La clairière

Une famille endeuillée par le mort d’une mère tente de se reconstruire. Paul, Laura et le père pourtant n’ont pas les mêmes envies et les mêmes buts. Comment dans ce contexte continuer à faire clan ? Antonia Kühn imagine une tranche de leur quotidien dans La clairière, un album touchant chez Cambourakis.

Etre seul ensemble

Paul Sperling, dix ans, vit avec son père ouvrier de nuit et sa sœur Laura, adolescente. Si le papa tente tant bien que mal d’être le ciment de cette famille, pour le petit garçon, ce n’est pas simple. Rien qu’une chanson passant à la radio lui rappelle sa maman, disparue il y a quelques années.

Pire, Laura découche souvent pendant plusieurs jours pour aller rejoindre des amis avec qui elle boit et fume. Le père doit aller laisser son fils seul chez lui. Ses horaires décalés ne sont pas propices à le voir grandir. Le garçon doit donc se débrouiller seul. Ce qui n’est jamais très simple. Être seul ensemble voilà la vie de Paul.

Boîte à souvenirs

C’est toujours la même chose, le jour de l’anniversaire de la maman, Laura ne rentre pas chez elle. Est-ce trop dur pour l’adolescente ? Paul et son père mangent seuls le gâteau. Là encore, ce n’est pas simple pour le petit garçon qui aimerait rendre hommage à sa mère.

Un jour après l’école, Paul découvre une boîte au-dessus de l’armoire de la chambre de ses parents. A l’intérieur, il y découvre des photos et des lettres écrites par sa maman, à l’époque où elle était adolescente…

Et au milieu, une clairière…

Avec La clairière, Antonia Kühn livre une histoire forte et poignante autour de la famille. Elle brosse le portrait de quatre personnes dont l’une est décédée. Restent Paul, Laura et leur père qui tente de maintenir un semblant d’unité, de famille pour faire clan.

Pas simple pour un homme qui travaille dans une usine avec des horaires décalés. Il doit laisser seul son fils et voit s’éloigner sa fille. Bienveillant et papa-poule, il ne dit jamais rien des sorties nocturnes de Laura. Ne veut-il pas la laisser faire pour ne pas la brusquer encore plus et donc la perdre ?

Et il y a Paul. Le garçon de dix ans tente lui de « se construire » une maman avec ses souvenirs. Pour pouvoir grandir, il a besoin de connaître ses racines, comprendre qui elle était et pourquoi elle est morte. La boîte aux souvenirs, comme des pièces de puzzle, va lui permettre d’engager cette quête d’identité.

Zones d’ombre

La clairière est donc un très beau roman graphique sur la notion de clan, comment rester uni malgré les épreuves et la vie qui passe.

Antonia Kühn, dont c’est le premier album, laisse aussi planer des mystères autour du décès de la maman. Ce sont ces zones d’ombre et ces secrets qui poussent aussi Paul à trouver la vérité, même si elle doit faire mal aux deux autres membres des Sperling.

L’autrice allemande a eu l’idée de La clairière lorsqu’elle même a découvert une boite remplie de photos lors des funérailles de son grand-oncle. Cela l’a énormément interrogé sur la famille, la vérité et la transmission.

Sa partie graphique en noir et blanc est d’une grande douceur même dans les moments de tension de l’album. Son dessin souple d’un simple trait est agrémenté de noirs et de gris estompés ou grattés. Cela donne de très belles planches d’une grande mélancolie et d’une grande modernité.

La clairière : un très joli roman graphique sur la famille, la transmission, les non-dits et la vérité.

Article posté le mardi 21 avril 2020 par Damien Canteau

La clairière de Antonia Kühn (Cambourakis)
  • La clairière
  • Autrice : Antonia Kühn
  • Éditeur : Cambourakis
  • Prix : 23 €
  • Parution : 04 mars 2020
  • ISBN : 9782366244793

Résumé de l’éditeur : Paul a perdu sa mère il y a quelques années. Sa disparition demeure mystérieuse et ne cesse de hanter le jeune garçon. Aussi s’efforce-t-il de rassembler les indices qui pourraient lui permettre de trouver une explication. Entre ses propres souvenirs, brumeux et lacunaires, la version de sa grande soeur perpétuellement distante, la conviction de son père, les silences, les tabous, et la découverte de photos et lettres de sa mère, Paul va retracer le fil de son histoire personnelle, nous livrant son interprétation des événements passés. Car si certaines familles célèbrent leur histoire avec un arbre généalogique et d’innombrables albums photos, d’autres couvent un secret autour duquel les vérités divergent et s’entrechoquent. Dans ce premier roman graphique, Antonia Kühn rend compte avec sensibilité des émotions de chacun et questionne avec justesse ce qui détermine et façonne l’histoire des individus, ce qui unit ou pas les membres d’une famille les uns aux autres.

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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