Nijinski L’ange brûlé

Il a des noms qui à eux-seuls symbolisent un art. Celui de Nijinski est indissociable de la danse, celle qu’il aura révolutionnée au début du 20e siècle, alors que parallèlement grondent les premiers signes de la Révolution russe. Avec cet album, Nijinski L’ange brûlé, publié chez Futuropolis, Dominique Osuch (Femmes en résistance) revient sur l’incroyable destin de ce danseur qui l’était tout autant.

Une chute

Vaslav Nijinski est né d’origines polonaises en 1889 à Kiev, appartenant à l’époque à l’empire russe. Ses parents Mamoussia et Tatous, danseurs saltimbanques se produisaient dans des théâtres en Russie. C’est ainsi que Vaslav danse pour la première fois sur scène à l’âge de cinq ans.

C’est à cette même période que le garçon fait une chute depuis une fenêtre située au troisième étage. Il subit un traumatisme crânien, ses facultés et ses capacités sont en danger. Cependant, trois ans plus tard, c’est accompagné de sa mère, son père a quitté le foyer, qu’il fait son entrée à l’école impériale de danse de Saint Pétersbourg. Vaslav a onze ans.

Une formation exigeante

Lors de son audition en 1898 pour entrer à l’académie impériale de danse, Vaslav est aussitôt remarqué par le grand danseur français Marius Petipa (1818-1910), qui y enseigne. Les autres professeurs retiennent également la symétrie parfaite de son corps. Il fera donc partie des quinze garçons sélectionnés pour cette formation exigeante qui demande endurance et discipline.

La vie en internat est également difficile pour le jeune danseur qui est ridiculisé par les autres enfants en raison de son accent polonais et son appartenance à un milieu plus défavorisé. Surnommé le polak, il est souvent  humilié et brutalisé, ce qui le conduira de nouveau, dans un état de coma, à l’hôpital pour cette fois une hémorragie interne. Mais sa volonté et sa détermination le mèneront à reprendre rapidement le chemin de l’académie. Ses professeurs verront en lui un cadeau de dieu.

Description de cette image, également commentée ci-après

Une révélation

C’est en assistant à une performance de la grande danseuse Isadora Duncan (1877-1927), que le jeune danseur découvre une autre façon de danser, beaucoup moins académique. Devenu enfin soliste, Nijinski s’imagine danser des rôles féminins sur les pointes.
À partir de 1912, en tournée en Europe avec les ballets russes de Serge de Diaghilev, Vaslav décide de revoir et moderniser la façon de danser de la troupe. Le succès est au rendez-vous que ce soit à Monte-Carlo ou Paris.

Nijinski déconcerte son public en 1912 avec L'Après-midi d'un faune

Une nouvelle façon de danser

Si Nijinski a modernisé son art, c’est en raison de sa façon de danser et d’effectuer ses sauts, mais également en raison des tenues qu’il va porter. Cette période riche artistiquement le fera côtoyer d’autres artistes tels que Auguste Rodin (1840-1917), Marcel Proust (1871-1922), Jean Cocteau (1889-1963), Sarah Bernhardt (1844-1923), mais surtout Igor Stravinsky (1882-1971).

Stravinski et Nijinski (1911)

Ce dernier est l’auteur des trois ballets : L’Oiseau de feu, Petrouchka et Le Sacre du printemps, pour lesquels Nijinski deviendra le chorégraphe novateur. Cependant, il sera très souvent décrié en raison de ses choix artistiques, ne correspondant pas à l’académisme attendu par les amateurs puristes de ballets classiques.

Mais la carrière de Nijinski fut relativement courte, celui-ci souffrant de problèmes d’hallucinations. Sa schizophrénie étant incurable, celui qui était surnommé le dieu de la danse sera interné.

Nijinski l’ange brûlé, un album à découvrir

Avec cet album, Dominique Osuch remet en lumière un des danseurs qui aura révolutionné le 6e art. L’autrice a fait le choix d’un récit non pas linéaire, mais ponctué de nombreux retours en arrière. Des lettres fictionnelles, comme écrites de la main du danseur, sont parsemées dans le récit. Elles sont adressées par le fils à sa mère et soulignent l’attachement qui existait entre eux deux. De plus, des extraits manuscrits extraits des Cahiers de Vaslav Nijinski alternent avec les dialogues tout au long du récit. Comme si l’autrice et le danseur avaient collaboré sur cet album.

Nijinski déconcerte son public en 1912 avec L'Après-midi d'un faune

À côté d’un dessin plus traditionnel pour illustrer la vie de Nijinski, on trouve dans cet album de nombreuses scènes de danse décomposées. Elles sont véritablement aériennes et permettent de bien visualiser le travail de cet artiste hors pair.

Nijinski L’ange brûlé est un très bel album à découvrir qu’on soit attirés ou pas par la danse classique et le ballet. Il remet en lumière un incroyable danseur étoile. Vaslav Nijinski a bousculé les codes de la danse classique, comme de nombreux artistes ont, en ce début de 20e siècle, bousculé ceux de la peinture, de l’architecture ou de la littérature. Comme si l’Art nouveau pouvait également s’appliquer à la danse.

Article posté le mercredi 21 décembre 2022 par Claire Karius

Nijinski L'ange brûlé de Dominique Osuch chez Futuropolis
  • Nijinski, L’ange brûlé
  • Autrice : Dominique Osuch
  • Editeur : Futuropolis
  • Prix : 28€
  • Parution : 08 juin 2022
  • ISBN : 9782754825733

Résumé de l’éditeur : En sept années fulgurantes, Vaslav Nijinski est devenu un mythe. Il est à la danse ce que Picasso est à la peinture : il a ouvert les portes de l’art contemporain, brisé les règles esthétiques dans un élan de génie créatif, et provoqué par cet acte délibéré un changement irréversible. Dominique Osuch revient sur la vie de ce danseur étoile et chorégraphe russe d’origine polonaise, « proto punk » qui dans les années 1910 a attiré les personnalités artistiques les plus en vue, inspiré jusqu’à Charlie Chaplin avant de sombrer dans la folie. 19 janvier 1919, Vaslav Nijinski se meurt. Ses souvenirs viennent le hanter… Il se souvient de son enfance, de son frère handicapé Stanislas, de son père danseur qui les a abandonnés tout petits, de sa mère danseuse qui a sacrifié son art pour élever ses trois enfants. Il se souvient de ses camarades à l’Académie de Danse Impériale… et des folles nuits de Saint-Pétersbourg, de ses amours tumultueuses avec le prince Lvov, avec Diaghilev. Il se souvient de la première tournée parisienne des Ballets russes, de L’Après-midi d’un faune, sa première composition chorégraphique, de ses rencontres avec Jean Cocteau, Marcel Proust et Auguste Rodin, tous trois amoureux à leur manière de sa grâce, de sa face d’ange, de son corps d’athlète. Il se souvient de son mariage en Argentine avec la hongroise Romola de Pulszky, de la répudiation de son mentor Diaghilev, de Till l’Espiègle, sa dernière composition pendant la « Grande Guerre », et de Charlie Chaplin venu l’applaudir à Los Angeles. Il ne dansera plus jamais. Ce soir, Nijinski est entré en fusion avec Dieu, qui lui a brûlé les ailes.

À propos de l'auteur de cet article

Claire Karius

Passionnée d'Histoire, Claire affectionne tout particulièrement les bulles qui abordent ces thèmes, mais pas seulement. Elle aime les lectures humaines et intimes qui savent l'émouvoir et lui donnent espoir en la vie. Elle partage sa passion sur sa page Instagram @fillefan2bd.

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