Les plus grandes révoltes d’élèves sont compilées dans Quand les élèves se révoltaient, un album rétro futuriste de Francis Dupuis-Déri et Emanuelle Dufour.

Un manuel scolaire de 2047-2048
Quand les élèves se révoltaient est un manuel scolaire 2047-2048 pour les élèves du secondaire.
2047 correspond alors à l’An 12 après l’Effondrement des systèmes politiques, économiques et sociaux de la civilisation industrielle.
En effet en 2018, une grève scolaire autour de Greta Thunberg met en lumière les désirs des jeunes dans le monde entier autour de leur avenir, de la planète, des crises successives. Cet élan prend une autre tournure après l’Effondrement en 2035. Enfin est mise en place une nouvelle civilisation plus égalitaire, plus démocratique et plus solidaire.

Quand les élèves se révoltaient : c’était mieux avant ?
En une centaine de pages, les élèves du secondaire se trouvent en face des luttes scolaires à travers les siècles et dans différents pays. Certaines se développent géographiquement, d’autres se rejoignent.
Ce manuel donne ainsi des dates, des récits et des notions clés (Savais-tu ?). Mais Quand les élèves se révoltaient, c’était mieux avant ?

Les expériences démocratiques
Si pendant longtemps l’on a appris qu’Athènes était le berceau de la démocratie, force est de constater qu’il existait auparavant et ailleurs que dans l’Antiquité d’autres expériences en ce domaine (peuples premiers en Amérique du Nord, Nigeria, aborigènes d’Australie…).
Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen en France en 1789, colonisation, Suffragettes, lois répressives… tout est expliqué dans cette première partie.

La démocratie à l’école, la grève à l’école
Force est de constater que les contestations contre les autorités, contre les inégalités, contre les tyrannies ont souvent commencé dans les établissements scolaires.
Apprenant sagement les personnages immuables tel que Charlemagne “inventeur de l’école” comme disait à tort la chanson de France Gall, Mao et sa révolution culturelle, Jeanne d’Arc ou la Révolution française, les élèves ne sont pas si dupes que cela quant aux formes de démocraties ou de paroles libres dans leurs écoles.
C’est ainsi que nombre d’entre elles et eux se sont montrés plus que véhéments contre des autorités scolaires et autres politiques inégalitaires. Brooklyn, Rewi et Kadarpur en Inde, Paris, Pointe-à-Pitre, Chili, Washington, Chicago, Birmingham, l’Alberta, Rio de Janeiro, Bethléem, Ramallah, Madagascar, … le monde peut parfois s’embraser. Mais, souvent ces contre-pouvoirs ont été réprimés dans la violence, la force policière, voire les morts.

La jeunesse se mobilise pour le climat
Youth for Climate a été impulsé dans de nombreux pays pour exprimer toutes les craintes et l’anxiété face aux ravages des changements climatiques. Un large consensus parti d’une simple pancarte d’une jeune adolescente de 15 ans : Greta Thunberg. Elle et ses comparses mettent en lumière l’inaction depuis des décennies d’une caste politique aux abonnés absents, volontairement ou par inculture scientifique.
“Comment osez-vous ?”
Restera comme le plus grand cri du cœur de Greta Thunberg lancé à la tribune de l’ONU lors d’un sommet pour le climat en 2019.
“Des gens souffrent, des gens meurent, et des écosystèmes s’écroulent. Nous sommes au début d’une extinction de masse, et tout ce dont vous parlez c’est d’argent, et de contes de fées racontant une croissance économique éternelle. Comment osez-vous ?”

Ecosociété, une structure militante
Les éditions Écosociété ont déjà publié des albums de bandes dessinées. Parmi ses ouvrages, on peut noter : Mégantic, un train dans la nuit de Christian Quenel et Anne-Marie Saint-Cerny sur la tragédie du Lac-Mégantic au Canada en 2013. Quarante-sept personnes meurent après que des wagons chargés de pétrole enflamment la ville. Cet album a été lauréat notamment du Prix Éco-Fauve du Festival international de la bande dessinée d’Angoulême 2022.
Avec Quand les élèves se révoltaient, la maison d’édition montréalaise donne la parole aux enfants par l’entremise de Francis Dupuis-Déri et Emanuelle Dufour. Le premier enseigne la science politique à l’université de Québec, la seconde est détentrice d’une maîtrise en anthropologie et d’un doctorat en éducation des arts. C’est elle qui met en image l’ouvrage.
Cet album se trouve donc dans une ligne éditoriale militante. Comme l’indique le site d’Écosociété, la structure est “fondée en 1992 par un groupe de militant·e·s convaincus qu’il était grand temps de défendre une société où l’écologie sociale serait une valeur cardinale, cette maison d’édition indépendante a fait le pari de la circulation des idées.”

Quand les élèves se révoltaient : clair et direct
L’ouvrage n’est pas ce que l’on peut appeler une bande dessinée mais plutôt un ouvrage illustré. Pour parler des révoltes scolaires, le duo d’auteurs a choisi d’imaginer un manuel scolaire dans le futur.
Ce parti-pris de s’adresser aux générations futures est réussi. Francis Dupuis-Déri peut ainsi replonger dans le passé pour parler du futur. Il y a tout ce que l’on trouve dans un livre pour le secondaire : exercices, notions clés, textes explicatifs. C’est d’une grande limpidité, y compris pour des concepts souvent abstraits pour les jeunes. L’album est donc écrit d’une manière simple mais d’une grande efficacité. C’est direct !
Les dessins d’Emanuelle Dufour sont eux aussi d’une grande lisibilité. La gamme chromatique limitée aux trois couleurs primaires (bleu, rouge, vert pour la partie écologie) facilite la lecture.
Quand les élèves se révoltaient : un très bon manuel scolaire pour les générations futures, entre Histoire des mouvements de révoltes et futur à construire.
- Quand les élèves se révoltaient – Manuel d’histoire avant l’Effondrement
- Scénariste : Francis Dupuis-Déri
- Dessinatrice : Emanuelle Dufour
- Éditeur : Ecosociété
- Collection : Ricochets
- Prix : 20 €
- Parution : 25 avril 2025
- Nombre de pages : 108
- ISBN : 9782898570568
Résumé de l’éditeur : Il y a quelques années, la jeunesse mondiale a répondu à l’appel de Greta Thunberg en prenant la rue pour défendre le climat. Inédite en apparence, cette mobilisation s’inscrit pourtant dans l’histoire de grèves d’élèves et d’autres formes de rébellion à l’école. Remontant le fil de cette histoire, cette BD se présente comme un faux manuel scolaire de l’année 2047-48, dans un monde « après l’Effondrement » provoqué par la crise climatique. Ségrégation raciale, agressions sexuelles, inégalités sociales, répression de la diversité de genre et sexuelle… Les causes pour lesquelles se mobilisent les élèves sont diversifiées et soulèvent des questions importantes sur la notion de démocratie telle qu’elle nous est transmise.
À propos de l'auteur de cet article
Damien Canteau
Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une trentaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée) et co-responsable du prix Jeunesse de cette structure. Il est le rédacteur en chef du site Comixtrip. Damien modère des rencontres avec des autrices et auteurs BD et donne des cours dans le Master BD et participe au projet Prism-BD.
En savoir