Sukedachi 09, volume 1

Tous les meurtriers au Japon se voient condamnés à une peine de réparation. C’est à ce moment qu’interviennent les Sukedachi, bras vengeurs qui mettent en œuvre la même mort que les assassins ont infligé à leur victime. Après Satan 666, les éditions Kurokawa enrichissent leur catalogue de Sukedachi 09, le nouveau manga de Seishi Kishimoto.

LOI DE RÉPARATION

Mise en place après les difficultés économiques qu’a connu le Japon, la loi de réparation fait aussi écho à la multiplication des crimes et délits de l’archipel. Avec une population vieillissante et une dénatalité, ces derniers sont légions. Le gouvernement a alors mis en place une loi de vengeance dite de réparation.

Après l’instruction du dossier par la Cour Suprême de Justice du pays, les proches d’une victime assassinée peuvent obtenir réparation en infligeant les mêmes sévices à l’agresseur que ceux qu’il a perpétré sur la victime.

C’est à ce moment qu’interviennent les Sukedachi – au nombre de 9 – qui mettent à exécution la vengeance. Dans un scénario préparé à l’avance, l’un d’entre eux inflige les mêmes coups au condamné. Ils se doivent de tuer le criminel de la même manière permettant à la famille de la victime d’exercer une forme de revanche. En cas de victoire du malfrat – le Sukedachi est tué – est en parti gracié et purge alors une peine de prison de 3 ans en attendant une peine capitale classique.

LES SUKEDACHI : INCARNATION DE LA LOI DU TALION

Dans le Japon féodal, les Sukedachi étaient de véritables incarnations de la loi du Talion – œil pour œil, dent pour dent – puis on disparu pour renaître dans le Japon post-actuel.

Parmi ces exécutants, il y a Yûji Yamagishi, néo Sukedachi, qui doit se comporter dignement dans sa vie de tous les jours et avoir une couverture afin de ne pas être démasqué. En couple avec Haruka, 24 ans comme lui et journaliste, il possède néanmoins des stigmates énormes sur ses bras. En effet, il les a perdu et ont été remplacés par d’autres d’où d’énormes cicatrices et une insensibilité lors des combats.

Pris sous l’aile de Kamui Oda – 50 ans, commandant de l’unité spéciale des exécuteurs – il doit néanmoins faire encore ses preuves. Il le démontre notamment lors du nouveau dossier : Oyama, jeune garçon handicapé, renversé par un chauffard du nom de Gô Goda. Les deux hommes se retrouvent alors face à face dans l’enceinte d’une ville désaffectée. Après un stratagème avec de la colle, Yûji réussit à tuer le condamné grâce à sa propre voiture…

CRITIQUE DE LA PEINE DE MORT

Déclarée constitutionnelle au Japon en 1948, la peine de mort est toujours en vigueur dans le pays. Si peu de condamnations sont commuées en ces termes, depuis les années 2010, quelques unes se sont déroulées (une dizaine) et malgré les protestations des abolitionnistes, plus de 85% des Japonnais pensent que la peine de mort est indispensable et ne peut être évitée dans certains cas.

Partant de ce constat – que la peine de mort est encore en cours dans l’archipel – Seishi Kishimoto a décidé de proposer un excellent manga thriller autour de cette thématique. S’il ne donne pas réellement son avis dans son seinen, il donne des pistes qui pourraient laisser penser qu’il est contre. L’auteur de Blazer drive (Kurokawa) et frère de célèbre Masashi Kishimoto (auteur de Naruto) réussit enfin à se débarrasser de ce comparatif qui lui a collé aux basques depuis ses débuts. Même s’ils ont eu les mêmes influences, avec Sukedachi 09, il dévoile une idée originale et intelligente.

Si la course à la « réparation » de la part des tribunaux et des familles des victimes ou la mise en scène des exécutions est forte, cela peut sidérer le lectorat occidental, pas habitué à ce style de condamnation (en France  abolition depuis 1981 grâce à Robert Badinter). Entre attirance et répulsion, entre intérêt et dégoût, le manga ne laissera personne indifférent. S’il ne se fonde pas uniquement sur les exécutions, leur mise en scène sont dures à l’œil. Pour apaiser le lecteur, le mangaka suit plus particulièrement Yûji dans sa vie de tous les jours, avec quelques pointes d’humour, à mille lieues de son « travail » de réparateur. N’oublions pas qu’il introduit en la personne de Haruka – la petite amie journaliste du héros – un point de vue contradictoire à la Loi de Vengeance et sa justice très expéditive.

UN DESSIN PLUS MATURE

Si son dessin était trop proche de celui de son frère sur sa série-phare Satan 666, dans Sukedachi 09, atteint enfin sa pleine maturité. Nerveuse et réaliste, sa partie graphique est pourtant d’une belle finesse. Les ombres, les hachures, les aplats noirs pour le sang sont légions et parfaitement maîtrisés lors des scènes d’exécution.

Article posté le mardi 02 août 2016 par Damien Canteau

Excellent manga, Sukedachi 09 est signé Seishi Kishimoto aux éditions Kurokawa, décrypté par Comxitrip le site BD de référence
  • Sukedachi 09, volume 1
  • Auteur : Seishi Kishimoto
  • Éditeur : Kurokawa
  • Prix : 7.65€
  • Parution : 09 juin 2016

Résumé de l’éditeur : Véritables incarnations de la loi du Talion dans le Japon féodal, les « Sukedachi », des guerriers d’élites, ont disparu après des siècles de présence. mais les voici de retour au sein d’une organisation gouvernementale pour appliquer leur justice : impitoyable, irrémédiable et définitive ! Bras vengeurs, assassins, mercenaires, anges exterminateurs ou démons. qui sont ces guerriers aux multiples noms ? Face à une société moderne qui semble trop laxiste vis-à-vis de la criminalité, les Sukedachi reviennent pour rétablir un justice radicale qui a fait ses preuves. Mais où s’arrête la justice et où commence la vengeance ?

À propos de l'auteur de cet article

Damien Canteau

Damien Canteau

Damien Canteau est passionné par la bande dessinée depuis une vingtaine d’années. Après avoir organisé des festivals, fondé des fanzines, écrit de nombreux articles, il est toujours à la recherche de petites merveilles qu’il prend plaisir à vous faire découvrir. Il est aussi membre de l'ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée).

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