milou par un condor.

Mieux : « Edgar ne rechigne pas à prendre la pose lorsqu’il s’agit de mettre en scène une colère du célèbre marin [Haddock, ndlr]… Revêtant à l’occasion un poncho et se prêtant à toutes les grimaces, il permet à Hergé de restituer dans les attitudes de ses personnages une justesse psychologique inégalée. »

En 1946, Jacobs propose la première histoire de Blake et Mortimer, Le secret de l’espadon lors de la création du journal Tintin. C’est le début de l’aventure des deux amis détectives.

Pour découvrir les coulisses de ces premiers moments, les tensions avec Hergé ou Jacques Martin, les suites de son amitié avec Van Melke mais aussi ses collaborateurs comme Albert Weinberg, il suffit d’ouvrir Edgar P. Jacobs – Un pacte avec Blake et Mortimer, cette superbe biographie.

On y découvre la franche rivalité entre le créateur de Tintin et celui de Blake et Mortimer, un homme fracassé dans ses certitudes, sa paranoïa, mais également son accident de circulation et son divorce douloureux avec Ninie.

Article posté le lundi 16 août 2021 par Damien Canteau

Edgar P. Jacobs - Un pacte avec Blake et Mortimer de François Rivière et Benoit Mouchart (Les impressions nouvelles)
  • Edgar P. Jacobs, un pacte ave Blake et Mortimer
  • Auteurs : François Rivière et Benoît Mouchart
  • Editeur : Les impressions nouvelles
  • Prix : 24 €
  • Parution : 19 août 2021
  • ISBN : 9782874498909

Résumé de l’éditeur : Nous fêterons le 26 septembre 2021 le 75ème anniversaire de la naissance de Blake et Mortimer, icônes légendaires. Leur créateur, Edgar P. Jacobs, n’estima jamais opportun de parler de sa vie privée. Baryton d’opéra à la gloire peu prospère, dandy contrarié à l’imagination féconde, premier assistant d’Hergé, victime des préjugés de la censure française, Jacobs a vécu sa carrière d’auteur de bande dessinée comme une véritable damnation. Et pourtant il aura fait rêver plusieurs générations de lecteurs… Cette biographie, nourrie de documents rares et de témoignages inédits, fait enfin sortir de l’ombre la personnalité discrète, anxieuse et attachante de ce grand artiste qui aura signé un pacte d’éternité grâce à la bande dessinée…

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée). Il est le rédacteur en chef du site Comixtrip.

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