Murderabilia

Découvert en France par la publication de l’excellent Cendres, Alvaro Ortiz propose une étrange fable morbide dans Murderabilia, publiée par Rackham.

MALMO OU LA CRISE DE LA VINGTAINE

Quelque part en Amérique du Nord, de nos jours. Malmo Rodriguez, 23 ans, tout juste diplômé mais sans travail, vit chez sa mère; ses parents ont divorcé. Son grand rêve : devenir écrivain.

Un jour son père lui apprend une triste nouvelle : son oncle Antonio est mort d’une crise cardiaque. Alors qu’il remontait les escaliers de sa cave, l’homme solitaire fut pris d’un malaise. Le facteur étonné de son absence, le découvrir plusieurs après son décès. L’homme possédait deux chats; Malmo décide alors de les récupérer pour les revendre.

COLLECTION MORBIDE ET MOTEL MITEUX

Pour cela, le jeune homme se rend chez « Le collectionneur » qui le reçoit étrangement, armé d’un revolver. Prêt à mettre une forte somme pour les deux chats, il permet à Malmo de rester dormir chez lui. Il faut dire que le vieil homme, qui vit quasiment en ermite, possède une collection des plus morbide : les objets ayant servis dans des scènes de meurtre (appelés Murderabilia). Pas effrayé par ses révélations, il dort.

Le lendemain, il trouve un motel à la sortie du village. Avec son bar miteux, cet endroit semble être le seul lieu de sociabilisation aux alentours. Il tombe aussi amoureux de Marcy, la gestionnaire de l’hôtel et décide de rester pour l’aider dans ses taches quotidiennes.

L’ATTIRANCE POUR LA MORT

Comme dans Cendres, Alvaro Ortiz traite de la mort et de ses conséquences sur les vivants. Si dans son précédent ouvrage, l’auteur espagnol mettait en scène trois anciens amis dans road trip pour trouver l’endroit rêvé de leur ex-copain décédé (ils transportent même son urne funéraire avec eux); ici, c’est d’une mort hyper violente, de l’attirance pour elle dont il est question. Par les murderabilia du collectionneur, ainsi que par le décès d’Antonio et de la personnalité de Malmo que se nouent l’attrait pour le morbide.

Il est aussi questions de relations parentales, de l’envie de s’en affranchir, d’un ailleurs idéalisé, mais aussi des relations de couple, du passé que l’on met sous silence (tant que l’autre ne pose pas trop de questions, le couple fonctionne), du travail d’écrivain et de l’inspiration.

UNE BELLE PARTIE GRAPHIQUE

Si l’on préférera la lecture de Cendres, Murderabilia dégage un certain charme qui plaira aux amateurs de thriller. Le récit plutôt lent même dans les moments de grande tension ajoute au plaisir de la découverte.

Le décor d’une ville américain lambda permet à Alvaro Ortiz ce côté sale, mystérieux, très fin fond des USA et quasi consanguin.

Le trait du jeune auteur de 32 ans est minimaliste dans de toutes petites cases (le découpage est souvent en gaufrier) mais les personnages y occupent une place centrale. Si les décors sont simples, c’est pour mieux laisser la place aux émotions et expressions des héros.

Article posté le vendredi 15 mai 2015 par Damien Canteau

  • Murderabilia
  • Auteur : Alvaro Ortiz
  • Editeur : Gallimard, collection Fétiche
  • Prix : 21€
  • Parution : 15 mai 2015

Résumé de l’éditeur : Le jeune Malmö Rodríguez a vite abandonné ses études, habite avec des parents qu’il déteste, est sans emploi mais ne cherche pas du travail. Il voudrait être écrivain, mais il n’écrit presque jamais. Tout ce qu’il possède ce sont deux chats noirs, héritage d’un oncle qui vient d’être terrassé par un infarctus. À première vue, on les prendrait pour des chats quelconques, mais un étrange personnage est disposé à les acheter en échange d’une coquette somme d’argent. Malmö accepte le marché, saute sur un bus et part livrer les chats au mystérieux acheteur, sans se douter que cette rencontre va changer sa vie pour toujours.

Après l’étonnant Cendres, Álvaro Ortiz peaufine son très personnel style narratif  dans un thriller qui mélange gore, humour et coups de théâtre et qui se lit d’une traite jusqu’à l’inattendu dénouement final.

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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