Avec Kernok le pirate, Frédéric Brrémaud et Alessandro Corbettini signent un récit d’aventures haut en couleurs adapté d’un roman d’Eugène Sue. A l’abordage !

L’avenir au creux de sa main
Tout commence par une visite à une sorcière, du côté de Pampoul, dans cette Bretagne du Nord aux côtes superbement déchirées. Par une nuit de novembre sombre et froide, on frappe à la porte de la misérable cabane de la vieille femme. Voici Kernok, anneaux aux oreilles, le visage mangé de barbe qui veut connaître la belle aventure. Avant de reprendre la mer. Car le temps presse. La sorcière ne lui a-t-elle pas dit que ses jours étaient comptés ?

A bord de l’Epervier
C’est un bien beau navire que cet Épervier. A son bord, Kernok règne en seigneur et maître, d’abord sur la belle Mélie, qu’il a pourtant blessée d’un coup de poignard « dans un mouvement de jalousie ». Fidèlement secondé par maître Zéli et le renfort de cinquante deux hommes d’équipage, le pirate fait ce qu’il sait faire, la chasse aux navires marchands qui, croit-il, assureront bientôt sa fortune.
Ce serait chose faite après l’attaque du San Pablo, qui se rend à Lisbonne sous pavillon anglais. Au prix d’un véritable carnage, Kernok et ses hommes s’accaparent le butin, font ripaille. « Le pont était rouge de vin. Des danses, des rires, des crânes fendus…Rouge de vin et de sang. » Mais la fête sera de courte durée. Bientôt un vaisseau anglais pointe à l’horizon. C’est une corvette de trente canons qui apparaît dans la longue vue du pirate. Redevenu lucide, Kernok admet : « L’Epervier n’a pas le bec et les ongles assez durs pour s’amuser à une telle proie! ».

Kernok, Adapté d’un roman de 1830
L’issue des aventures de Kernok infirmera-t-elle les prédictions de la sorcière ? On laissera au lecteur le soin de le découvrir, au terme des 80 pages de ce récit complet, adapté d’un roman de jeunesse du célèbre Eugène Sue (1804-1857), plus passé à la postérité pour ses Mystères de Paris ou le Juif errant que pour ce court roman. D’abord publié dès 1830 en feuilleton dans le journal La Mode, ce récit reprenant les codes du roman de pirates avait à l’époque trouvé ses lecteurs. Parmi eux, un certain Balzac en avait d’emblée salué les qualités…
Aujourd’hui, c’est la bande dessinée qui fait œuvre de littérature avec cette belle adaptation publiée dans la collection Treize étrange de Glénat. Le scénariste Frédéric Brrémaud en épouse fidèlement les contours, proposant un découpage dynamique de cette histoire de fureur et de sang.
Son complice, Alessandro Corbettini a su restituer justement ces grands espaces avec de magnifiques planches à l’encre de Chine, alternant les grandes cases pleine page et les gros plans sur les visages boucanés. Il réalise ici son premier album. Et c’est une réussite.
Les amateurs du genre passeront un bon moment à la lecture de cette histoire pleine de rebondissements. Un joli cahier graphique vient clore cet album.
- Kernok le pirate
- Scénariste : Frédéric Brrémaud
- Dessinateur : Alessandro Corbettini
- Editeur : Glénat / Treize Etrange
- Prix : 17,50 €
- Parution : mai 2024
- ISBN : 9782344057629
Résumé de l’éditeur : C’est sur les côtes bretonnes, là où les vagues se brisent avec violence contre les rochers, que Kernok le pirate est venu consulter la sorcière de Pampoul. Le vieux loup de mer, habitué aux pillages sanglants, veut connaître son avenir. La vieille femme va lui prédire, le pire… sa dernière heure serait venue, il ne lui resterait que 13 jours à vivre ! Refusant de se laisser berner par de telles paroles, le capitaine s’empresse de reprendre la mer. À bord de l’Épervier, il retrouve son second, maitre Zéli, le mousse Grain-de-Sel et sa maîtresse, la douce Mélie. Bientôt à l’horizon, apparaît le San Pablo, aux cales bien remplies. Après un véritable carnage, Kernok s’empare du navire et de son inestimable butin ! L’équipage festoie toute la nuit après avoir massacré les derniers prisonniers. Alors que Kernok savoure sa victoire les voiles d’un vaisseau anglais s’approchent dangereusement au petit jour… La sorcière aurait-elle vu juste ?
À propos de l'auteur de cet article
Jean-Michel Gouin
Passionné par l'écrit, notamment l'histoire, la littérature policière et la bande dessinée, Jean-Michel Gouin a été journaliste radio et presse écrite pendant une trentaine d'années à Poitiers.
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