Irena, tome 1

C’est en lisant un article sur Irena Sendlerowa que Jean-David Morvan a l’idée de consacrer une bande dessinée à cette femme qui a sauvé plus de 2500 enfants juifs du ghetto de Varsovie pendant la Seconde Guerre Mondiale. Pour l’aider dans cette belle entreprise, il a fait appel à Séverine Tréfouël pour le scénario et David Evrard pour le dessin.

IRENA AIDE LES HABITANTS DU GHETTO

Ghetto de Varsovie, mars 1941. Accompagnée par son chauffeur, Irena Sendlerowa décharge le camion rempli de vivres et de vêtements pour les habitants juifs parqués par les Nazis. Depuis les premiers jours de l’occupation de la Pologne, la jeune femme a commencé à travailler pour l’aide sociale de la ville.

Elle entre ainsi chaque jour, attendue comme le messie par les enfants et les adultes qui sont dans un état psychologique et sanitaire déplorables. Les gardes du ghetto les traitent comme de la vermine, les laissant mourir de faim et de maladie. Malgré cette vision horrifique, Irena garde son large sourire et sa bienveillance pour ses compatriotes.

IRENA FAIT SORTIR DES ENFANTS DU GHETTO

Un jour, elle se rend au chevet de Vaschel atteinte du typhus. Elle fait promettre à Irena de s’occuper de son fils Nethanel lorsqu’elle décèdera, ce qui risque d’arriver rapidement. Elle la supplie de le faire sortir du ghetto.

De retour chez elle, elle est absorbée par ces mots si forts d’une mère qui veut sauver son fils. Elle en parle avec sa mère et l’interroge sur ce qu’aurait pu faire son père qui n’est plus de ce monde depuis 1917. Médecin engagé lui aussi dans l’action sociale, il dirigeait un hôpital.

Sous la protection de son père, elle décide d’aider Nathanel. Après le barrage filtrant à l’entrée tenu par un officier détestable, elle entre et apprend que Vaschel est morte. Elle se met en quête de le retrouver et de le faire sortir de cet enfer…

UNE VIE A AIDER SON PROCHAIN

C’est seulement en 1999 par le travail de recherche de 4 étudiants et leur professeur américains que le destin de Irena, cette femme d’exception fut découvert. D’une grande humilité et pensant qu’elle avait effectué ses aides de la façon la plus naturelle du monde, la jeune femme était d’une grande discrétion sur ces faits d’une grande humanité.

En choisissant pour leur projet de fin d’études les héros de la Shoah, ils découvrent l’histoire d’Irena. En collectant le peu de documents la concernant, ils mettent en lumière le chiffre de 2500 enfants sauvés. Agée de 89 ans à l’époque, ils décident d’aller la rencontrer en Pologne.

Décédée en 2008, c’est à ce moment-là que le grand public découvre son action envers les habitants du Ghetto de Varsovie. C’est à peu près à cette époque que Jean-David Morvan lit un article la concernant. Reconnue Juste parmi les nations en 1965 par Yad Vashem, elle connaîtra la torture en octobre 1943 comme le montre l’album. Condamnée à mort, elle réussira à s’enfuir.

Aidé de Séverine Tréfouël pour le scénario, il met image dans ce premier tome les premières actions de résistance d’Irena. Fort, parfois glaçant, le récit n’épargne rien aux lecteurs ni les conditions désastreuses dans le Ghetto ni les exécutions ni les tortures contre la femme. D’un grand réalisme, bien documentée, l’histoire est accrocheuse et pourra plaire aux collégiens ou lycéens. Dans la noirceur du moment, une lueur d’espoir par Irena et ses compagnons jaillit, vacille mais ne s’éteint pas.

Prévue en trois volumes, la série poursuivra le destin hors norme d’Irena pendant et après la Seconde Guerre mondiale.

UN DESSIN QUI TRANCHE AVEC LE PROPOS

La partie graphique est signée David Evrard. Plus connu sous le pseudonyme E411 et des séries populaires et humoristiques (Max et Bouzouki, Maître Corbaque ou Schumi), le dessinateur met son talent au service de ce récit fort. Agrémenté de couleurs de Walter, son dessin proche des séries jeunesse tranche avec le propos sombre de l’histoire. Passées les premières pages, le trait se fond dans le scénario. D’une belle rondeur pour l’héroïne, il sait être plus dur pour les nazis. Ses planches comportant les fantômes sont poignantes.

Article posté le mercredi 11 janvier 2017 par Damien Canteau

Irena tome 1 de Séverine Tréfouël, Jean-David Morvan et David Evrard (Glenat) décrypté par Comixtrip le site BD de référence
  • Irena, tome 1/3 : Le ghetto
  • Scénaristes : Jean-David Morvan et Séverine Tréfouël
  • Dessinateur : David Evrard
  • Éditeur : Glénat, Tchô la collec
  • Prix : 14.95€
  • Parution : 04 janvier 2017

Résumé de l’éditeur : 1940, l’armée nazie a envahi la Pologne. À Varsovie, les Juifs de la ville ont été parqués dans le ghetto : un quartier entier entouré de murs. Quiconque tente de s’en échapper est abattu sans sommation ; les seuls qui peuvent y entrer sont les membres du département d’aide sociale. Parmi eux, Irena vient tous les jours apporter vivres et soutien à ceux qui sont enfermés dans cet enfer et qui souffrent de maladies et de malnutrition. Ici, tout le monde la connait, les enfants l’adorent. Car Irena est un modèle de courage : elle n’hésite pas à tenir tête aux gardiens, à faire toujours plus que ce qu’autorise l’occupant nazi. Le jour où, sur son lit de mort, une jeune mère lui confie la vie de son fils, Irena se met en tête de sortir clandestinement les orphelins du ghetto. Pour que l’innocence soit épargnée de la barbarie, elle doit être prête à risquer sa vie. Décédée en 2008, déclarée Juste parmi les nations en 1965, Irena Sendlerowa, résistante et militante polonaise, fut l’une des plus grandes héroïnes de la Seconde Guerre Mondiale, sauvant près de 2500 enfants juifs du ghetto de Varsovie. Et pourtant elle est oubliée des livres d’Histoire… C’est en lisant par hasard un article sur elle que Jean-David Morvan a eu le déclic : sa vie devait être racontée. Avec Séverine Tréfouël et David Evrard, il retrace sur trois albums le combat humaniste de cette « mère des enfants de l’Holocauste. » Porté par un dessin d’une grande sensibilité, Irena réussit le tour de force de parler sans lourdeur d’un sujet fort, poignant et profondément actuel… Toucher, émouvoir, parler d’hier pour raconter aujourd’hui…

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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