Nouvellement installé dans un village de campagne écossais, le professeur Lyndon Meriwether est bouleversé par la disparition d’un de ses élèves mais surtout par son grand frère. Irene Marchesini et Carlotta Dicataldo imaginent Lyndon, un très joli polar teinté de boy’s love édité par Le Lombard.

Lettres à Thomas
XIXe siècle. Lyndon Meriwether est installé depuis moins d’un an dans un village sur une île écossaise. Tout droit arrivé de Londres, il est professeur dans l’école. Son allure mystérieuse, sa silhouette gothique et son teint blafard peuvent surprendre au premier abord. Pourtant, ses élèves l’apprécient beaucoup. C’est un très bon enseignant. Lui donne des cours aux garçons, tandis que Martha, sa collègue, donne des cours aux filles.
S’il semble épanoui en classe, ce n’est pas vraiment le cas chez lui. Ce célibataire assez jeune cauchemarde chaque nuit. Il se revoit plus petit croisant une étrange créature noire. Alors, il prend son temps pour écrire fréquemment à Thomas. Qui est ce mystérieux Thomas ?

Bouleversé par un bouleversant jeune homme
Parmi les élèves de Lyndon, il y a Gavin Mckay. C’est un gentil garçon mais il a une fâcheuse tendance à utiliser un vocabulaire inadapté. Alors sur les conseils de Martha, l’enseignant décide d’en parler à son grand frère, Elliot. Un beau jeune homme blond. Lyndon est déstabilisé en le voyant pour la première fois.
Tous les jours, c’est cet homme costaud qui passe chercher Gavin. Sauf en cette fin d’après-midi. Alors, Lyndon décide de raccompagner son élève chez lui. Pour le remercier, ses parents l’invitent à manger. C’est un moment exquis pour le professeur : se retrouver en face d’Elliot.

Gavin a disparu !
Le lendemain, Lyndon est étonné : Gavin n’est pas en classe. Puis débarque Elliot à l’école. Il est paniqué : son frère a disparu ! Personne n’a de nouvelles de lui.
Et si l’enfant avait été enlevé par Mrs Winifred, la “folle” du village. Pire, si c’était le Kelpie, ce cheval ondin qui entraîne les humains vers les profondeurs marines…

Lyndon et son très bel univers graphique
Loin de l’univers médiéval de leur excellent précédent album, Rebis, Irene Marchesini et Carlotta Dicataldo nous transportent dans un univers bien différent. L’intrigue se déroule sur une île écossaise au XIXe siècle. Tout de suite, l’atmosphère, entre mystère et romance, est merveilleusement distillée par l’entremise du dessin de Carlotta Dicataldo.
Les étendues de nature, les falaises à pic, la mer démontée, les rues de Londres, la belle demeure des Meriwether ou les maisons campagnardes insulaires, tout est vraiment réussi dans la partie graphique de l’enseignante à l’École romaine de bande dessinée. Le tout est souligné par une palette graphique lumineuse pour les personnages mais très sombre pour les scènes de nuit ou celles nécessitant du suspense.
Sans oublier, les personnages, qui lorgnent parfois vers le manga seinen. Les corps sont élancés, sauf celui d’Elliot et les yeux très expressifs.

Polar et boy’s love, un mélange qui fonctionne
Lyndon fonctionne également très bien par le scénario d’Irene Marchesini. Les personnages principaux apportent leur lot de mystère, bien aidé par une ambiance victorienne loin des grandes villes, qui fonctionne également. Un peu dans la veine des Hauts de Hurlevent d’Emily Brontë, avec ses landes et ses falaises balayées par le vent.
Lyndon s’est éloigné de Londres pour fuir les démons de son passé. Pas très résistant physiquement, il semble être un très bon professeur. Il a une silhouette gothique assumée par les autrices. Il est l’exact opposé d’Elliot McKay. Paysan qui n’a pas trop suivi l’école, il aide son père infirme à la ferme. Il est néanmoins très protecteur (avec son petit frère mais aussi avec Lyndon). Ce contraste est un des codes des boy’s love (manga romance entre hommes). D’ailleurs, si ce qualificatif est utilisé en manga ou en roman, c’est bien la première fois qu’on le voit utilisé pour parler d’une bande dessinée franco-belge. Ce rapprochement entre les deux hommes est à la fois touchant et drôle.

Pour pimenter cette idylle naissante, quoi de mieux que d’y glisser une disparition. Celle du petit Gavin. Un suspense qui renforce un sentiment de fin quasi inéluctable.
Lyndon : un boy’s love polar gothique et victorien dépaysant, porté par un très beau dessin.
- Lyndon – Comme la mer sous la lune
- Scénariste : Irene Marchesini
- Dessinatrice : Carlotta Dicataldo
- Éditeur : Le Lombard
- Prix : 24,95€
- Parution : 27 mars 2026
- Nombre de pages : 208 pages
- ISBN : 9782808215565
Résumé de l’éditeur : Le nouveau roman graphique coup de coeur des autrices de Rebis. Écosse. Fin du XIXe siècle. Lyndon est un jeune enseignant souffrant de graves troubles anxieux. Afin d’apaiser ses tourments, il décide de fuir l’agitation londonienne pour partir enseigner dans une petite école sur une île au large des côtes écossaises. Mais lorsqu’un de ses élèves disparaît, le passé de Lyndon ressurgit. Dans une lande brumeuse où les croyances et les esprits semblent encore bien vivants, les villageois préfèrent éviter de s’intéresser de trop près à cette disparition. Seuls Lyndon et le frère aîné du petit disparu décident de partir à la recherche de l’enfant. Au fur et à mesure de leur enquête, les deux hommes en apprendront davantage l’un sur l’autre, mais aussi peut-être sur eux-mêmes.
À propos de l'auteur de cet article
Damien Canteau
Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une trentaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée) et co-responsable du prix Jeunesse de cette structure. Il est le rédacteur en chef du site Comixtrip. Damien modère des rencontres avec des autrices et auteurs BD et donne des cours dans le Master BD et participe au projet Prism-BD.
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