Les États-Unis n’auraient pas de famille royale ? C’est tout comme avec la famille Kennedy qui en un siècle a réussi a se hisser jusqu’aux plus hautes marches du pouvoir. Comment cette famille catholique a-t-elle fait pour réaliser une telle ascension sociale ? Mais surtout à quel(s) prix ? C’est à ces questions que l’album Kennedy(s) scénarisé par Philippe Pelaez et dessiné par Bernard Katthou, publié chez Glénat, se propose de répondre en noir et blanc. Et surtout en 528 pages !

Un ouvrage volumineux
En effet, 528, c’est donc le nombre de pages que compte Kennedy(s) l’album écrit par Philippe Pelaez et dessiné par Bernard Katthou. Autant vous dire qu’avec ses plus de deux kilos, vous ne lirez pas ce titre à bout de bras. Mais c’est un ouvrage qu’il faut appréhender à tête reposée étant donné le foisonnement d’informations dont il regorge.

Et pour mettre en appétit le lecteur, Philippe Pelaez a choisi de mettre en avant un côté sombre de la famille Kennedy en relatant un fait resté longtemps méconnu. Celui de la lobotomie et de la mise à l’écart de Rosemary, sœur du Président J.F. Kennedy. Parce qu’en raison de son attitude « colérique », elle pouvait nuire aux intérêts et à l’image parfaite donnée par la famille. En effet, Joe Kennedy avait décidé de tout mettre en œuvre pour que son fils aîné Joe junior devienne le premier Président catholique des États-Unis.

1ère partie : L’ascension sociale fulgurante d’une famille d’émigrants irlandais
Plongeons donc dans l’histoire américaine, mais surtout dans une histoire familiale, celle des Kennedy puisqu’ils sont liés à jamais à celle de leur nouveau pays. C’est dans les années 1850 que débarque à Boston Patrick Joseph Kennedy (1823-1858). Il a quitté son Irlande natale pour fuir la pauvreté, mais aussi pour assouvir un besoin de d’aventure. En cela, il n’est pas le seul, puisqu’un million d’Irlandais prendront le chemin de l’exil entre 1850 et 1860. Nombre d’entre eux s’établiront dans la capitale du Massachusetts. Lui sera docker puis tonnelier sur le port de Boston.

P.J. Kennedy (1858-1929) son fils et Joe Kennedy (1888-1969) son petit-fils, le père du futur président John Fitzgerald Kennedy, vont eux faire fortune. Elle passera par l’ouverture d’un bar, puis par l’importation de whisky et surtout par l’élection à la Chambre des Représentants du Massachusetts et au Sénat de P.J. Ce dernier va également fonder une banque.
Joe, quant à lui, épousera Rose, la fille du maire de Boston. il devient ainsi l’homme le plus puissant de la ville. Rose et Joe auront neuf enfants dont les plus connus sont John Fitzgerald (1917-1936) le futur président, Bobby (1925- 1968) procureur général de États-Unis et Ted (1932-2009) sénateur. Joe mettra en place une éducation quasi-militaire pour ses enfants, afin que tous réussissent. Ou fassent de bons mariages en ce qui concerne ses filles du clan.

2ème partie : Joe Kennedy, un père prêt à tout
Mais l’espoir placé en Joe junior (1915-1944) sera réduit à néant en raison de sa disparition lors de l’explosion de son avion au-dessus de l’Angleterre pendant la Seconde Guerre mondiale. Le projet de Joe Kennedy, qui s’était lui lancé dans l’industrie du cinéma à Hollywood, de voir son fils aîné devenir le premier président catholique des États-Unis, sera donc reporté sur les épaules de son deuxième fils, John Fitzgerald. L’ancien ambassadeur à Londres en 1938 va utiliser sa fortune pour faire élire son deuxième fils au Congrès américain. Et cela malgré la mauvaise condition physique de J.F. Kennedy qui souffrait de maux de dos récurrents et de la maladie d’Addison.

Devenu sénateur démocrate en 1958, JFK se déclare candidat à l’élection présidentielle en 1960 avec Lyndon B. Johnson comme colistier. Élu grâce à sa modernité et à la présence de sa femme Jacqueline Bouvier Kennedy à ses côtés, ils vont renouveler l’image de la Maison Blanche et de ses hôtes. Mais cette ascension sera stoppée nette le 22 novembre 1963 avec l’assassinat à Dallas de J.F.K. sous les yeux de sa femme Jackie.
Une onde de choc pour les États-Unis mais également pour cette famille qui sera dorénavant abonnée aux tragédies. Comme celle de l’assassinat de Bobby Kennedy en 1968. Ou encore l’accident de Chappaquiddick dans lequel Ted Kennedy fut impliqué en 1969 avec la mort de sa passagère. Et enfin, la mort de John John Kennedy (le fils du président) avec sa femme Carolyn Bessette-Kennedy et sa belle-sœur dans un accident d’avion dont il était aux commandes.

3ème partie : L’enquête de la commission Warren
John Fitzgerald Kennedy déclaré mort à Dallas, c’est Lyndon B. Johnson, son vice-président, qui va prêter serment dans l’avion qui ramène la dépouille du président assassiné à Washington. Cela se fera sous les yeux de Jacqueline Kennedy toujours vêtue de son tailleur rose maculé du sang de son mari. Très rapidement, une commission est mise en place pour enquêter sur les circonstances de l’assassinat du président Kennedy par Lee Harvey Oswald. Ce dernier sera assassiné le 24 novembre 1963 par Jack Ruby à sa sortie du tribunal.

Il faudra un an de recherches à la commission Warren pour mettre son rapport de près de 900 pages. Rendu public le 27 septembre 1964, le rapport annonce que Lee Harvey Oswald a agi seul. Soumis à de nombreuses controverses comme nous le montre cet album, il est bien difficile, aujourd’hui encore, de connaître la vérité sur l’assassinat de J.F. Kennedy. Et ceux malgré certaines déclassifications du dossier.

Kennedy(s), un album sobre avec une importante documentation.
Pour illustrer le scénario très dense de Philippe Pelaez, quoi de mieux que ce choix judicieux de la sobriété avec un dessin en noir et blanc. Comme pour donner encore plus de réalisme à l’incroyable galerie de personnages du récit. Ainsi qu’à des faits datant du 19e et du 20e siècle, quand ils étaient racontés par les journaux ou visionnés à télévision encore en noir et blanc. Bernard Khattou réussit parfaitement à nous plonger visuellement dans cette époque et dans ces plus de 100 années pendant lesquelles la famille Kennedy aura connu une irrésistible et irrépressible ascension économique, sociale et politique. Mais surtout des fins dramatiques pour ses principaux membres.

Il ne fallait donc pas moins de ces 500 pages à cet album des plus intéressants pour mettre dans la lumière cette étonnante famille et son histoire calquée sur celle de son pays. Un dossier documentaire, un who’s who (indispensable étant donné le nombre d’acteurs dans ce récit historique) et une bibliographie des plus complètes figurent à la fin de l’ouvrage.

C’est en le refermant qu’on comprend mieux pourquoi il aura fallu cinq années de travail aux auteurs pour achever cet album historique édité chez Glénat, dans sa collection 1000 Feuilles.
- Kennedy(s)
- Scénariste : Philippe Pelaez
- Dessinateur : Bernard Khattou
- Éditeur : Glénat, collection 1000 Feuilles
- Parution : 15 octobre 2025
- Pagination : 528 pages
- Prix : 38,00€
- ISBN : 9782344052778
Résumé de l’album : Par-delà le mythe, l’histoire du clan Kennedy Le 22 novembre 1963, l’assassinat du président John Fitzgerald Kennedy endeuille l’Amérique et fige à jamais le sourire charismatique de son leader dans la mémoire collective. Le mythe est né et, avec lui, toutes les théories complotistes. Car malgré les nombreuses enquêtes et les documents déclassifiés, il est toujours impossible de savoir ce qu’il s’est réellement passé à Dallas ce jour-là. Pour comprendre ce qui a conduit à cette tragédie, il faut peut-être remonter aux sources du clan Kennedy, saisir ses zones d’ombre et son influence majeure sur l’Histoire des États-Unis. Il faut comprendre l’ambition démesurée du père, l’image du héros de guerre dont jouit le jeune JFK et les drames intimes. Car comment apprivoiser l’homme politique sans appréhender les origines familiales ? La « légende des Kennedy » débute dans les fermes irlandaises et se poursuit dans les quartiers malfamés de Boston. Il y a tout d’abord l’ascension du grand-père Patrick Kennedy ; celle, irrésistible et néanmoins trouble, du père, Joseph ; puis les ambitions politiques que ce dernier a reportées sur ses fils, et notamment son aîné Joe Jr., disparu trop tôt en mission en 1944, avant de se consacrer à la carrière de John. Et que dire des femmes de la famille, des sœurs et des épouses ? Comment embrasser la vie de Kathleen et sa mort accidentelle, comment accepter le destin brisé de Rosemary Kennedy, sans parler des frasques conjugales des hommes du clan ? Les Kennedy restent une dynastie controversée qui détonne dans le paysage politique américain et n’a cessé de faire couler de l’encre avec plus de 40 000 livres dédiés à John F. Kennedy depuis sa disparition. Sans prétendre donner la clé d’une énigme, Philippe Pelaez et Bernard Khattou nous livrent un magnifique roman graphique en noir & blanc, basé sur une documentation exceptionnelle de plus de 500 pages qui remonte aux sources d’un traumatisme national et s’attache à expliquer « le pourquoi plutôt que le comment » pour une plongée sans précédent dans les affres de l’Histoire.
À propos de l'auteur de cet article
Claire Karius
Passionnée d'Histoire, j'affectionne tout particulièrement les albums qui abordent cette thématique. Mais pas seulement ! Je partage ma passion de la bande dessinée dans l'émission Bulles Zégomm sur Radio Tou'Caen et sur ma page Instagram @fillefan2bd.
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