Hibakusha

Entre la légèreté d’une idylle naissante et la férocité de la guerre, Hibakusha met en lumière la rencontre entre un traducteur du parti nazi et une belle japonaise. Ce très bel album Dupuis est signé Olivier Cinna et Thilde Barboni.

LA FIN D’UNE ÈRE SOMBRE

Berlin 1945. Ludwig Mueller a tout pour lui : une femme, un fils et un poste important dans l’administration nazie en tant qu’interprète-traducteur. Pourtant, il n’est pas heureux, sa vie est trop routinière et son couple bat de l’aile.

Reçu par un haut gradé SS de la Kommandantur de la capitale, il apprend qu’il doit quitter tout de suite l’Allemagne pour le Japon où il devra traduire des documents hautement confidentiels. Il part sur le champ sans avoir le temps de dire au-revoir à sa femme et son fils.

Alliés depuis le début de la Guerre, le Japon et l’Allemagne Nazie vivent pourtant un fin de règne qui se ressent dans les plus hautes instances.

HIROSHIMA MON AMOUR

Ludwig connait bien le Japon pour y avoir vécu dès l’âge de 8 ans lorsque son père était consul d’Allemagne. Il aime ce pays et pourtant de ce séjour, il en garde une séquelle physique : sa jambe droite ne fonctionne plus correctement et il doit se déplacer à l’aide d’une canne. Okito, un jeune garçon, lui lança une pierre affutée qui lui sectionna le tendon.

Étonnamment quelques années plus tard, c’est Okito adulte qui attend le traducteur sur le port. Ensemble, ils roulent vers Hiroshima, le nouveau lieu de résidence de Ludwig.

Lors d’une énième évacuation lors de raids aériens américains, il croise le regard d’une très belle femme assistante d’un acupuncteur. C’est le début d’une belle histoire d’amour…

HIBAKUSHA : POUR LA BEAUTÉ DU JAPON

En choisissant une fiction très ancrée historiquement, Thilde Barboni se mue en excellente conteuse. Sans en révéler le dénouement final étonnant mais fondé sur une phénomène physique réel, elle accroche le lecteur par une histoire d’amour pure, légère et aérienne.

Ludwig, petite main du régime nazi qui fait son travail consciencieusement mais dont la vie est trop routinière et cette belle japonaise – deux êtres si différents – la scénariste de la série Les anges visiteurs (avec Emmanuel Murzeau, Sandawe) établit une très belle connexion qui bouleverse le jeune homme jusqu’à le faire changer d’avis sur son rôle si important et décisif dans la Solution Finale.

Hibakusha est avant tout un bel hymne au Japon, ses habitants, sa beauté, son charme et sa société entre traditions et modernité. Pays liés par un traité d’alliance militaire, le pays du Soleil Levant et l’Allemagne Nazie sont pourtant au bord de la rupture, dans un moment de fin de règne.

Comme de nombreux ouvrages ou films, Thilde Barboni fonde aussi sur son récit sur le 6 août 1945,  jour où Enola Gay largua Little Boy sur Hiroshima. Rupture, changement de vie, déracinement, amour impossible sont donc au cœur de Hibakusha.

UN DESSIN ÉLÉGANT

Ce récit intimiste au cœur de l’histoire bénéficie d’une partie graphique de qualité signée Olivier Cinna. L’auteur de Ordures (avec Stéphane Piatzszek, Futuropolis) réalise de très belles planches grâce à son dessin d’une grande élégance. Son style doux et chaleureux empruntant aux esquisses japonaises tranche avec le côté dramatique de la situation.

Hibakusha : une très belle histoire d’amour impossible bien contée et excellemment mis en image.

Article posté le lundi 22 mai 2017 par Damien Canteau

Hibakusha de Olivier Cinna et Tilde Barboni (Dupuis) décrypté par Comixtrip le site BD de référence
  • Hibakusha
  • Scénariste : Tilde Barboni
  • Dessinateur : Olivier Cinna
  • Éditeur : Dupuis, collection Aire Libre
  • Prix : 16.50€
  • Parution : 05 mai 2017

Résumé de l’éditeur : Ludwig Mueller est un traducteur-interprète allemand aux ordres du parti hitlérien. Alors que la Seconde Guerre mondiale entame un virage inquiétant, ce mari désabusé et père peu préoccupé par sa famille est envoyé à Hiroshima afin de travailler sur des documents confidentiels, au contenu crypté. Là-bas, il lui est cependant impossible d’échapper à ses tourments qui se gravent dans sa chair et lui causent d’intenses douleurs. C’est alors que sa rencontre avec une belle Japonaise va bouleverser toutes ses convictions, jusqu’au plus profond de son âme… L’année 1945 a sans doute été la plus sombre de l’histoire du Japon. En situant son intrigue à cette période charnière (hibakusha se traduit par « les survivants de la bombe »), Thilde Barboni rend un vibrant hommage à une nation souvent meurtrie, dont l’aura solennelle rayonne encore et toujours à travers les imaginaires. Une oeuvre sublimée par le trait d’Olivier Cinna, qui offre à ce récit entre fiction et réalité historique la force subtile et la pure délicatesse d’un magnifique haïku.

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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