L’espion qui croyait

Dietrich Bonhoeffer voulait s’interposer contre le machiavélisme et la soif d’extermination d’Hitler. Ce pasteur pacifique eut l’idée d’un attentat contre le Führer alors au pouvoir. John Hendrix raconte son parcours au sein de l’église confessante, entre une foi inébranlable et son désir de liberté dans L’espion qui croyait, l’histoire vraie du complot pour tuer Hitler.

Enfance dans une famille croyante

Né en 1906 à Breslau (Wroclaw) en Pologne, Dietrich est le sixième des huit enfants de Karl et Paula. Le jumeau de Sabine est élevé dans une famille croyante et stricte. Son père est psychiatre-neurologue et sa mère est petite-fille d’un théologien protestant. C’est la mère qui éduque ses enfants en étant mère au foyer dans une tradition chrétienne que leur père n’a pas vraiment.

La famille Bonhoeffer s’installe à Berlin en 1912. Le cadet meurt au front en 1918 et tout au long de sa jeunesse, Dietrich se pose des questions sur la foi et l’Eternité. A 14 ans, il se déclare théologien et quatre ans plus tard,  il débute des études dans cette discipline.

Une foi ébranlée par la montée du nazisme

Proche des gens de toutes les confessions et même les athées, il prend toujours le soin d’écouter les autres. L’entre deux guerres va faire vaciller sa foi. La montée en puissance d’Adolf Hitler et de sa doctrine lui font peur.

En 1929, il part un an à Harlem aux Etats-Unis. C’est là qu’il prend conscience du racisme, du rejet des hommes et femmes différents à l’aune de la Grande Dépression. Les premiers touchés sont les Afro-américains. Il réfléchit aussi sur la paix.

Les débuts de l’Eglise confessante et de la résistance

Les années 1920 vont aussi de pair avec la main-mise du futur Führer sur l’église luthérienne allemande. Pour contrer l’influence de ce culte à la gloire du Nazisme, Dietrich rejoint l’Eglise confessante, pacifique et ouverte sur le monde.

Les années 1930-1933, il le consacre à son travail de pasteur autour de la non-violence et des libertés individuelles. Ce sont ses premiers actes de résistance à Hitler. Il tente d’alerter autour de lui, des croyants ou non.  A l’arrivée au pouvoir du fou sanguinaire, il n’a qu’une chose en tête : l’éliminer avant qu’il ne soit trop tard…

L’espion qui croyait : un récit solidement documenté

L’espion qui croyait est avant tout un formidable album sur la résistance et plus particulièrement la résistance allemande que l’on méconnait ! Très solidement documenté comme le montre la bibliographie en postface, le récit de John Hendrix surprend par la narration (proche du roman historique) et du graphisme.

S’il n’a pas voulu réaliser une bande dessinée biographique académique et universitaire, L’espion qui croyait est avant tout une œuvre d’art, comme le souligne l’auteur américain. Les sources historiques sont nombreuses mais pour accrocher les lecteurs, il a fait des impasses sur certains événements de la vie de Dietrich Bonhoeffer. Ainsi, il va au gré des grands moments de son existence. Quant aux dialogues, certains sont de vraies paroles du pasteur et auquel cas marquées d’une astérisque.

Comment garder la foi ?

Ce qui frappe dans L’espion qui croyait c’est le rapport vraiment particulier de Dietrich pour sa foi protestante. Le théologien prend au pied de la lettre les écrits religieux pour développer sa résistance. En effet, l’amour du prochain, des croyants ou non est son seul chemin. Les libertés individuelles qui se restreignent en Allemagne sous Hitler est aussi son seul combat. La folie meurtrière, le racisme et l’antisémitisme de la doctrine nazie sont les choses qui le révulsent au plus haut point.

« L’ultime question que tout homme responsable doit se poser n’est pas comment se tirer héroïquement d’affaire, mais comment la génération suivante pourra continuer de vivre. » (Dietrich Bonhoeffer)

C’est ainsi qu’il rejoint l’Eglise confessante (aux alentours de 7000 prêtres), loin de celle classique protestante qui s’accoquine avec le régime hitlérien. Le Führer use et abuse de ses relations avec le protestantisme en Allemagne pour asseoir le IIIe Reich. Comment garder la foi face à de telles atrocités ? Voilà aussi le cœur de l’album.

Pour comprendre sa lutte à perte – ce n’est pas dévoiler la fin de l’album que d’annoncer la mort de Dietrich en camp de concentration – il faut en passer par sa relation avec sa foi dans les grandes largeurs. C’est, ce que l’on peut admettre, qui pourrait rebuter dans l’album. Les tirades sont longues autour de ces thématiques.

Objet narratif et graphique singulier

L’espion qui croyait repose sur des partis-pris artistiques audacieux. Proche du roman illustré, l’album de John Hendrix peut surprendre le lectorat classique de bande dessinée, mais peut en revanche conquérir d’autres lecteurs. Récit biographique et historique, il repose sur de très longs textes informatifs sur les planches.

Le très beau dessin est en trichromie (noir, vert, rouge) entre un trait marqué, des transparences ou des grattages. Les textes parcourent ces illustrations parfois en pleine page. Pour renforcer l’effarement et la dureté du régime, John Hendrix utilise l’allégorie. A l’image de François-Edmond Calvo dans La bête est morte, il représente Hitler et le nazisme sous les formes d’un loup. Normal au vue de l’ultime tentative vaine pour tuer Hitler dans la Tanière du loup ( Wolfsschanze). Les tentacules d’une pieuvre représentant vraiment la main-mise du régime sur toute la société.

L’espion qui croyait : très bel hommage à la résistance allemande sous le IIIe Reich. Une foi inébranlable pour lutter contre le Führer !

Article posté le lundi 22 avril 2019 par Damien Canteau

L'espion qui croyait l'histoire vraie du complot pour tuer Hitler de John Hendrix (Steinkis)
  • L’espion qui croyait
  • Auteur : John Hendrix
  • Éditeur : Steinkis
  • Prix : 18€
  • Parution : 13 mars 2019
  • ISBN : 9782368462775

Résumé de l’éditeur : La vie de Dietrich Bonhoeffer, pasteur et théologien, qui fut l’un des premiers en Europe à dénoncer le nazisme. Convaincu de la nécessité de stopper Hitler, il organisa un complot pour l’éliminer.

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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