En 2025, à l’occasion de la commémoration des 80 ans de l’explosion des deux bombes atomiques sur Hiroshima (6 août 1945) et Nagasaki (9 août 1945), les éditions du Tripode ont décidé de rééditer Gen aux pieds nus. Les 10 tomes, représentant 2800 pages de la série précédemment dénommée Gen le survivant, étaient devenus introuvables. Une initiative éditoriale qu’il faut donc souligner et saluer pour ce manga devenu incontournable.

Explosion de la bombe nucléaire Little Boy
à Hiroshima au Japon le 6 août 1945.
Le tournant de la guerre
Alors que la Seconde Guerre mondiale a officiellement pris fin, en Europe, le 8 mai 1945 avec la signature de l’acte de capitulation de l’Allemagne nazie, elle fait toujours rage dans le Pacifique et en Extrême-Orient. Les Américains, qui veulent obtenir la capitulation du Japon, vont utiliser une arme qu’ils ont mise au point, la bombe A ou atomique. Celle utilisée à Hiroshima, Little Boy, sera à l’uranium, celle envoyée sur Nagasaki, Fat Man, sera au plutonium.
Après avoir demandé, en août, à son peuple d’accepter l’inacceptable, l’empereur Hirohito finit par capituler le 2 septembre 1945. La signature de l’acte de capitulation à bord d’un cuirassé américain, par des représentants du gouvernement japonais, met définitivement fin à la Seconde Guerre mondiale.

Un enfant dans l’Histoire
Le 6 août 1945 à 8h15, Enola Gay, un bombardier B-29 (nommé ainsi pour rendre hommage à Enola Gay Tibbets, la mère du pilote Paul Tibbets) largue la bombe atomique Little Boy sur Hiroshima. Un petit garçon subit de plein fouet cette terrible déflagration. Il s’appelle Keiji Nakazawa (1939-2012), il a seulement six ans. Son père, sa grande sœur et son petit frère ne survivront pas à cette explosion. C’est à travers son dessin qu’il témoignera inlassablement contre le nucléaire et en faveur de la paix. Le témoignage d’un survivant.

Keiji Nakazawa
Pour raconter ce qu’il a vécu entre l’âge de 6 et 14 ans, Nakazawa va nous plonger dans un Japon impérial et militariste, puis dans l’après-guerre, à travers la vie de Gen, son double littéraire. C’est ainsi que l’auteur nous présente la famille Nakaoka, inspirée de la sienne. Elle est composée des parents, Daikichi, le père, pacifiste et opposant farouche à la guerre pour le bien de son pays. Kimié, la mère dévouée pour sa famille, est enceinte au début du récit. Les enfants sont au nombre de cinq, Koji, Gen, Shinji, Akira, les quatre garçons et Eiko, la fille.
Premier tome (Hiroshima, avril – 6 août 1945)
Le récit du premier tome de Gen aux pieds nus débute quatre mois avant le bombardement d’Hiroshima. La famille Nakaoka vit au rythme des attaques aériennes américaines et de la recherche de nourriture. Stigmatisés par leurs voisins en raison du pacifisme du père, Gen et son petit frère Shinji doivent régulièrement se battre contre les autres enfants du quartier. Ces derniers leur reprochent de ne pas soutenir l’effort de guerre demandé par le Japon et son empereur à ses habitants.

Très rapidement, le lecteur est plongé dans la violence de la guerre qui se fait sentir, dès les premières pages, par ce terrible besoin de manger ressenti par les enfants. En effet, les soldats étant prioritaires pour recevoir de la nourriture, la population est rationnée. Pas seulement les adultes, les enfants également. L’autre aspect de la violence qui se fait entendre est celui du bruit des sirènes. Celles-ci signalent aux population civiles qu’elles doivent se rendre aux abris pour se confiner et échapper aux bombardements américains. Une vie pré.occupée par ces conséquences de la guerre, jusqu’à ce jour du 6 août, quand une bombe atomique est lancée sur Hiroshima.
Deuxième tome (6 – 11 août 1945)
Cette bombe va surprendre la famille Nakaoka, et tous les habitants d’Hiroshima, dans leur quotidien matinal. Il est 8h15. Akira, évacué à la campagne en raison de son âge, et Koji, suivant une préparation militaire, ne sont pas présents au domicile de la famille. Le père, Shinji et Eiko sont instantanément pris dans le piège des décombres de leur maison, dont ils ne pourront pas s’extraire. Seuls survivants, Gen (protégé par le mur de son école) et sa mère découvrent une ville en ruines et cherchent à se mettre à l’abris au milieu du chaos.

L’horreur s’est abattue en quelques secondes sur la ville. Ce ne sont alentours que corps calcinés et bâtiments détruits. Les blessés, qui pour certains perdent leur peau, sont évacués hors de la ville. Les cadavres jonchent les rues. Comment peut-on survivre dans de telles conditions ? Keiji Nakazawa fait preuve d’un tel réalisme, dans son dessin et dans ses dialogues, pour narrer ces faits atroces que la lecture de ce deuxième tome s’effectue très difficilement. C’est ainsi que le lecteur peut ainsi réaliser quelles furent les conséquences immédiates de cette explosion nucléaire. D’autres conséquences attendront les survivants par la suite et pour longtemps.
Troisième tome (11 – 19 août 1945)
Ne pouvant rester à Hiroshima, Gen et Kimié, qui vient juste d’accoucher d’une petite fille, décident de quitter l’horreur de la ville prennent la route. Ils se réfugient dans un village de pêcheurs. C’est chez Kyo, une amie d’enfance de Kimié, dont la maison n’a subi que peu de dégâts, qu’ils sont tous les trois « accueillis ». Mais en réalité, la belle-mère de Kyo voit d’un très mauvais œil l’arrivée sous son toit des ces trois intrus, qu’elle imagine tout de suite être des voleurs de riz.

Très rapidement, à Eba où Kimié est allée à l’école enfant, Gen, sa mère et sa petite sœur, qui veulent retrouver leur indépendance, font peur. Ils sont ce qu’on appelle des hibakusha et sont donc discriminés par les habitants qui les pensent contagieux. Trouver un logement ainsi qu’un travail va donc s’avérer des plus compliqué.
Avec ce volume, Keiji Nakazawa montre parfaitement l’ostracisme que ces survivants de la bombe ont pu subir. Dans leur propre pays et par leurs concitoyens. Au sein même des familles, la peur de l’autre va amener à mettre à l’écart de la société ceux qui pourraient être contagieux en raison de leur potentielle irradiation.
Sept autres tomes à venir rapidement
Écrit entre 1973 et 1985, le shonen Hadashi no Gen fait d’abord l’objet de parutions dans des journaux japonais. Le premier volume sera traduit en français et sortira en 1983 chez Les Humanoïdes Associés. Préfacé par Art Spiegelman, ce manga appelé « le Maus d’Hiroshima » est désormais devenu culte. Il nous permet de mieux comprendre ce qu’il s’est réellement passé à Hiroshima. Mais surtout de réaliser quelles furent les conséquences de l’explosion sur la population et sur ceux qu’on appelle les hibakusha. En effet, en raison de leurs terribles séquelles physiques et psychologiques, ces derniers furent rejetés dans leur pays. Ainsi, l’auteur a réalisé un état des lieux des plus implacable du Japon de l’après-guerre.

Hadashi no Gen est devenu une série incontournable qui fait maintenant partie de ces mangas patrimoniaux qu’il faut avoir lus. Même si cette lecture, il faut bien le reconnaître, ne s’effectue pas si aisément. C’est certainement pour cela qu’on ne peut en ressortir intact.e.
Calendrier des sorties de cette fresque historique en 10 tomes :
- tome 1 : 02 octobre 2025
- tome 2 : 02 octobre 2025
- tome 3 : 15 janvier 2026
- tome 4 : 12 mars 2026
- tome 5 : 07 mai 2026
- tome 6 : 10 septembre 2029
- tome 7 : 5 novembre 2026
- tome 8 : 14 janvier 2027
- tome 9 : 11 mars 2027
- tome 10 : 13 mai 2027
- Gen aux pieds nus tome 1
- Auteur : Keiji Nakazawa
- Éditeur : Le Tripode
- Parution : 02 octobre 2025
- Prix : 13,90€
- Nombre de pages : 288
- ISBN : 9782370554703
- Gen aux pieds nus tome 2
- Auteur : Keiji Nakazawa
- Éditeur : Le Tripode
- Parution : 02 octobre 2025
- Prix : 13,90€
- Nombre de pages : 252
- ISBN : 9782370554710
Résumé de l’éditeur : Sa conviction et son honnêteté vous permettent de croire aux choses incroyables et impossibles qui ont pourtant eu lieu à Hiroshima. Tel est l’art implacable du témoin. Art Spiegelman » La plus grande vertu de ce travail est son abrupte et totale sincérité. Sa conviction et son honnêteté permettent de croire à l’incroyable, à l’impossible qui pourtant se produisit à Hiroshima. C’est l’art inexorable du témoignage » (Art Spiegelman, auteur de la préface) Hiroshima, 6 – 11 août 1945 : Gen et sa mère sont livrés à eux-mêmes dans une ville dont il ne reste plus rien. Tandis que sa mère accouche de sa petite sœur parmi les décombres, Gen part à la recherche de vivres. L’ampleur de la catastrophe se déploie à mesure qu’il explore un paysage chaotique où les corps s’amoncellent. Gen viendra en aide à des survivants de la bombe avec sa force de vie indéfectible, et croisera un visage aimé revenu des morts… Gen aux pieds nus est un manga en 10 volumes qui retrace la vie d’un jeune garçon à Hiroshima de 1945 à 1953. Gen est un garçon espiègle et solaire, qui grandit dans la ville après sa destruction par la bombe atomique. De l’horreur de l’explosion à la lente reconstruction de la ville, de l’occupation américaine à la guerre de Corée, de la censure à la découverte progressive des effets terribles des radiations, en passant par l’ostracisation des victimes de la bombe, on découvre la vie quotidienne à Hiroshima à travers les yeux d’un enfant, alter ego de l’auteur, lui-même témoin et survivant de la catastrophe. Gen aux pieds nus est une œuvre immense. Publié au Japon entre 1973 et 1985, c’est le tout premier manga à affronter sans détour la tragédie d’Hiroshima, et le seul à le faire sur une base autobiographique. Cette fresque à la fois historique et intime, sidérante, est désormais un élément fondamental de la mémoire universelle.
- Gen aux pieds nus tome 3
- Auteur : Keiji Nakazawa
- Éditeur : Le Tripode
- Parution : 15 janvier 2026
- Prix : 13,90€
- Nombre de pages : 264
- ISBN : 9782370554826
Résumé de l’éditeur : Alors que s’éteint peu à peu la génération des hibakushas, les derniers survivants des bombardements d’août 1945, la perpétuation du témoignage de Keiji Nakazawa est plus essentielle que jamais. » ( Le Monde) La parution du troisième tome du manga culte Gen aux pieds nus ou la poursuite de la réédition des 10 volumes d’une œuvre patrimoniale essentielle. Hiroshima, 11 – 19 août 1945. Dans le village où ils ont trouvé refuge après la destruction de leur ville, Gen, sa mère et sa petite sœur vont vite découvrir qu’ils ne sont pas les bienvenus. Les habitants sont convaincus que les survivants d’Hiroshima portent en eux un mal contagieux. Pour aider sa mère qui peine à subvenir à leurs besoins, Gen rentre au service d’un homme gravement blessé par la bombe et rejeté par sa famille. Il accueillera avec sa mère l’orphelin Ryûta, qui ressemble à s’y méprendre au petit frère que Gen a perdu le jour de l’explosion. Gen aux pieds nus est une œuvre immense. Ce manga retrace en 10 volumes la vie d’un jeune garçon espiègle et solaire à Hiroshima de 1945 à 1953. Publié au Japon entre 1973 et 1985, c’est le tout premier manga à affronter sans détour la tragédie d’Hiroshima, et le seul à le faire du point de vue d’un témoin, l’auteur étant lui-même un survivant de la catastrophe. Cette fresque à la fois historique et intime, sidérante, est désormais un élément fondamental de la mémoire universelle.
À propos de l'auteur de cet article
Claire Karius
Passionnée d'Histoire, j'affectionne tout particulièrement les albums qui abordent cette thématique. Mais pas seulement ! Je partage ma passion de la bande dessinée dans l'émission Bulles Zégomm sur Radio Tou'Caen et sur ma page Instagram @fillefan2bd.
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