L’été fantôme

Comme chaque année, Louison passe quelques jours de ses vacances d’été chez sa grand-mère au bord de la mer. Elle fait alors la connaissance de Lise, le fantôme de sa grand-tante. A travers L’été fantôme, un très beau roman graphique, Elizabeth Holleville met en scène leur relation mais aussi celle de Louison avec sa sœur et ses cousines. Un petit bijou fantastique !

Chez mamie

Louison et Lydie sa sœur arrivent dans le très belle propriété de leur grand-mère chez laquelle elles vont rester quelques jours. Des vacances d’été au bord de la mer comme la jeune pré-adolescente aime ! La vieille femme est débordante d’amour même si elle commence à perdre la mémoire. Son compagnon de vie c’est Rodin, un vieux chien qui ne fera de mal à personne.

Comme tous les ans, leurs parents repartent vite et le lendemain arrivent leurs deux cousines. Si les autres années les quatre filles avaient des jeux en commun, les trois plus âgées ont maintenant des préoccupations très loin de celle de Louison : les garçons, l’épilation de leurs jambes ou la plage pour bronzer. La plus petite, elle, s’amuse toujours autant mais seule, l’adolescence, elle ne compte pas y arriver tout de suite : récupérer les pignons de pin, faire des châteaux de sable ou jouer avec son Troll, c’est ça des vacances !

Lise, la confidente

Depuis qu’elle est arrivée, Louison est intriguée par la vieille photo de deux petites filles accrochée sur le mur du couloir. Elle demande alors à sa grand-mère qui sont ces deux fillettes. C’est elle et sa grande sœur, Lise. Sans trop vouloir en dire, Louison apprend que sa grand-tante est morte à peu près au moment du cliché. Comment ? Pour l’instant cela reste un mystère.

Quelques jours plus tard dans la salle de bain, l’adolescente est surprise par la jeune fille de la photo ! Le premier contact est délicat et rapide. Le lendemain, Lise invite Louison à jouer au badminton. C’est le début d’une étrange relation, la fantôme devenant la confidente de la vivante…

L’été fantôme : superbe récit sur le passage à l’âge adulte

Petit bijou doux-amer, L’été fantôme est un récit initiatique sur le passage entre l’adolescence et l’âge adulte. Cette très belle bande dessinée imaginée par Elizabeth Holleville s’adresse aux enfants à partir de 10 ans mais aussi aux adultes. En effet, cette histoire fonctionne à merveille sur eux par son côté un peu rétro et nostalgique (la première cigarette fumée en cachette, les premiers baisers…).

Née en 1988, l’autrice a suivi des études en illustration à l’Ecole Estienne puis en bande dessinée à l’EESI d’Angoulême. Nous avions été attiré par son excellent travail dans le journal Biscoto : Des vacances très spatiales et nous sommes sous le charme de L’été fantôme, une histoire de genre très riches au niveau des thématiques.

Louison, la plus jeune des quatre, ne veut pas vraiment quitter le monde de l’enfance, contrairement à sa sœur et ses cousines. Elle préfère jouer que de regarder les beaux garçons sur la plage. Cet univers protecteur est incarné par Lise, la fantôme restée elle aussi dans l’enfance à sa mort. Cette alliée et confidente est à l’opposé des préoccupations des adolescentes, une bonne nouvelle pour elle.

A l’image des récits de Max de RadiguèsThéo Calmejane ou Riad Sattouf, Elizabeth Holleville imagine une très belle histoire sur cette période délicate qu’est l’adolescence.

Récit à la lisière du fantastique

En abordant et en discutant avec Lise, Louison frôle ainsi le fantastique. Est-ce une vision fantasmagorique de cet être sans vie dans l’imagination de la pré-ado ?  Sans être une BD de filles comme Elizabeth Holleville le confie, il s’agit « bien d’un récit de fantôme et d’amitié avant tout ». Les apparitions du spectre, mais aussi de la cabane dans l’arbre sont bien des éléments surnaturels de cette bande dessinée. En entrant dans son monde, le temps n’a plus de prise sur la petite fille vivante.

L’été fantôme est aussi un excellent récit sur le temps qui passe mais aussi la mort ou comment l’accepter. La grand-mère ne peut pas parler de celle de sa grande sœur, cette plaie est encore béante dans sa vie. Pourtant il y a les photos et elle continue d’habiter les lieux du drame comme si pour elle c’était une façon de continuer à vivre à ses côtés. Ajouter à cela, la mémoire qui quitte petit à petit cette vieille femme, qui ne sait plus par exemple si elle a nourri ce pauvre Rodin.

Un superbe dessin

Alors qu’elle fait référence à Summer of love de Debbie Dreschler,  Château de sable de Frederik Peeters ou les récits de Gilbert Hernandez pour les bandes dessinées, Elizabeth Holleville a aussi lorgné du côté des films comme les Contes de la crypte ou Le scaphandre et le papillon pour réaliser L’été fantôme.

Ses planches pastel très colorées sont superbes grâce à un beau trait épais qui pourrait se rapprocher de celui de Oriane Lassus (Le meilleurisime repaire de la terre), les deux autrices participant régulièrement à Biscoto. Elle a pris un grand soin pour le découpage à la manière d’un film (quelques très belles séquences sans texte) et les cadrages singuliers qui impriment une ambiance douce-amère au récit. Les décors du jardin ou le sable sur la plage sont magnifiques, multipliant les détails.

L’été fantôme : un petit bijou graphique et narratif sur l’adolescence, la mort et le temps qui passe.

Article posté le jeudi 12 juillet 2018 par Damien Canteau

L'été fantôme de Elizabeth Holleville (Glénat)
  • L’été fantôme
  • Autrice : Elizabeth Holleville
  • Editeur : Glénat, collection 1000 feuilles
  • Parution : 25 avril 2018
  • Prix : 25€
  • ISBN : 9782344019122

Résumé de l’éditeur : Ma meilleure amie est un fantôme. Louison et sa grande soeur viennent passer les vacances d’été chez leur grand-mère. Mais malgré l’immense jardin de la maison et le soleil éclatant du sud, la cadette s’ennuie, attendant avec impatience l’arrivée de ses grandes cousines. Lorsqu’elles arrivent enfin, Louison s’aperçoit que ces dernières ont désormais des préoccupations adolescentes et mieux à faire que jouer avec elle. Délaissée, elle reprend ses déambulations solitaires jusqu’au jour où elle fait la rencontre de Lise. Une jeune fille qui n’est autre que le fantôme de sa grand-tante, morte il y a soixante ans dans des circonstances mystérieuses. Restée figée dans cette période de l’enfance que Louison n’est pas pressée de quitter, Lise devient rapidement une confidente. Une amie aux mystérieux pouvoirs… D’une originalité profonde, ce roman graphique baigné par les douces nuits des vacances d’été est autant un récit sur l’enfance qu’un conte contemporain où le surnaturel forme le prisme du passage à l’âge adulte. L’oeuvre maîtrisée d’une jeune autrice à suivre de près.

 

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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