La différence invisible

A vingt-sept ans, Marguerite découvre qu’elle est atteinte du syndrome d’Asperger, une forme d’autisme. Ce diagnostique lui ouvre les yeux, elle se sent enfin bien. Pourtant le parcours fut long et difficile avant cette délivrance. Julie Dachez raconte son histoire dans La différence invisible, un témoignage fort et émouvant, mis en image par Mademoiselle Caroline, aux éditions Delcourt.

MARGUERITE : UNE JEUNE FEMME A LA MARGE ?

Agée de 27 ans, en couple avec Florian, Marguerite travaille dans une grande agence immobilière. Pourtant la jeune femme n’est pas une jeune femme comme les autres : hypersensible aux bruits qui l’entourent – pour ne pas être gênée, elle commence tôt le matin lorsqu’il n’y a personne dans les bureaux – elle ne se sent bien que dans son appartement, au calme avec ses deux chats et son chien.

Végétarienne, elle ne supporte pas le gluten et comme tous les matins, elle passe acheter un petit pain à l’épeautre à la boulangerie de son quartier. Mais ce qu’elle déteste le plus au monde, c’est les changements. En effet, pour se rendre à son travail, elle part toujours à la même heure, passe toujours devant les mêmes magasins (la poste, la librairie de Caro…) à l’aller comme au retour. Ses petites manies sont fréquentes dans sa vie.

UN DIAGNOSTIQUE QUI LA DELIVRE

Même si son chef la félicite parce qu’elle travaille très bien, il lui reproche de ne pas assez aller vers les autres. Voilà, l’une des autres difficultés de Marguerite : la sociabilisation. Lorsqu’il y a beaucoup de monde autour d’elle, elle perd pied. Les conversations et la musique chez les amis la fatiguent; ce qui la fait souvent partir tôt des fêtes, au grand désespoir de Florian.

D’ailleurs, s’ils sont en couple depuis deux ans, ils ne partagent jamais le même lit. Il faut souligner que la jeune femme est sensible aux bruits, aux mouvements et aux odeurs de la personne à côté d’elle. Pour y remédier, elle enfile un masque anti-lumière et des boules quiès. Quant au lit, ce sont deux petits lits l’un à côté de l’autre.

Se sentant de plus en plus mal, Marguerite surfe sur les internets pour découvrir enfin le mal dont elle souffre. En comparant ses manies avec d’autres, elle découvre qu’elle serait atteinte du syndrome d’Asperger, une forme d’autisme. Elle se rend chez sa libraire, achète des livres sur le sujet, prend un rendez-vous chez un psy – qui ne la prend pas au sérieux – puis un autre qui l’aide et l’envoie dans un Centre de ressources autisme afin de passer des tests. Quelques mois plus tard, le diagnostique tombe : elle est autiste Asperger. Ce dernier la délivre, enfin elle va pouvoir vivre…

LA DIFFÉRENCE INVISIBLE : UN LIVRE POUR BALAYER LES CLICHÉS

C’est après avoir parcouru le blog de Julie Dachezemoiemoietmoi – que Fabienne Vaslet – éditrice pour Parigramme, Éditions de la Martinière, Nathan beaux livres – propose à la jeune femme d’écrire une bande dessinée. Doctorante en psychologie sociale, elle fut diagnostiquée Asperger à 27 ans.

Il faut dire que son blog est une référence pour les patients et les professionnels de santé. C’est donc naturellement qu’elle a décidé de raconter son histoire dans La différence invisible. Ce formidable témoignage est subtilement raconté, mettant en lumière les difficultés rencontrées par ces autistes et surtout pour casser les préjugés sur ce syndrome. Le lecteur apprend qu’il existe d’ailleurs plusieurs formes d’autisme et surtout plusieurs formes d’Asperger.

Par une préface signée Carole Tardif (professeur de psychologie du développement typique et atypique) et de Bruno Gepner (pédopsychiatre et président de la Fédération d’Autisme vie entière) mais aussi un cahier de 14 pages adossé à l’album (l’histoire de l’autisme, de Hans Asperger mais aussi Lorna Wing, les faits, les difficultés dans les interactions sociales…), le lecteur découvre enfin ce syndrome si singulier. C’est ainsi que l’ouvrage devient pédagogue sans être ennuyeux ni rébarbatif et facile d’accès dans ses parties explicatives.

LE DESSIN DE MADEMOISELLE CAROLINE : MODERNE ET RAFRAICHISSANT

D’une belle modernité, proche des illustrations de blogueuses, le dessin de Mademoiselle Caroline est moderne et rafraichissant. Légère et aérienne, la partie graphique participe de ce beau témoignage. Pour composer ses pages, elle utilise des couleurs différentes (la typographie ou les vignettes).

Article posté le jeudi 08 septembre 2016 par Damien Canteau

La différence invisible ou le long parcours d'un autiste Asperger de Mademoiselle Caroline et Julie Dachez (Delcourt), décrypté par Comixtrip le site BD de référence
  • La différence invisible
  • Scénariste : Julie Dachez
  • Dessinatrice : Mademoiselle Carolin
  • Éditeur : Delcourt, collection Mirages
  • Prix : 22.95€
  • Parution : 31 août 2016

Résumé de l’éditeur : Marguerite se sent décalée et lutte chaque jour pour préserver les apparences. Ses gestes sont immuables, proches de la manie. Son environnement doit être un cocon. Elle se sent agressée par le bruit et les bavardages incessants de ses collègues. Lassée de cet état, elle va partir à la rencontre d’elle-même et découvrir qu’elle est autiste Asperger. Sa vie va s’en trouver profondément modifiée.

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

En savoir