Mon Bataclan

Survivant. Fred Dewilde est un survivant. Survivant de l’attentat du 13 novembre 2015 au Bataclan. Ce graphiste raconte son calvaire pendant et après cet événement tragique dans le bouleversant et poignant Mon Bataclan chez Lemieux Editeur.

KISS THE DEVIL

13 novembre 2015. Fred, 50 ans, et ses amis vont voir le concert de Eagles of death metal. Pour bien se mettre dans l’ambiance, la bande de potes arrivent tôt et regardent la première partie assurée par White Miles.

Alors que le groupe américain de « garage » se produit, l’assaut des djihadistes est lancé. Le bruit, l’odeur de poudre et les morts se mélangent. Fred s’écroule, il n’est pas blessé.

« Je suis encore vivant… Un vivant chez les morts ! »

A ses côtés, se tient Elisa, jeune fille d’une vingtaine d’année, qu’il ne connait pas, blessée à la fesse. Ils vont alors se soutenir l’un l’autre et Fred va vraiment jouer son rôle de protecteur, celui d’un père pour sa fille. Au vu de son âge, ça pourrait vraiment être le cas.

Les heures passent lentement, puis les forces de police viennent les délivrer. Il perd de vue Elisa, cherche ses amis mais ne les voit pas et sort de ce lieu mortifère.

Les survivants sont regroupés dans une cour rue Oberkampf. Fred appelle sa femme restée à la maison pour la rassurer. Après avoir donné son identité à un officier, on lui laisse le choix d’aller à l’hôpital pour un suivi psychologique d’urgence ou de rentrer chez soi. Il choisit la seconde solution. C’est le début de l’enfer…

MON BATACLAN : SURVIVRE AUX MORTS

Graphiste spécialisé en illustration médicale, Fred Dewilde est un passionné de dessin et de rock. Pour Mon Bataclan, il revient sur cet événement tragique et l’après, finalement encore plus dur que le soir du 13 novembre. Il compose son ouvrage en deux partie : une partie dessinée et une partie écrite.

Pour les premières pages, il met en scène l’assaut de ces fous par le dessin. Des vignettes qui s’enchaînent brutes et fortes. Ces quinze planches en noir et blanc qui ne montrent pas tout, suggèrent l’horreur sont poignantes.

Ce passage au dessin, ce fut un long cheminement avant de pouvoir le concrétiser. Encourager par sa psychologue – elle souligne qu’il dit des choses en dessin qu’il n’arrive pas à verbaliser – il utilise le médium qu’il maîtrise le mieux. Depuis l’âge de 5 ans et sa première histoire d’un éléphanteau, il a toujours aimé dessiner. Plus tard, il découvre Cabu, Reiser, Loup et Serre et ensuite les œuvres de Moebius, Bilal, Schuiten, Andréas ou Hermann.

Comme il le confie dans la deuxième partie, tout dessiner était impossible pour lui. Il ajoute d’ailleurs : « Je ne me souviens pas de ce que j’ai vu quand j’ai jeté un coup d’œil circulaire dans la salle en sortant. Pourtant, j’ai bien regardé, je cherchais les copains. Où sont passées ces images ? Visiblement, le logiciel a crypté l’enregistrement parce que je n’y ai pas accès… »

Pour mettre en image les assassins, il décide de les représenter sous la forme de squelettes – Les cavaliers de l’Apocalypse – quatre cavaliers sans leurs chevaux qui amenaient la mort.

DES LIGNES BOULEVERSANTES

La seconde partie de Mon Bataclan, Fred Dewilde livre ses émotions, ses sentiments dans des petits chapitres aux lignes bouleversantes. Le lecteur, accroché par ses mots très forts, peut même faire émerger des phrases tellement elles résonnent à tous.

Il se confie sur son retour chez lui. Tout d’abord marchant comme un zombie dans les rues, son orientation étant altérée. Dans son cocon familial, il retrouve sa femme – qui va l’aider de tout son amour – sa mère, son père et son enfant. Il décrit avec une grande justesse les pas hésitants de ses proches, ne sachant pas comment lui parler, le réconforter. Le graphiste a deux grands fils et une petite fille de 3 ans et 1/2.

Son sentiment d’être vivant est quoi qu’il arrive le plus fort. Il va voir ses amis – Matt est à l’hôpital – et retrouve grâce aux réseaux sociaux Elisa, son ange-gardien, avec laquelle il crée une bulle autour d’eux.

« L’aider elle, c’était aider la fille d’un autre, ce que j’aurais aimé qu’un autre fasse pour mon fils, mes fils, ma fille. Si jamais je ne ressortais pas de là, j’aurais remplis mon rôle de père »

L’odeur reste accrochée à ses narines, le moindre bruit le fait sursauter – même les pleurs de sa propre fille – la peur qui est encore présente ou encore la culpabilité. Il raconte aussi ses difficultés à affronter la foule, à retourner travailler mais aussi son enfance en banlieue parisienne – un lieu difficile – mais aussi son frère décédé 20 ans plus tôt ou encore son rapport à Charlie, à l’Islam, les attentats de Bruxelles ou de Nice.

Fred Dewilde conclut Mon Bataclan par cette phrase : « Mon choix est fait. La vie est belle, je l’ai rencontrée, elle m’a souri, je l’ai suivie. »

Article posté le mardi 01 novembre 2016 par Damien Canteau

Mon Bataclan un récit fort de Fred Dewilde (Lemieux) décrypté par Comixtrip le site BD de référence
  • Mon Bataclan
  • Auteur : Fred Dewilde
  • Editeur : Lemieux
  • Prix : 15€
  • Parution : 21 octobre 2016

Résumé de l’éditeur : « Un témoignage bouleversant et digne, à travers une BD de 15 planches suivie d’un texte illustré. Un récit universel sur la condition de victime du terrorisme et de son pouvoir de reliance. Le livre sert de fil rouge au documentaire d’Antoine Leiris et Karine Dusfour qui sera diffusé le 13 novembre 2016 sur France 5 ». « Deux mains qui se tiennent du bout des doigts dans la pénombre. Baignant dans le sang des autres, Fred et celle qu’il prénomme Élisa. Nous sommes le 13 novembre 2015, dans la fosse du Bataclan. Ils étaient venus pour le concert des Eagles of Death Metal, mais l’ambiance bascule soudainement dans une tragédie historique. Deux heures durant, leur vie ne tient qu’à un fil et Fred s’emploie à réconforter sa jeune voisine blessée à la jambe. Pendant des mois, Fred a l’impression étouffante d’être encore prisonnier du Bataclan. Le récit de l’après-attentat témoigne de façon bouleversante, mais toujours digne, de sa vie en mille morceaux qu’il lui faut reconstituer comme un puzzle. »

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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