La dernière rose de l’été

Faisant office de garde-maison lors de travaux, Léo jeune rêveur parisien, croise la route de Rose, jeune adolescente libre et mystérieuse. Lucas Harari imagine cette rencontre dans La dernière rose de l’été, un polar très Nouvelle vague dans le sud de la France. Beau et hypnotique !

Du lavomatique…

Paris, un soir d’été. Léo travaille dans un lavomatique. Jeune rêveur, il aspire à devenir écrivain. En attendant de trouver la bonne idée, il doit faire des petits boulots.

Alors que la boutique est sur le point de fermer, arrive Sylvain, dans son cabriolet de sport. Léo reconnaît tout de suite son cousin. Depuis qu’il a monté une start-up, la vie est douce et l’argent coule à flot pour lui. Entre sa femme et sa maîtresse, le don juan ne fournit pas.

… à la villa dans le sud de la France

Après avoir acheté Martin Eden, le roman de Jack London, Léo tente difficilement d’écrire. Il est arrêté dans son élan par un appel de Sylvain qui l’invite à sortir le soir même. Ce dernier lui propose de superviser les travaux de sa nouvelle maison dans le sud de la France, pendant que lui fera une croisière avec une femme qu’il a rencontré il y a peu.

Quelques jours plus tard, Léo grimpe dans le train pour rejoindre la station balnéaire et la maison de Sylvain. Pour la rejoindre, il doit aussi prendre un ferry car elle se trouve sur une île.

Mystérieuse Rose

Le soir venu, Léo jette un œil dans la villa voisine et découvre Rose, jeune adolescente de 17 ans. Dans le garage dort une Jeep décapotable, idéal pour faire le tour de la petite ville.

La nuit suivante, il est sorti de sa lecture de Martin Eden par des cris venants de chez ses voisins. Un homme vient de donner une gifle à Rose.

Quelques jours plus tard, la jeune adolescente emprunte les escaliers de sa villa pour aller piquer une tête dans la mer. Léo décide d’en faire autant mais n’ose pas l’aborder.

Dans la petite station balnéaire, c’est l’émoi : deux adolescents ont disparu. L’inspecteur Beloeil est missionné sur l’enquête. Quant à Rose, elle propose à Léo de venir boire un verre chez elle…

La dernière rose de l’été : polar hypnotique

Loin de la chanson éponyme de Nana Mouskouri, La dernière rose de l’été est le polar de cette rentrée littéraire. Sans effusion ni artifice, mais avec une rare élégance, Lucas Harari imagine un thriller intimiste inspiré par la Nouvelle vague. Car oui, son album est un hommage au cinéma des années 1960. S’il se déroule à notre époque, il possède ce charme et cette nostalgie lui conférant un attrait indéniable.

Avec ses villas accrochées aux falaises, sa moiteur estivale et ses personnages surannés, La dernière rose de l’été a tout d’un long-métrage entre Godard et Hitchcock.

Bascule

Débuté comme une romance estivale, La dernière rose de l’été glisse irrémédiablement vers le polar et même le thriller. Lucas Harari parsème son récit d’une atmosphère lourde, plus particulièrement dans sa deuxième partie.

Léo est attiré par Rose. Il n’hésite pas à frayer avec ses ami.es malgré leur écart d’âge. Le mystère, la volupté et le côté un peu indomptable de la jeune adolescente font un grand effet sur l’aspirant écrivain. L’été est propice aux rapprochements des corps comme le montre l’album.

Quant à l’intrigue, elle s’épaissit lorsqu’entre en scène l’inspecteur Beloeil. Petit homme trapu chauve, il est l’archétype du policier du sud de la France.

Ligne très claire

Avec La dernière rose de l’été, Lucas Harari se forge une œuvre singulière de très grande qualité. Après l’excellent L’aimant, il poursuit son chemin par un album dans la même veine : mystères et secrets, disparitions et piège se refermant sur le héros.

Comme dans sa précédente bande dessinée, l’auteur parisien dévoile de superbes planches où l’architecture des villas et des carrelets est magnifique. Il faut souligner qu’il a suivi des études dans ce domaine avant d’entrer aux arts déco de la capitale.

Lucas Harari s’inscrit dans les pas des grands maîtres de la ligne claire des années 1980-1990. Ses personnages, son trait épais et ses couleurs sont dans cette veine. On y perçoit les influences d’Yves Chaland dans l’inspecteur Beloeil (un peu dans le style de Freddy Lombard), celle de Daniel Torres dans Léo, celle de Ted Benoit dans les voitures, celle de Serge Clerc dans les vêtements et celle de Jacques Loustal dans les couleurs. Et de tous ces auteurs dans la folie de la jeunesse des ami.es de Rose et les mystères de l’intrigue. Cet ambiance est charmante. En cela, La dernière rose de l’été est très graphique.

Si l’on ajoute une bande originale éclectique (Britney Spears, The Zombies, Cher ou Thomas Moore) et l’on obtient un album riche et savoureux.

Article posté le dimanche 20 septembre 2020 par Damien Canteau

La dernière rose de l'été de Lucas Harari (Sarbacane)
  • La dernière rose de l’été
  • Auteur : Lucas Harari
  • Éditeur : Sarbacane
  • Prix : 29 €
  • Parution : 26 août 2020
  • ISBN : 9782377314768

Résumé de l’éditeur : C’est l’été. Léo, jeune rêveur parisien caressant l’espoir de devenir écrivain, bosse dans un lavomatique en attendant de trouver l’inspiration pour son grand œuvre. Un soir, il croise par hasard un cousin qui lui propose de garder sa maison de vacances au bord de la mer. Coup de pouce du destin, le timide Léo se retrouve, quelques jours plus tard, voisin de riches plaisanciers aux voitures de collection et villas d’architecte. Cependant, malgré l’atmosphère légère et surréaliste, quelque chose ne tourne pas rond. De jeunes hommes disparaissent aux alentours ; la tension monte… C’est dans ce cadre étrange, et tandis que l’inspecteur Beloeil mène l’enquête, que Léo rencontre sa jeune voisine, adolescente capricieuse et sauvage : la belle Rose.

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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