Accompagnée par Ange, Erio entame un grand voyage, à la découverte du monde. Celui-ci s’avère plus dangereux et étrange qu’Erio ne l’avait envisagé. Dans Erio and the electric doll, de Shimazaki Mujirushi (Dresseuses de monstres) et Kuroimori, les éditions Mangetsu offrent un voyage initiatique intense, questionnant la technologie et son évolution.

Ange mécanique
Les deux premiers tomes de la série Erio and the electric doll posent les bases de l’univers et des personnages. Erio est une jeune femme dont le style androgyne engendre de nombreuses confusions. Ange, elle, est une beauté fatale à de nombreux égards, d’autant qu’elle n’est pas humaine. C’est une poupée électrique, conçue à l’origine pour faire la guerre et tuer les humains. Dans un monde dévasté par la guerre, la méfiance s’est développé autour de tout ce qui touche à l’électricité. Erio a un bien étrange pouvoir : elle est capable de générer de l’électricité, rechargeant ainsi Ange d’un baiser.

Par bien des aspects, Erio and the electric doll questionne notre rapport à la technologie, à l’intelligence artificielle, à ces machines programmées pour détruire qui finalement échappent à tout contrôle. Savant mélange entre Matrix et Chobits, la série se présente comme une quête initiatique. Erio découvre un monde dur, empli de désillusion, que son regard naïf et attendrissant va venir nuancer. La relation unique entre Erio et Ange permet de jouer sur les points de vue, oscillant entre méfiante d’Ange à l’égard du monde et enthousiasme innocent d’Erio. Ange transcende par moment son nom : elle est littéralement l’ange gardien d’Erio. Mais plus encore, c’est leur relation fusionnelle, dépassant les frontières du genre ou même de l’humanité qui est particulièrement touchante.
Voyage en terres inconnues

Par bien des aspects, chaque volume d’Erio and the electric doll questionne notre rapport au monde et à la technologie. Entre le post apocalyptique et le steampunk, jouant sur un retour à la vapeur pour contrer une électricité que l’on accuse de tous les maux, les personnages font petit à petit l’expérience de l’émerveillement d’Erio à l’égard de ce qu’elle découvre en voyageant. Le dessin joue d’ailleurs sur cette dualité entre dureté de la société et souplesse des personnages.

Les environnements jouent sur les différents aspects, avec des rouages qui soulignent le côté steampunk, les vêtements font état de l’état presque décrépi de la société. Les éléments électriques apparaissent alors tantôt comme des petites fées lumineuses qui émerveillent, tantôt comme des machines de mort dont l’ombre recouvrent les pages.

Les contrastes entre la beauté d’Ange et sa dangerosité montrent d’ailleurs bien les enjeux autour de la question de l’intelligence artificielle et de son contrôle. Mais aussi des traumatismes de guerre, du syndrome du survivant et autres reconstructions tant physique que psychologique, qui sont mis en avant à travers les trajectoires narratives des différents personnages principaux et secondaires.
Reconstruire pour évoluer ?
Erio and the electric doll aurait pu ressembler à une longue exploration des différentes villes sans réel but. Mais voilà : les auteurs ont trouvé de nombreux moyens pour nous faire ressentir la route et pour bousculer nos certitudes. Le dernier tiers du second volume est d’autant plus intense qu’il rebat les cartes, notamment de la relation fusionnelle entre Erio et Ange.

Car si le monde évolue, est-ce que Ange, elle aussi, en a le droit ? Le doit-elle ? Et Erio ? La prise de maturité, les découvertes, ne vont-elles pas émousser son émerveillement et son innocence ? Erio est bien plus qu’un voyage initiatique. C’est un questionnement permanent, une aventure humaine (et électrique). Elle interroge notre rapport à l’autre, à la technologie. L’ouvrage nous bouscule tant par ses pleines pages magnifiques que par les rebondissements intenses de ses chapitres.
Ces deux premiers volumes donnent le ton. Nous nous attachons à ses personnages, tremblons avec elles. Pour le meilleur de ce monde en ruines qui cherche à se réinventer.
- Erio and the electric doll – tome 2
- Auteur : Shimazaki Mujirushi
- Dessinateur : Kuroimori
- Editeur : Mangetsu
- Prix : 9,95 €
- Parution : 2 juillet 2025
- Nombre de pages : 224 pages
- ISBN : 9782382819623
Résumé de l’éditeur : Ange, la toute dernière androïde d’élite en état de marche et Erio, la jeune fille qu’elle a élevée, évoluent dans un monde privé d’électricité. L’innocente Erio ignore tout de la malveillance des humains et se retrouve mêlée aux affrontements qui font rage entre deux gangs impliqués dans un trafic d’ampoules au marché noir… Découvrez le deuxième opus de leurs aventures steampunk dans un futur proche où tout reste à reconstruir
À propos de l'auteur de cet article
Bénédicte Coudière
Journaliste spécialisée en bande dessinée mais aussi en jeux vidéo depuis près de 15 ans, conférencière, autrice et plein d'autre chose encore ! Membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée), elle est passionnée d'art et de narration, d'exploration de papier et de pleins d'autres choses encore.
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