Etunwan, celui-qui-regarde

Joseph Wallace, photographe, décide de suivre une expédition dans Les Rocheuses afin de prendre des clichés des nouvelles zones découvertes par des cartographes. Très beau récit de voyage, Etunwan est un album de Thierry Murat aux éditions Futuropolis.

JOSEPH S’ENGAGE DANS L’EXPÉDITION WALKER

Pittsburgh, Etats-Unis, 1867. Photographe réputé, Joseph Wallace a l’habitude de tirer le portrait des notables de cette ville industrielle de Pennsylvanie. Marié à Marjorie et père de deux enfants, la photographie lui permet de vivre confortablement. Peu épanoui dans ce travail routinier et peu artistique, il rêve d’autres expériences.

Le 13 juin de cette année-là, il rejoint Saint-Louis dans le Missouri par le train. Là, il doit prendre place dans l’expédition Walker & Jackson. Pilotée par le gouvernement américain, elle permettra d’explorer de nouvelles zones à cartographier, de voir s’il y a encore des terres à coloniser et si de nouveaux gisements d’or et de charbon sont exploitables. Joseph sera témoin de ce voyage grâce à son matériel photographique.

VERS LES TERRES DES INDIENS

L’expédition Walker & Jackson doit parcourir le pays d’Est en Ouest, comme les pionniers l’ont fait avant elle, du Missouri au Mississippi. L’immense convoi de 20 charriots est composé des plus célèbres et imminents scientifiques de l’Est des Etats-Unis : botanistes, météorologistes, minéralogistes,  zoologistes, ornithologues et topographes. Tout ce petit monde est cornaqué par le docteur Walker, médecin et géologue.

Après deux cents miles, ils atteignent Westport, la dernière ville avant les territoires indiens. Armé de son carnet, Wallace consigne tout, afin de ne rien perdre. Il se rapproche de Hermann Greenstone, un ethnologue chicagoan et en devient ami. L’homme lui apprend les rudiments des dialectes des Indiens des plaines. Grâce à Hermann et les quelques mots de son nouveau vocabulaire, le photographe s’approche de plus en plus des peaux-rouges et en fait d’excellents portraits.

… ET WALLACE DEVIENT ETUNWAN, CELUI-QUI-REGARDE

Avec Etunwan, Thierry Murat livre un merveilleux album, à la croisée de plusieurs thématiques : l’amitié, la photographie, le grand Ouest américain, les relations tendues entre les Indiens et les pionniers et les sciences.

Projet financé par un riche industriel et piloté par le gouvernement des Etats-Unis, il était au départ très orienté pour gagner encore plus de terres et d’argent, mais s’avère rapidement humaniste, notamment par le personnage de Joseph Wallace et de Hermann Greenstone. Grâce à son travail de photographie artistique et ses relations très amicales avec l’ethnologue, le périple prend un tour plus respectueux des autres et d’ouverture d’esprit.

Etonnante relation entre deux hommes (sur place puis épistolaire), Hermann ne pourra plus accompagner son ami dans une nouvelle expédition, qu’il effectuera seul. Il faut souligner que l’apprentissage de la langue lui permettra de se débrouiller dans ce second périple. En prenant des clichés d’Indiens, il sera surnommé Etunwan, c’est-à-dire Celui-qui-regarde.

ETUNWAN : VOYAGE INTROSPECTIF

Thierru Murat fait de son récit, un voyage introspectif pour Wallace. Ce père comblé, qui vit bien de son travail à Pittsburgh veut découvrir autre chose, s’ouvrir au monde. Ce cheminement individuel, pour se (re)trouver sera mis en lumière par la découverte de la tribu des Oglalas – un des 7 clans formant la tribu des Lakotas – et plus particulièrement de la Femme-papillon avec lequel il aura une aventure.

Voyage quasi hors-du-temps, Etunwan permet aux lecteurs de savourer chaque séquence. Il faut souligner que l’auteur des Larmes de l’assassin (Delcourt, 2011) ou de Au vent mauvais (avec Rascal, Futuropolis, 2013) pose simplement son récit, prenant son temps et imprimant une certaine lenteur. Entre les lettres envoyées à Hermann et les passages silencieux de méditation, le lecteur peut se poser tranquillement et savourer l’histoire.

UN DESSIN QUI RAPPELLE LES CLICHÉS PHOTOGRAPHIQUES

Né en 1966, Thierry Murat quitte son Périgord natal après le baccalauréat pour effectuer des études d’Arts appliqués à Poitiers pendant trois ans. Entre 1990 et 2000, il devient graphiste à Bordeaux, puis publie plusieurs albums jeunesse aux éditions du Rouergue (Kontrol 42 et Otto portrait). Il est convaincu par Eric Corbeyran de mettre en image Elle ne pleure pas elle chante, ses vrais débuts dans la bande dessinée.

Auteur d’un très beau site, Thierry Murat dévoile de magnifiques planches dans Etunwan. Les couleurs volontairement rétro et son trait charbonneux-granuleux se rapprochent alors des premiers clichés photographiques. Les ombres en aplats noirs et la couleur sépia lui permettent de réaliser des personnages et des décors épurés d’une très grande force graphique. Les grandes vignettes – entre 2 et 4 maximum par page – apportent une grande fluidité dans la lecture de l’album. Un petit bijou narratif et graphique !

Article posté le lundi 08 août 2016 par Damien Canteau

Très bel album Etunwan est signé Thierry Murat aux éditions Futuropolis, décrypté par Comixtrip le site BD de référence
  • Etunwan, celui-qui-regarde
  • Auteur : Thierry Murat
  • Éditeur : Futuropolis
  • Prix : 23€
  • Parution : 16 juin 2016

Résumé de l’éditeur : 13 juin 1867. Joseph Wallace est photographe à Pittsburgh. Marié à Marjorie, il a deux beaux enfants et son quotidien de portraitiste de notables et de leurs familles, lui assure un revenu confortable. Et pourtant, le voilà dans le train pour Saint-Louis rejoindre une mission d’exploration scientifique qui prendra route vers les immenses territoires à l’ouest du Mississipi, afin de gagner les Montagnes Rocheuses. L’expédition, dirigée par le Docteur Walter, est financée par le gouvernement afin d’explorer de nouvelles zones à cartographier et découvrir s’il y a de nouveaux gisements d’or ou de charbon, ou de nouvelles terres à coloniser. Composée des plus éminents scientifiques de la côte Est, Joseph Wallace est là pour photographier les régions traversées. Le voyage devrait durer plusieurs mois. Ce voyage, qui ne sera pas le dernier pour Joseph Wallace, et particulièrement sa rencontre avec les Indiens Sioux Oglalas, va bouleverser sa vie et la pratique de son art… Il va devenir Étunwan, Celui-qui-regarde.

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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