Le club des divorcés #2

Le club des divorcés plonge le lecteur dans les bars à hôtesses japonais des années 60. Edité par Kana, ce magnifique manga signé Kazuo Kamimura est un beau portrait sociologique de cette période dans un pays sous influence occidentale.

UN BAR AU CŒUR DE TOKYO

Le Club des divorcés est un petit bar de quartier tenu par une gérante d’un cinquantaine d’années, Yuko dite Mama et Ken-Chan le barman. Comme son nom l’indique, il est le lieu où se rencontrent des hommes parfois infidèles et des prostituées. Après plusieurs verres, certains se retrouvent à l’étage pour des relations cachées derrière les portes closes.

Si le barman a des vues sur la jeune serveuse, leur relation ne prend pas la direction de l’amour. En effet, elle est perturbée par le Professeur Kuroï, un conseilleur occulte proche des cercles du pouvoir et de la mafia. Elle doit se dévouer pour sauver le club de la faillite : en échange d’une somme important d’argent (10 millions de yens de l’époque), elle doit lui tenir compagnie.

Dans le même temps, Mama est invitée dans Trois heures à midi,  une émission télévisée pour témoigner sur le divorce…

UN MANGAKA QUI SUBLIME LES FEMMES

Né en 1940 à Yokosuka au Japon, Kazuo Kamimura est employé par une agence de communication en 1964 après un diplôme universitaire artistique. Trois ans plus tard, il travaille sur son premier manga Kawaiko sayurichan no daraku après avoir croisé la route de son auteur Yu Aku. Le seinsei décédera à l’âge de 45 ans seulement en 1986. Parmi ses œuvres majeures, notons : Lorsque nous vivions ensemble, Fleuve Shinano (avec Hideo Okazaki) ou Lady Snowblood (avec Kazuo Koike).

Le point commun à tous ces magnifiques mangas : la femme. Comme le souligne Stéphane Beaujean dans la préface de ce deuxième volume : « Il place la femme au centre de son écriture et se consacre uniquement à l’exploitation des thèmes absents de la bande dessinée. »

DES DRAMES HUMAINS AU CŒUR DE SON ŒUVRE

Kazuo Kamimura refuse fortement de mettre en scène des histoires avec des armes à feu préférant des thèmes plus en phase avec la société des années 60. Il raconte ainsi des histoires aux thèmes jusqu’alors non-abordés : les drames, les relations humaines, la jeunesse dans les campagnes japonaises d’après-guerre, le concubinage ou encore le Tokyo en tant que ville que étouffe ses habitants. Enfin, pour ce diptyque, il dresse le portrait de ses femmes qui « consolent des hommes dans les bars », des lieux qu’il a souvent fréquenté notamment quand sa mère pris en gérance un club alors qu’il n’a que 12 ans et que son père vient de décéder. Cet endroit, plus respectable que Le club des divorcés, était voisin d’un club de strip-tease.

UNE ŒUVRE PARSEMÉE DE FLEURS

Si les thématiques du manga peuvent être parfois sombres et tristes, il les met en lumière par un trait sensuel et sensible comme pour trancher avec le scénario. Pour lui : « Plus l’image est vide, plus elle est belle » et c’est ce qu’il maîtrise à la parfection grâce à un dessin simple et un composition de cases extrêmement forte. Pour certains décors, il use et abuse admirablement de la représentation de fleurs et d’arbres.

Article posté le vendredi 22 janvier 2016 par Damien Canteau

Le club des divorcées - T2 - © 2013 by KAZUO KAMIMURA
  • Le club des divorcés, volume 2/2
  • Auteur : Kazuo Kamimura
  • Editeur : Kana, collection Sensei
  • Prix : 18€
  • Sortie : 22 janvier 2016

Résumé de l’éditeur : Mama cherche désespérément à faire survivre le Club qui va de plus en plus mal et menace de fermer. Dans une oeuvre toujours tout en finesse de la part de Kazuo Kamimura, nous continuons de suivre cette mère dans son combat quotidien pour vivre avec dignité et offrir un avenir paisible à sa fille Asako.

Résumé de la série

L’auteur Kazuo Kamimura s’attaque à un tabou toujours vivace de la société japonaise : le divorce. Le « Club des Divorcés » est un petit bar à Ginza géré par Yukô, jeune femme de 25 ans, divorcée. Elle devient la « mama » du bar après son divorce afin de subvenir aux besoins de sa petite fille de trois ans. Dans cette série en deux tomes, on découvre le quotidien difficile d’une hôtesse, patronne et femme divorcée dans le Japon des années 70.

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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