Si vous vous intéressez un peu aux éditeurs BD en France, vous pensez sans doute à Komics Initiative pour ses traductions américaines. Mais Mickaël Géreaume propose aussi de la création originale. Et avec Nosferatu, de Marco Fontanili, c’est une œuvre décidément européenne entre Italie et Allemagne, qu’il publie en cette fin février.
Nosferatu : Et si ce n’était pas du cinéma ?
Nosferatu. Un film sorti en 1922, mais quasi immédiatement interdit de diffusion par la représentante de Bram Stoker, pour sa trop grande proximité avec le roman Dracula. Max Schreck était l’interprète du vampire. Mais était-il réellement humain ou bien ce film dévoile-t-il le véritable monstre, sur lequel aurait écrit Stoker ?
Bibliophiles, levez-vous !
Avant de parler du fond, parlons de la forme. Pour 22€, vous avez un livre à l’italienne, dos et couverture toilés. Nosferatu, c’est d’abord un bel objet, édité avec soin. Un gadget ? Absolument pas. Marco Fontanili, l’auteur, travaille sa narration par rapport à ce format horizontal. Komics Initiative ne fait que lui offrir une couche d’élégance supplémentaire qui saura plaire à la cible de cet ouvrage, peut-être un peu plus intello et gourmande de culture que la moyenne.
Une structure narrative particulière pour Nosferatu
Le récit est structuré en deux étapes parties principales.
La première est absolument silencieuse. On y suit la créature qui rentre dans son domaine afin d’y mourir. Une créature d’horreur, faite de pellicule de cinéma. Fontanili y déploie un dessin très inspiré de l’expressionnisme allemand (source d’inspiration du Nosferatu de Friedrich W. Murnau), fait de formes géométriques saillantes. Chaque page y développe des trésors d’ingéniosité pour intégrer des artifices graphiques au sein de la narration. L’auteur cherche à nous entraîner dans ce monde entre papier et plastique, entre bande dessinée et cinéma. Il ne consent à nous libérer qu’à la fin de la séquence, lorsque la créature semble partir.
Alors arrive la seconde partie. Celle-ci fait écho aux panneaux intertitres du cinéma muet, puisqu’elle se compose d’un récitatif sur la page de gauche et d’une séquence de BD muette en une bande, sur la page de droite. Ce récit semble offrir une conclusion définitive à l’histoire du vampire.
Raconter et transmettre, quel qu’en soit le moyen
Marco Fontanili incarne ici tous les liens qui unissent le 7e et le 9e Art. Il explique en fin d’album l’impact qu’ont les acteurs et réalisateurs sur nos vies et nos imaginaires. Il le fait par la bande dessinée, par ce cinéma muet et non animé, qui permet à une personne de raconter les histoires les plus folles, du moment qu’elle sait transmettre ses idées avec un papier et un crayon.
Nosfertu, bande dessinée remarquable cherchant à être remarquée
Nosferatu, de Marco Fontanili chez Komics Initiative, demande un solide bagage culturel et des goûts BD très exigeants. Mais c’est tout à l’honneur de l’éditeur français d’avoir soutenu l’artiste dans une telle démarche. Cette première œuvre attire l’attention sur son auteur, afin de voir si ce cinéma qui le passionne tant, a d’autres histoires à lui faire raconter avec autant d’exigence et d’engagement.
- Nosferatu
- Auteur : Marco Fontanili
- Éditeur : Komics Initiative
- Date de publication : 21 février 2025
- Nombre de pages : 160
- Prix : 22€
- ISBN : 9782386030765
Résumé éditeur : En 1838, après avoir rencontré Thomas Hutter, le Comte Orlok accepte de quitter son château des Carpates et de prendre la direction du port naval de Brême. Seulement, le comte est un vampire et avec son voyage se propage la peste… Seul un sacrifice volontaire pourrait venir à bout de la créature et de cette épidémie…
