L’île aux femmes

En 1915, Céleste Bompard, as du pilotage, s’échoue sur une île gouvernée par des femmes, honnissant les hommes. Cette fable fantaisiste est mise en scène par Zanzim dans le bel album L’île aux femmes, édité par Glénat.

 UNE SOCIÉTÉ INVERSÉE

Le récit de Zanzim est une très belle fable fantaisiste et rafraîchissante. L’auteur de Ma vie posthume (avec Hubert, Glénat) met en scène Céleste, comme une sorte de Robinson Crusoë ou Tom Hanks dans Seul au monde. Mais le premier paradoxe de ce coureur de jupons est de se retrouver dans une société inversée. En effet, au début du 20e siècle (comme cela peut être encore le cas parfois actuellement), le pouvoir politique et professionnel est détenu exclusivement par les hommes. Mais pour son histoire, cette fois-ci, ce sont les femmes qui ont tous les pouvoirs sur ce coin de paradis. Comme chez les Amazones de la mythologie grecque, les hommes ne servent uniquement qu’à la reproduction. Une drôle de gageur pour Céleste et ses multiples conquêtes qui ne lui servent qu’à son plaisir. Dans cette société matriarcale, la misandrie est donc le moteur du village. Cet ouvrage est donc aussi un manifeste contre les préjugés sexistes qui perdurent encore de nos jours.

 DE TRÈS BEAUX CLINS D’OEIL

Les hommages sont nombreux dans cet album, en plus de Dafoe, Zanzim fait un clin d’œil à Tintin : le bûcher où se trouve Céleste ressemble à celui du Temple du Soleil et la vieille femme qui crie à sa mort ressemble au prédicateur fou de l’Etoile mystérieuse. De plus, l’auteur fait aussi l’éloge de la poésie et aux pouvoirs de la littérature à travers les lettres écrites par les femmes à leurs maris partis au front.

 UN HUMOUR SUBTIL

L’humour n’est pas absent de L’île aux femmes, notamment le fait que Céleste soit seul, entouré exclusivement de femmes, mais aussi par la rivalité entre le pilote et le vieil homme unijambiste, seul homme reproducteur du village.
Le dessin faussement naïf de Zanzim est d’un grande clarté et très vif. Le corps élancé et le gros nez de Céleste s’oppose malicieusement aux corps dénudés et voluptueux des femmes.

Article posté le dimanche 12 avril 2015 par Damien Canteau

  • L’île aux femmes
  • Auteur : Zanzim
  • Editeur: Glénat, collection 1000 feuilles
  • Prix: 19.50€
  • Sortie: 14 janvier 2015

Résumé de l’éditeur : Céleste Bompard est un « Coq en l’air », un as de la voltige. Ses prouesses lui valent un large succès auprès de la gent féminine. Il aligne les conquêtes. Engagé alors que la Grande Guerre éclate, il est chargé de transporter les lettres que les soldats du front écrivent à leurs femmes. Mais lors d’une mission, Céleste est victime d’un tir ennemi et son biplan se crashe sur une île mystérieuse. Obligé de survivre dans cet endroit visiblement désert, il trompe son ennui en lisant les lettres que les poilus destinent à leurs femmes. Un jour, en parcourant les lieux, il découvre un jardin d’Éden entièrement peuplé de femmes ! De véritables amazones, aussi belles que redoutables, qui ne tardent pas à le capturer pour remplacer leur  » reproducteur  » actuel. Alors qu’il avait l’habitude de mener la danse avec les femmes, voilà que Céleste est devenu leur esclave !

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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