L’oubliée du radeau de la Méduse

Gilles Cazaux et Thierry Soufflard publient chez Marabout L’oubliée du radeau de la Méduse. L’aventure réelle et tragique de Blanche, seule femme à bord de la frégate naufragée.

Un tableau célèbre

La Joconde, Guernica, Le déjeuner sur l’herbe… Bien des tableaux ont marqué chacun à leur manière l’histoire de l’art et peut-être bien l’histoire tout court. Au dix-neuvième siècle, il y eut aussi Le radeau de la Méduse, œuvre du peintre Géricault présentée au Louvre en 1819.

On connaît peu ou prou les faits. Bien réels. Nous sommes en 1816. La frégate La Méduse prend la mer avec trois autres navires en direction du Sénégal. Elle est commandée par un capitaine qui n’a pas navigué depuis vingt-cinq ans, un certain Duroy de Chaumareys. Celui-ci, qui souhaite arriver le premier suit un autre cap que ses compagnons de voyage, via le banc d’Arguin, au large de la future Mauritanie. Mal lui en a pris. Le 2 juillet, la frégate s’échoue sur ce banc.

Les passagers survivent à l’accident. Ils restent trois jours sur ce banc avant d’être évacués sur des chaloupes… Enfin, pas tous. Pour ceux qui restent, on construit un radeau sur lequel prennent place 150 personnes, soldats, marins, et une femme, Blanche.

C’est son histoire que nous content Gilles Cazaux et Thierry Soufflard dans L’oubliée du radeau de la Méduse, un album publié en octobre 2025 chez Marabout (Marabulles).

Cantinière, infirmière et conscience morale

Dans ce récit dessiné inspiré de faits réels, on découvre une autre face de l’histoire officielle. Car celle-ci invisibilisa longtemps la part importante que prit cette femme dans cette tragédie.

Blanche est une femme du peuple. Elle est cantinière, épouse du soldat Ambroise. Choisissant de rester sur le radeau, elle va devoir affronter la vindicte, la jalousie, le machisme de marins souvent frustres et superstitieux. Pour eux, « les femmes ne sont bonnes qu’à répandre la zizanie ! ».

Mais pour elle, chaque individu mérite attention. Et quand vient la faim, la soif, et l’abandon de toute dignité au milieu des tempêtes ou sous un soleil de plomb, Blanche fera encore figure de conscience morale, s’attachant à réconforter les blessés, à les soigner.

« La morale est vaine le ventre vide »

Le cauchemar des naufragés de la Méduse durera treize jours. Treize jours de ce mois de juillet 1816 pendant lesquels la tragédie se déploie. Deux tempêtes, des mutineries et une faim qui ne peut s’assouvir que dans l’horreur pour certains. Ainsi, dès le troisième jour, des pratiques cannibales apparaissent sur le radeau. « La morale est vaine le ventre vide », « Noyée, la raison est en deuil », lit-on en tête des cinq chapitres qui structurent ce récit.

S’appuyant notamment sur les témoignages de deux rescapés, le chirurgien Savigny et l’ingénieur Corréard, ce « huis clos en pleine mer » place le lecteur face à sa propre condition. Qu’aurions-nous fait en pareilles circonstances ? Aurions-nous, comme Blanche tout au long de cette tragédie, conservé notre part d’humanité ou lâché la bride à nos pires instincts ?

Reste une histoire puissante portée par un scénario rigoureux et un dessin réaliste et élégant. Signalons encore qu’Alice Estève et Pablo Sanchez Cano ont prêté main-forte à Gilles Cazaux pour les couleurs.

Un bel album qui nous invite aussi à regarder autrement le tableau de Géricault. Toujours exposé au Louvre, cette œuvre majeure de la peinture du dix-neuvième siècle est vue par des millions de personnes chaque année. Lorsque vous aussi passerez devant, peut-être alors repenserez-vous au sort funeste de ces naufragés, à Blanche et à sa force tranquille…

Article posté le samedi 15 novembre 2025 par Jean-Michel Gouin

L'oubliée du radeau de la méduse de Gilles Cazaux et Thierry Soufflard (éditions Marabulles)
  • L’oubliée du radeau de la Méduse
  • Scénario et dialogues : Thierry Soufflard
  • Scénario et dessin : Gilles Cazaux
  • Editeur : Marabout
  • Prix : 22, 95 €
  • Parution : octobre 2025
  • Nombre de pages : 112
  • ISBN : 9782501183079

Résumé de l’éditeur. Un radeau de fortune.  Un tableau célèbre. Une seule femme. Un huis clos en plein mer.
Inspiré de faits réels et du célèbre tableau de Géricault présenté au Louvre en 1819, ce récit retrace l’épopée dramatique des survivants de la frégate La Méduse, échouée au large de l’actuelle Mauritanie. Entre tempêtes, mutineries et actes de bravoure, suivez le destin bouleversant de Blanche qui lutte pour survivre sur ce radeau de fortune au milieu de l’Atlantique.
Une fresque humaine poignante racontée par la voix d’un survivant, où se mêlent espoir et barbarie dans un huis clos maritime qui interroge les limites de la morale et de l’humanité.

À propos de l'auteur de cet article

Jean-Michel Gouin

Passionné par l'écrit, notamment l'histoire, la littérature policière et la bande dessinée, Jean-Michel Gouin a été journaliste radio et presse écrite pendant une trentaine d'années à Poitiers.

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