Ma génération, celle d’une vie chinoise

Après Une vie chinoise, qui relatait son existence pendant la Révolution Culturelle, Li Kunwu revient avec Ma génération, celle d’une vie chinoise, une belle autobiographie aux éditions Kana.

MA GENERATION : GENERATION MAO

De nos jours, Li Kunwu reçoit un sms indiquant l’organisation d’un rassemblement d’anciens élèves de l’école de Xincu et plus particulièrement la promotion de 1968, celle de l’auteur japonais. Ce comité souhaite ainsi fêter les 50 ans de cette génération, qui a vécu les 3 grands moments de l’Histoire chinoise : L’âge d’or du début de la république populaire en 1950 à 1956, puis la période du chaos lors de la Révolution Culturelle de 1966 à 1976 et enfin l’ère de l’ouverture après la chute de la Bande des 4. Il commence alors à se remémorer ces années à l’école maternelle, celle de la Génération Mao.

L’ÉCOLE : UN LIEU D’EMBRIGADEMENT

Sud-Est de la Chine, dans la ville de Kunmin. Juste après les années de grands bouleversements, les hommes et les femmes sont occupés nuit et jour par la Campagne de la production d’acier et ainsi leurs enfants sont confiés à l’école maternelle tous les jours de la semaine sauf le dimanche. Ils sont par la force des choses obligés de dormir sur place. Le réveil est précis et les élèves vivent comme s’ils étaient dans une vaste colo. Tout est pensé pour eux, à leur place et ils n’ont plus qu’à réciter par cœur les grands dogmes de la pensée maoïste.

Ainsi, les êtres humains s’effacent devant l’intérêt général convenu par le Parti Communiste Chinois. Ils deviendront ainsi de vrais camarades, prêts à servir la Nation.

LEI FENG : LE BON FILS DU PEUPLE CHINOIS

Par les chants, les poèmes ou les leçons à la gloire du pays ou de Mao, Li et ses camarades perpétuent les préceptes de la Révolution Culturelle et le Socialisme, afin de devenir de « Bons enfants du président Mao ».

De plus, les petits chinois devront suivre l’exemple de Lei Feng, jeune ouvrier puis soldat, mort à 22 ans qui sera célébré en tant que héros de la Révolution et que la propagande maoïste érigera en héros, en raison de son altruisme. Ainsi tous les hauts dignitaires du régime, de Liu Shaoqi, président de la république, à Chen Yun, économiste du parti, en passant par Zhou Enlai, premier ministre ou Deng Xiaoping, secrétaire général du PCC, font l’éloge du jeune martyr. C’est le début de l’embrigadement des jeunes chinois…

LI KUNWU : ANCIEN SOLDAT-DESSINATEUR

Né en 1955, Li Kunwu est l’auteur idéal pour conter ces années de la Génération Mao. Fasciné par les ouvrages de propagande de l’époque, il développe très tôt une aptitude pour le dessin. Il débute sa carrière en illustrant des affiches à la gloire du Grand Timonier, puis s’engage dans l’armée en tant que soldat-dessinateur.

Par la suite, il travaille pour le Quotidien du Yunnan (Yunnan Ribao) en tant que dessinateur de presse. Ainsi reconnu, il peut publier des manhuas (manga chinois) qui sont édités par les magazines Huabao ou Humo Dashi où il glorifie le Parti, Mao ou le Peuple Chinois.

Au Salon du Livre de Pékin, il rencontre Philippe Ôtié qui lui écrit le scénario de Une vie chinoise (3 volumes chez Kana) qui le fera connaître en France, il y a plus de 10 ans. Le même éditeur publiera ensuite Les pieds bandés, La voie ferrée au-dessus des nuages, Cicatrice ou encore Empreintes.

Il explique ainsi dans la préface de Ma génération que « Tous ces individus réunis forment une génération, celle qui a forgé notre nation et certaines légendes de notre pays ».

AU CŒUR DE LA RÉVOLUTION

Le point fort de Ma génération est le voile levé sur une période chinoise méconnue des Français. En effet à l’époque (comme aujourd’hui), le régime politique encadre strictement sa communication, fait taire les opposants et il est difficile de comprendre la Chine. Ainsi ce manhua participe à la connaissance de ces moments de bouleversements du pays. Sans filtre, Li Kunwu nous brosse le portrait d’une génération embrigadée, du processus qui se met en place petit à petit à l’école. Cet ouvrage possède donc un intérêt historique important pour nous occidentaux. Si la bande dessinée peut divertir, elle peut aussi servir à enrichir nos connaissances et c’est en cela que les ouvrages de cet auteur chinois sont essentiels.

Article posté le mardi 01 mars 2016 par Damien Canteau

Couverture de Ma génération celle d'une vie chinoise de Li Kunwu (Kana)
  • Ma génération, celle d’une vie chinoise, tome 1
  • Auteur : Li Kunwu
  • Editeur : Kana, collection Made In
  • Prix : 15€
  • Parution : 22 février 2016

Résumé de l’éditeur : Ils ont connu le Grand Bond en avant, la Révolution Culturelle, l’enthousiasme et le désespoir.  Ils se souviennent tous de ce qu’ils faisaient le jour de la mort du Président Mao.  « Ils », c’est la génération d’Une vie chinoise.  A l’heure de la révolution internet, que sont devenus les femmes et les hommes de la révolution maoïste ?
Li Kunwu nous offre un témoignage sur cette génération qui a construit la Chine d’aujourd’hui.

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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