Troisième sortie pour Matt Kindt en 2025. Après Crimson Flower chez Delirium, et juste avant Spy Superb en mars chez Futuropolis, Delcourt publie Si vous lisez ça je suis déjà morte, une aventure SF dessinée par Dan McDaid. Et ce n’est clairement pas la moins intéressante des trois propositions.
Si vous lisez ça je suis déjà morte : l’humain, la plaie de la galaxie
La Terre a découvert comment créer un portail pour voyager à l’autre bout de l’univers. Ce portail donne sur une planète. Sur un petit espace de survie appelé « la zone verte ». Un fortin attaqué de toutes parts. Un nouveau groupe de soldats explorateurs est en cours de transfert. Avec eux, une journaliste, Robin. Elle devait témoigner pour tous les terriens de la réalité de Terminus. Mais cinq petites minutes suffiront pour donner à sa présence, un rôle encore plus important.
La bonne surprise Dan McDaid
Comme pour Crimson Flower, Matt Kindt n’est ici que scénariste. Il a confié la mise en image de son histoire à Dan McDaid, un artiste qui n’avait connu en France qu’une seule publication, déjà chez Delcourt avec Temps morts tome 2, en 2014. Auteur écossais, évoluant entre scénarisation, dessin, et œuvre complète, il incarne cette difficulté pour la BD anglaise à trouver son chemin jusqu’à la France.
Si vous lisez ça je suis déjà morte, du design et de la narration
Ce qui est fort regrettable, car sa prestation sur cette série publiée chez Dark Horse Books est tout à fait convaincante. Matt Kindt l’invite à créer toute une civilisation alien et le résultat est tout à fait crédible. Étrange, différent, mais fonctionnel. En tant que concept-artist, il assure. Mais pas seulement. Ses planches plongent efficacement le lecteur dans ce monde qu’il a créé. Entre dessin réaliste et influences kirbyennes, il tient les deux bouts de la corde. Rendre son héroïne crédible dans sa posture d’exploratrice et de témoin, tout en nous faisant croire en la réalité de cette société alien. Il est secondé par le travail de couleur de Bill Crabtree, qui parvient sans mal à perturber le lecteur dans des atmosphères étranges.
Ne croyez pas la couverture de l’album
Dans Si vous lisez ça je suis déjà morte, il y a des aliens très violents. Il y a des dieux géants qui se bastonnent. Il y a de nombreux morts. Mais tout cela n’est que de la poudre aux yeux, du spectacle de prestidigitateur. Matt Kindt détourne notre attention pour nous faire passer un message bien plus profond sur la nature humaine.
Matt Kindt a un message pour vous
Dans les sciences, on dit que la posture de l’observateur influence le cours de l’expérience observée. Ici, le scénariste vient suggérer que l’Humanité puisse être porteuse d’un virus. Pas celui de la rougeole, comme les explorateurs européens en furent le vecteur auprès des peuples autochtones d’Amérique, mais un virus psychique. Celui du pouvoir, de la haine et de l’inégalité. Et il pose donc la question : si nous devions un jour explorer l’espace, n’en serions-nous pas l’agent corrupteur ? N’en disons pas trop. Matt Kindt cultive volontairement le timing de ses révélations.
Si vous lisez ça je suis déjà morte : prise de parole engagée
C’est donc un récit extrêmement politique que livrent Matt Kindt, Dan McDaid et Bill Crabtree, sous couvert d’un énième récit d’exploration spatiale. Si vous lisez ça je suis déjà morte est un récit venu de l’Amérique triomphante qui questionne fortement les valeurs qu’elle prétend incarner, qu’elle soit généreuse ou renfermée sur elle-même.
- Si vous lisez ça je suis déjà morte
- Scénariste : Matt Kindt
- Dessinateur : Dan McDaid
- Coloriste : Bill Crabtree
- Éditeur USA : Dark Horse Book
- Éditeur France : Delcourt
- Nombre de pages : 96
- Prix : 17€95
- Date de publication France : 26 Février 2025
- ISBN : 9782413088776
Résumé éditeur : Robin est une journaliste. Elle accompagne les soldats américains qui se dirigent vers Terminus, une planète de merveilles peuplée de dieux de SF, pour faire le premier reportage sur ce nouveau territoire. Dix minutes après leur arrivée à destination, toute l’équipe des Marines est anéantie. Robin se retrouve seule pour survivre mais aussi poursuivre son reportage. Mais la mort guette Robin à chaque instant…
